Loi Col­lomb : dans la ma­jo­ri­té, les langues se dé­lient

Cer­tains dé­pu­tés ex­priment leurs ré­ti­cences et at­tendent la tour­nure que va prendre le débat pour dé­ter­mi­ner leur vote

L'Opinion - - Syndicats : Le Déclin S’accélère - Jean-Jé­rôme Ber­to­lus @jj­ber­to­lus

Le mi­nistre de l’In­té­rieur, Gé­rard Col­lomb, a plai­dé lun­di soir à l’As­sem­blée « l’ur­gence à agir » , à l’ou­ver­ture des dé­bats en pre­mière lec­ture sur le pro­jet de loi « pour une im­mi­gra­tion maî­tri­sée et un droit d’asile ef­fec­tif » . Il a évo­qué la « crise mi­gra­toire » en Eu­rope qui a « fait bas­cu­ler un grand nombre des pays de notre conti­nent dans un po­pu­lisme agres­sif et xé­no­phobe ». NI FRONDE, NI RÉ­BEL­LION. Mais à coup sûr une ma­tu­ri­té po­li­tique ac­cé­lé­rée pour la ma­jo­ri­té. Ra­re­ment, de­puis la ré­cente man­da­ture, les élus LREM et MoDem au­ront au­tant tra­vaillé sur un texte lé­gis­la­tif que sur le pro­jet de loi Asile et im­mi­gra­tion, mul­ti­pliant les vi­sites sur le ter­rain, les au­di­tions en com­mis­sion, les dé­bats au sein des « ate­liers lé­gis­la­tifs » . « Le groupe s’est ap­pro­prié le texte. On fait notre bou­lot : ten­ter de faire bou­ger les lignes tout en pré­ser­vant une ré­flexion com­mune », es­time Del­phine Bag­ga­ry, dé­pu­tée LREM des Al­pesde-Haute-Pro­vence.

Pour­tant, la marge de ma­noeuvre des dé­pu­tés est étroite. « Ce n’est pas parce que l’on dé­pose des amen­de­ments que l’on est contre le texte, ob­serve la dé­pu­tée MoDem, Lau­rence Vi­che­nievs­ky. Le gou­ver­ne­ment doit faire preuve de plus d’ou­ver­ture, si­non c’est nier le rôle des par­le­men­taires. Ni fron­deuse, ni go­dillot, je me sens en po­si­tion d’en­ri­chir le texte, pour­suit l’an­cienne ma­gis­trate an­ti­ter­ro­riste. On est d’ac­cord avec la ré­duc­tion du dé­lai d’ins­truc­tion du droit d’asile, mais ce­la ne veut pas dire re­ve­nir sur les droits de la dé­fense. »

La cri­tique d’un pro­jet de loi man­quant de souffle po­li­tique court d’une tra­vée à l’autre sur les bancs de la ma­jo­ri­té. Comme si les dé­pu­tés s’étaient trou­vés em­pê­trés dans des di­zaines de réunion, sans vé­ri­table ho­ri­zon. « C’est un texte tech­nique, très ver­rouillé, qui manque de vi­sion po­li­tique mais qua­si­ment tout le monde va le vo­ter, par fi­dé­li­té et ap­par­te­nance à la ma­jo­ri­té », ex­plique de son cô­té Bru­no Fuchs, dé­pu­té ap­pa­ren­té du Modem du Haut-Rhin. « C’est un “texte place Beau­vau”, abonde Er­wan Ba­la­nant, dé­pu­té MoDem du Fi­nis­tère. Il ne ré­pond pas au su­jet pri­mor­dial : quelle im­mi­gra­tion veut-on en France ? Le gou­ver­ne­ment consi­dère que la so­cié­té n’est pas prête au débat mais c’est notre res­pon­sa­bi­li­té de por­ter la ques­tion. » « C’est un texte de dé­fiance et de stig­ma­ti­sa­tion des étran­gers, à l’in­verse de la bien­veillance, le seul lien qui unit le groupe LREM », tranche pour sa part Fran­çoisMi­chel Lam­bert, dé­pu­té LREM du Rhône.

