La­gar­dère Stu­dios bien­tôt mis sur le mar­ché

Ar­naud La­gar­dère pré­pare la ces­sion de l’en­ti­té de pro­duc­tion au­dio­vi­suelle de son groupe

L'Opinion - - La Une - Cy­ril La­car­rière @cy_­la­car­riere

Ar­naud La­gar­dère l’avait an­non­cé le 3 mai : il dé­sire re­cen­trer ses ac­ti­vi­tés sur la dis­tri­bu­tion dans les lieux de trans­port et l’édi­tion. Les ventes se sont ac­cé­lé­rées et semblent loin d’être ter­mi­nées.

Ain­si va, len­te­ment mais sû­re­ment, le dé­tri­co­tage de l’em­pire La­gar­dère. Son gé­rant est clair : si l’on ex­cepte Eu­rope 1, le JDD et Pa­ris Match, son ave­nir ne passe pas par les mé­dias. Et 2018 au­ra été pour Ar­naud La­gar­dère l’oc­ca­sion de mettre ce dis­cours en ap­pli­ca­tion. Après Elle et Té­lé 7 Jours, ven­dus aux Tchèques de Czech Me­dia In­vest, ou en­core le site Doc­tis­si­mo à TF1, la pro­chaine branche ame­née à quit­ter le gi­ron La­gar­dère s’ap­pelle La­gar­dère Stu­dios, qui re­groupe 35 so­cié­tés de pro­duc­tion et de dis­tri­bu­tion. Un des prin­ci­paux ac­tifs de l’en­ti­té La­gar­dère ac­tive, dont le pé­ri­mètre n’a ces­sé de ré­tré­cir au fil des ans.

Jus­qu’ici pour­tant, le sort de La­gar­dère Stu­dios n’avait pas été évo­qué pu­bli­que­ment par le pa­tron du groupe. « Comme c’est sou­vent le cas chez La­gar­dère, les an­nonces ne se font pas d’un bloc », com­mente un bon connais­seur de la mai­son. Se­lon des in­for­ma­tions ob­te­nues par l’Opi­nion, les ma­noeuvres ont pour­tant bel et bien com­men­cé pour trou­ver un ac­qué­reur à cette branche.

Le chiffre d’af­faires de La­gar­dère Stu­dios avoi­sine les 200 mil­lions d’eu­ros pour une marge de près de 10 % et l’en­tre­prise se re­ven­dique « pre­mier pro­duc­teur in­dé­pen­dant eu­ro­péen » avec plus de 2 000 heures de pro­grammes l’an der­nier. A son ca­ta­logue no­tam­ment, les émis­sions « C dans l’air » (France 5) et « Mai­son à vendre » (M6), la sé­rie his­to­rique de TF1 Jo­sé­phine ange gar­dien ou Phi­lar­mo­nia, bien­tôt dif­fu­sée sur France 2. C’est donc d’un ac­tif so­lide dont La­gar­dère veut se sé­pa­rer. De quoi jus­ti­fier le prix de vente af­fi­ché, entre 150 et 200 mil­lions d’eu­ros.

Crois­sance in­ter­na­tio­nale. Quelques échanges dis­crets ont dé­jà eu lieu avec de pos­sibles ac­qué­reurs, au point que l’af­faire de­vrait s’ac­cé­lé­rer dans les pro­chaines se­maines. « Le groupe es­père re­ce­voir des offres fermes d’ici la fin de l’an­née », es­time un in­ter­lo­cu­teur de La­gar­dère dans cette opé­ra­tion. Par­mi les po­ten­tiels re­pre­neurs, les noms d’Al­tice et Me­dia­wan, le Spe­cial Pur­pose Ac­qui­si­tion Com­pa­ny (SPAC) du trio Pierre-An­toine Cap­ton, Xa­vier Niel et Mat­thieu Pi­gasse, re­viennent ré­gu­liè­re­ment. En avril der­nier, Cap­ton ne se pri­vait pas pour faire connaître ses in­ten­tions : « Nous se­rions in­té­res­sés par La­gar­dère Stu­dios mais Ar­naud La­gar­dère a dit qu’il n’est pas en vente. » Des pro­pos te­nus avant que ce der­nier ne lance of­fi­ciel­le­ment la ré­orien­ta­tion de son groupe. Avant éga­le­ment que, se­lon le clas­se­ment an­nuel d’Ecran to­tal, Me­dia­wan ne chipe la pre­mière place des pro­duc­teurs de fic­tion… à La­gar­dère Stu­dios, re­lé­gué au troi­sième rang !

Un groupe étran­ger, qui au­rait l’am­bi­tion de s’of­frir une im­plan­ta­tion forte en France, pour­rait aus­si avoir in­té­rêt à se pen­cher sur cette af­faire. D’au­tant plus in­té­res­sante que celle-ci se dé­ve­loppe dé­sor­mais sur le mar­ché in­ter­na­tio­nal qui re­pré­sente au­jourd’hui 40 % de son chiffre d’af­faires. Et à en croire De­nis Oli­vennes, c’est bien hors de l’Hexa­gone que se si­tuent les pers­pec­tives d’ave­nir. « Nous avons pour am­bi­tion d’étendre le champ d’ac­tion de La­gar­dère Stu­dios en Eu­rope, où il pos­sède une po­si­tion forte, à tra­vers la pour­suite de sa dy­na­mique d’ac­qui­si­tion et de dé­ve­lop­pe­ment or­ga­nique », écri­vait le pa­tron de La­gar­dère ac­tive sur le site in­ter­net du groupe en dé­but d’an­née, avant donc la nou­velle stra­té­gie dé­fi­nie par son ac­tion­naire. A l’époque, cette vo­lon­té de crois­sance au-de­là des fron­tières de­vait éga­le­ment per­mettre de ré­duire la dé­pen­dance du groupe vis-à-vis de France Té­lé­vi­sions, qui re­pré­sente au­jourd’hui plus d’un tiers de son chiffre d’af­faires.

GPS. Avec La­gar­dère Stu­dios, d’autres gros mor­ceaux du groupe vont bien­tôt être au coeur d’âpres né­go­cia­tions, no­tam­ment la chaîne pour en­fants Gul­li. Cette pé­pite de La­gar­dère est une des rares chaînes de la TNT à ga­gner de l’ar­gent. Se­lon le site de BFMTV, en 2016, elle af­fi­chait un ré­sul­tat de 7,2 mil­lions d’eu­ros pour un CA de 48 mil­lions, soit une marge nette de 15 %. Un connais­seur du dos­sier es­time qu’elle pour­rait se vendre 150 mil­lions d’eu­ros. « C’est une chaîne qui peut nous in­té­res­ser mais La­gar­dère en de­mande trop », ré­pond le di­ri­geant d’un groupe au­dio­vi­suel qui pré­fère ne pas ap­pa­raître à dé­cou­vert. Me­dia­wan, tou­jours lui, pour­rait aus­si être sur les rangs, là en­core à croire le pro­duc­teur Pierre-An­toine Cap­ton qui ré­pon­dait « Pour­quoi pas ? » au prin­temps dans au Fi­ga­ro. « Si le groupe La­gar­dère a en­vie d’en dis­cu­ter, on sait com­ment se trou­ver. »

Qui sait si leurs che­mins ne se croi­se­ront pas très bien­tôt pour plu­sieurs dos­siers ? Contac­té, le groupe La­gar­dère n’a pas ré­pon­du aux sol­li­ci­ta­tions de l’Opi­nion.

SOURCE : LAGARDERE

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