Pi­tié pour la Cons­ti­tu­tion

L'Opinion - - La Une - Ni­co­las Bey­tout t @ni­co­las­bey­tout

S’il y a une dette que tous les pré­si­dents de la Ré­pu­blique ont à l’égard du gé­né­ral de Gaulle, c’est bien la Cons­ti­tu­tion de 1958, dont on fête le soixan­tième an­ni­ver­saire. Un texte bi­zar­roïde, sorte de ré­gime par­le­men­taire cor­ri­gé de pré­si­den­tia­lisme, mais qui a as­su­ré à la France une sta­bi­li­té po­li­tique in­ima­gi­nable à l’époque. « La force de la Cons­ti­tu­tion, di­sait Em­ma­nuel Ma­cron en ren­dant hom­mage au gé­né­ral de Gaulle, c’est qu’elle per­met d’avan­cer. »

C’est un fait : peu de chefs d’Etat dans le monde dé­mo­cra­tique peuvent se sen­tir aus­si so­li­de­ment pro­té­gés par leur cons­ti­tu­tion. Les crises po­li­tiques peuvent faire trem­bler le pou­voir, les dis­so­lu­tions de l’As­sem­blée échouer, les co­ha­bi­ta­tions s’en­chaî­ner, les ma­jo­ri­tés se dé­faire, rien ou presque ne peut at­teindre le pré­sident de la Ré­pu­blique. C’est la com­bi­nai­son du fait ma­jo­ri­taire au Par­le­ment et de l’élec­tion au suf­frage uni­ver­sel di­rect du chef de l’Etat qui confère cette sta­bi­li­té à la gou­ver­nance du pays. Tant mieux.

Il faut pour­tant se rendre à l’évi­dence : tout se passe comme si le pou­voir s’in­gé­niait à ins­til­ler de l’in­cer­ti­tude, donc de l’in­sta­bi­li­té dans le sys­tème. Ain­si en est-il du pro­jet d’in­tro­duc­tion d’une dose de pro­por­tion­nelle dans les élec­tions lé­gis­la­tives. Même chose avec le non-cu­mul des man­dats, dont la lo­gique est dé­sor­mais pous­sée tel­le­ment loin qu’elle em­pêche un mi­nistre can­di­dat à une mai­rie de res­ter à son poste un an avant la date des élec­tions. Quant à la quête de trans­pa­rence im­po­sée aux po­li­tiques, elle at­teint un de­gré tel qu’elle fi­nit par créer de l’in­cer­ti­tude : lors des re­ma­nie­ments, il faut ain­si des jours pour scan­ner chaque pres­sen­ti, du­rant les­quels s’ins­talle le sen­ti­ment que le pou­voir hé­site. Tout ce­la ré­pond bien sûr à l’air du temps, le­quel n’est ce­pen­dant pas très éloi­gné de la « ty­ran­nie de l’ins­tan­ta­néi­té » que dé­nonce avec rai­son Em­ma­nuel Ma­cron.

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