Co­hé­sion de groupe. La se­maine der­nière, l’at­ti­tude de Ri­chard Fer­rand, me­na­çant en réunion de groupe d’ex­clure les dé­pu­tés les plus ré­ti­cents à l’égard du pro­jet de loi, n’a pas cal­mé les es­prits. « Il est dans son rôle de pa­tron de groupe, même si les mots choi­sis sont propres à Ri­chard Fer­rand qui fait sou­vent dans la poé­sie, iro­nise Stel­la Du­pont, dé­pu­tée du Maine- et-Loire. Ce­la n’en­lève rien à notre vo­lon­té que la di­ver­si­té s’ex­prime dans le débat lé­gis­la­tif. Nous sommes un groupe di­vers, comme les Fran­çais qui nous ont élus. »

L’in­ter­ven­tion de Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, ex­pli­quant que les dé­pu­tés qui ne vo­te­raient pas le pro­jet de loi « man­que­raient de so­li­da­ri­té » et ren­voyant à Ri­chard Fer­rand la res­pon­sa­bi­li­té de sanc­tions éven­tuelles, a ac­té l’im­pa­tience du gou­ver­ne­ment. « Le se­cré­taire d’Etat en charge des re­la­tions avec le Par­le­ment n’a pas à nous don­ner d’ins­truc­tions. C’est le Par­le­ment qui contrôle le gou­ver­ne­ment, l’in­verse est an­ti- consti­tu­tion­nel ! Ce­la montre toute l’am­bi­guï­té de sa cas­quette de pa­tron du mou­ve­ment », tem­pête Fran­çois-Mi­chel Lam­bert.

« Re­ca­drage ». En ré­ac­tion, Mar­tine Won­ner, dé­pu­tée LREM du Bas-Rhin, s’est re­tour­née vers le mi­nistre de l’In­té­rieur. Elle l’a ren­con­trée avec quatre de ses col­lègues, jeudi der­nier : « Le re­ca­drage de Ri­chard Fer­rand était un peu ri­di­cule, compte te­nu de nos ex­pé­riences pro­fes­sion­nelles et po­li­tiques. J’ai in­di­qué à Gé­rard Col­lomb que la co­hé­sion du groupe dé­pen­drait de son at­ti­tude au cours des dé­bats. » Cer­tains ont no­té que les pro­pos du mi­nistre de l’In­té­rieur, lun­di à l’As­sem­blée na­tio­nale, étaient « tein­tés d’hu­ma­ni­té ». Hier, Mar­tine Won­ner se trou­vait à Stras­bourg pour ac­cueillir le pré­sident de la Ré­pu­blique. « Ne vous re­te­nez pas, m’a-t-il dit », as­sure l’élue.

Cer­tains dé­pu­tés ont pour­tant dé­jà an­non­cé qu’ils s’abs­tien­draient. Comme Mat­thieu Or­phe­lin, proche de Ni­co­las Hu­lot, dé­pu­té LREM du Maine-et-Loire, qui était per­sua­dé de par­ve­nir à « amé­lio­rer » le pro­jet de loi grâce à un tra­vail sou­ter­rain de convic­tion au­près de l’exé­cu­tif. Sans suc­cès. « On a contri­bué à l’évo­lu­tion du texte sur la du­rée de la ré­ten­tion, même si elle reste trop longue, ou sur la ques­tion du dé­lai de re­cours, même si je reste sur ma faim, ré­torque Stel­la Du­pont. Le pro­jet n’a pas vo­ca­tion à re­fon­der l’im­mi­gra­tion, il faut s’ins­crire dans le temps long. On re­vien­dra sur la ques­tion, en par­ti­cu­lier sur le dé­lit de so­li­da­ri­té. Comp­tez sur moi pour faire preuve de té­na­ci­té ! »

SI­PA PRESS

Gé­rard Col­lomb, le mi­nistre de l’In­té­rieur à l’As­sem­blée.

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