« Les Fran­çais risquent de se dé­tour­ner en­core des cen­trales »

L'Opinion - - Syndicats : Le Déclin S’accélère - In­ter­view Fan­ny Gui­no­chet @fan­ny­gui­no­chet

RÉ­MI BOUR­GUI­GNON est en­sei­gnant- cher­cheur à l’IAE de l’Uni­ver­si­té Pa­ris 1 Pan­théon-Sor­bonne, et cher­cheur as­so­cié au Ce­vi­pof-Sciences Po.

Comment qua­li­fier la si­tua­tion so­ciale en France ?

Le conflit SNCF se pour­suit. Cer­tains évoquent un es­souf­fle­ment, je par­le­rai plu­tôt de stag­na­tion. Le mou­ve­ment ne gran­dit pas, en tout cas. Il ne prend pas d’am­pleur. Il y a une base so­lide mais qui ne s’étend pas, qui ne va pas au-de­là de l’ap­pa­reil syn­di­cal. Ce qui n’est pas une bonne nou­velle pour les syn­di­cats. Car compte te­nu de la mé­thode d’ac­tion, on au­rait pu pen­ser que la base re­join­drait plus lar­ge­ment le mou­ve­ment. Ce qui est ori­gi­nal cette fois, c’est que la dé­ci­sion de cette grève a été prise par le haut, par les confé­dé­ra­tions qui se sont mises d’ac­cord. C’est une vraie dif­fé­rence par rap­port à 1995. C’est ce qui ex­plique aus­si l’em­pres­se­ment de Laurent Ber­ger de la CFDT à sor­tir du conflit et les mains ten­dues qu’il en­voie au gou­ver­ne­ment. Il se dit que le mou­ve­ment n’ira pas au bout.

La sé­quence est dif­fi­cile pour Laurent Ber­ger et les syn­di­cats ré­for­mistes…

Ef­fec­ti­ve­ment, il ne faut pas qu’ils ap­pa­raissent comme cé­dant trop vite. Il leur faut sor­tir de la grève mais sans trop concé­der. Etre dans le dia­logue, mais en trou­vant une so­lu­tion ho­no­rable. C’est d’au­tant plus com­pli­qué qu’il y au­ra des élec­tions en no­vembre pro­chain à la SNCF. La CFDT risque de perdre beau­coup dans la ba­taille. En 1995, d’ailleurs, elle avait per­du beau­coup de plumes, elle s’était ef­fon­drée en 1996, et c’est là qu’on avait vu l’ap­pa- ri­tion de Sud. En re­vanche la CGT avait rem­por­té la mise. Ber­nard Thi­bault s’était alors im­po­sé comme le lea­der de la contes­ta­tion.

En même temps, on voit la dif­fi­cul­té que Phi­lippe Mar­ti­nez a à mo­bi­li­ser…

Ça fait trois ans au moins que la CGT vit une crise in­terne. Elle s’en­ferme dans des po­si­tions ra­di­cales, on ne voit pas jus­qu’où elle pour­rait al­ler. Phi­lippe Mar­ti­nez avec son at­ti­tude donne le sen­ti­ment d’être prêt à al­ler jus­qu’à mettre son or­ga­ni­sa­tion en dan­ger. Si la CGT ne gagne pas dans la ba­taille SNCF, si les jour­nées d’ac­tion comme celles du jeudi 19 avril ne mo­bi­lisent pas, Phi­lippe Mar­ti­nez au­ra du mal à af­fir­mer son lea­der­ship. Et la CGT se­ra en­core af­fai­blie.

Glo­ba­le­ment, le taux de syn­di­ca­li­sa­tion en France ne risque-t-il pas en­core pas de bais­ser ?

Il y a un vrai risque. Car pour les Fran­çais, les syn­di­cats au­ront fait « leur dé­mons­tra­tion de fai­blesse » pour re­prendre un terme de Laurent Ber­ger. Si l’opi­nion pu­blique a le sen­ti­ment que les syn­di­cats n’ont pas pe­sé sur le cours des évé­ne­ments, qu’ils n’ont pas fait in­flé­chir la po­si­tion du gou­ver­ne­ment, ils n’au­ront pas en­vie de re­joindre une cen­trale. C’est évident. C’est aus­si ce qui se joue dans ces conflits, alors même que le pou­voir po­li­tique d’Em­ma­nuel Ma­cron leur laisse peu de place.

Ré­mi Bour­gui­gnon.

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