« Nous vi­sons 200 000 em­bauches en cinq ans »

Pré­sident de la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des tra­vaux pu­blics

L'Opinion - - 7 Menaces Sur La Croissance Mondiale - Bru­no Ca­va­gné, In­ter­view Fan­ny Gui­no­chet et Jade Gran­din de l'Epre­vier t@Ja­deG­ran­din t @fan­ny­gui­no­chet

La Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des tra­vaux pu­blics (FNTP) lance lun­di une cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion à des­ti­na­tion des jeunes, des en­sei­gnants et des chefs d’en­tre­prise. Son pré­sident, Bru­no Ca­va­gné, in­siste sur la né­ces­saire mo­der­ni­sa­tion de ses mé­tiers.

Pour­quoi cette cam­pagne in­édite de re­cru­te­ment à des­ti­na­tion des jeunes ?

Nous avons l’ob­jec­tif d’em­bau­cher 200 000 per­sonnes d’ici cinq ans. La dif­fi­cul­té n’est pas tant de for­mer que d’at­ti­rer les jeunes. C’est pour­quoi nous nous mo­bi­li­sons, ain­si que nos ré­seaux ré­gio­naux, avec l’Edu­ca­tion na­tio­nale, et le mi­nis­tère du Tra­vail. Nous lan­çons une vaste cam­pagne de com­mu­ni­ca­tion in­ti­tu­lée #Fran­che­mentRes­pect, pour mieux faire connaître nos mé­tiers et at­ti­rer des ta­lents. Nous ci­blons les 14-18 ans, nous avons pré­pa­ré des « se­rious games », un clip… Nous al­lons ten­ter de sen­si­bi­li­ser le monde de l’édu­ca­tion, les rec­teurs, les conseillers d’orien­ta­tion, mais aus­si nos en­tre­prises pour qu’ils ac­cueillent ces jeunes. Pour faire dé­cou­vrir les mé­tiers de notre sec­teur, nous nous en­ga­geons à dou­bler le nombre de stages dé­cou­verte en classe de 3e. Nous al­lons ac­cueillir 16 000 élèves en 2019.

Mais est-ce que le pro­blème n’est pas avant tout cultu­rel ?

Ef­fec­ti­ve­ment, pour de nom­breux chefs d’en­tre­prise, il y a en­core des contraintes im­por­tantes à prendre un ap­pren­ti, même si les choses ont été sim­pli­fiées. La loi a chan­gé mais tout le monde ne le sait pas. Du cô­té de l’Edu­ca­tion na­tio­nale, les conseillers d’orien­ta­tion ne sont pas for­cé­ment bien in­for­més de nos mé­tiers. Ils ont ten­dance à orien­ter les élèves vers le sec­teur ter­tiaire alors que nos mé­tiers sont mo­dernes et offrent des op­por­tu­ni­tés im­por­tantes. Au­jourd’hui les tra­vaux pu­blics sont de plus en plus tra­ver­sés par le nu­mé­rique, la da­ta. On s’est mé­ca­ni­sé, on conduit des drones… Quand un jeune sort d’ap­pren­tis­sage, que ce soit en CAP, en BTS, ou jus­qu’à la li­cence pro­fes­sion­nelle, il a deux à trois pro­messes d’em­bauche. Dans notre sec­teur, nous si­gnons 8 000 contrats d’ap­pren­tis­sage au­jourd’hui ; nous sou­hai­tons en faire 12 000 dans les cinq ans à ve­nir.

Pour­quoi cette ac­tion au­jourd’hui ? Fai­tes­vous face à des pé­nu­ries de main-d’oeuvre ?

Il y a quelques an­nées, en 2015, nos en­tre­prises étaient en pleine crise. C’était dif­fi­cile pour elles de s’en­ga­ger alors que leurs car­nets de com­mandes étaient au plus bas. Nos mé­tiers sont cy­cliques par dé­fi­ni­tion. Au fil des ans, nous avons per­du des sa­la­riés. Au­jourd’hui, 50 % des en­tre­prises ne peuvent pas aug­men­ter leur ac­ti­vi­té faute de per­son­nel. Nous avons le Grand Pa­ris à construire, mais ce chan­tier est un as­pi­ra­teur à main-d’oeuvre, et du coup, en Ile-deF­rance il y a un « ef­fet jum­ping », une pres­sion à la hausse sur les sa­laires. Dans notre sec­teur, nous es­ti­mons nos be­soins à 40 000 em­plois par an. Les postes changent, il y a de moins en moins d’ou­vriers, même si ce­la reste 54 % en­core de nos ef­fec­tifs. Nous avons de plus en plus de ma­na­gers et de cadres. Nos be­soins couvrent tout le territoire. Mais si nos en­tre­prises s’en­gagent, c’est aus­si parce qu’elles de­vraient avoir un peu de vi­si­bi­li­té.

Pour­quoi ce condi­tion­nel ?

Parce que nous at­ten­dons la loi d’orien­ta­tion sur les mo­bi­li­tés, dite loi LOM, qui doit ar­ri­ver bien­tôt en Con­seil des mi­nistres. Celle-ci doit nous per­mettre d’avoir une pro­gram­ma­tion sur les grands tra­vaux d’in­fra­struc­tures. Nous pa­rions sur un scé­na­rio am­bi­tieux. Il y a un vrai su­jet d’en­tre­tien des routes, nous avons be­soin d’in­ves­tir. Idem pour l’en­tre­tien des ou­vrages d’art, qui ont été construits après la guerre, avec du bé­ton ar­mé qui vieillit et s’érode. Il ne faut pas em­pê­cher les col­lec­ti­vi­tés lo­cales d’in­ves­tir. Il ne faut pas at­tendre qu’il y ait un ac­ci­dent pour dé­blo­quer des moyens !

Le Me­def – dont vous êtes adhé­rent –a choi­si d’en­trer dans la né­go­cia­tion sur l’as­su­ran­ce­chô­mage. Qu’en at­ten­dez-vous ?

Nous ne de­vons pas nous conten­ter en la ma­tière de chan­ge­ments pa­ra­mé­triques mais bien al­ler, comme le pro­pose Geof­froy Roux de Bé­zieux, le pré­sident du Me­def, vers une ré­forme sys­té­mique. Les dis­cus­sions com­mencent à peine.

Est-ce que les chefs d’en­tre­prise de votre sec­teur ont le mo­ral ?

Ils l’avaient, jus­qu’à l’an­nonce du gou­ver­ne­ment sur la fis­ca­li­té du ga­zole non rou­tier, ce­lui qu’on uti­lise pour nos ma­chines sur les chan­tiers. Ber­cy a choi­si de le sup­pri­mer dans le cadre du bud­get 2019 : ren­trée d’ar­gent pour l’Etat, 900 mil­lions d’eu­ros. Sur ce to­tal, l’im­pact pour notre sec­teur est éva­lué à 500 mil­lions d’eu­ros. La mé­thode est scan­da­leuse, il n’y a pas eu de concer­ta­tion en amont. La me­sure n’est pas pro­gres­sive, elle se met en place au 1er jan­vier pour les en­tre­prises. For­cé­ment, cette charge sup­plé­men­taire va se ré­per­cu­ter. Mais on ne sait pas com­ment on va gé­rer les contrats en cours. Nous ren­con­trons le mi­nistre de l’Eco­no­mie, Bru­no le Maire, mar­di ma­tin pour en par­ler.

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