En­gie re­doute une Pro­gram­ma­tion plu­ri­an­nuelle de l’éner­gie aux op­tions ir­réa­listes

L'Opinion - - News - Mu­riel Motte @mu­riel­mot­tet

LA TEN­SION MONTE À L’AP­PROCHE de la pu­bli­ca­tion de la PPE, qui va ba­li­ser la po­li­tique éner­gé­tique fran­çaise pen­dant deux quin­quen­nats, 2019-2023 et 2024-2028. « Les in­dus­triels n’ont pas été suf­fi­sam­ment as­so­ciés à l’éla­bo­ra­tion de cette pro­gram­ma­tion plu­ri­an­nuelle, nous avons pour­tant des choses à dire », dé­plore Di­dier Hol­leaux, di­rec­teur gé­né­ral ad­joint d’En­gie.

Le chan­ge­ment d’hommes à la tête du mi­nis­tère de l’Eco­lo­gie mar­qué par l’ar­ri­vée de Fran­çois de Ru­gy n’a ma­ni­fes­te­ment pas bou­le­ver­sé la mé­thode de tra­vail gou­ver­ne­men­tale sur ce su­jet. « Nous en­voyons des lettres de sou­haits au Père Noël mais nous avons re­çu une ré­ponse stan­dard, » plai­sante Di­dier Hol­leaux, qui s’in­quiète néan­moins à l’idée d’une PPE sou­te­nant « des op­tions né­fastes et ir­réa­listes ».

Prê­chant pour la cha­pelle d’En­gie, cham­pion du gaz et lea­der des re­nou­ve­lables en France, il a comme d’autres « le sen­ti­ment que le dé­bat est en­tiè­re­ment confis­qué par les pro et les an­ti-nu­cléaires ». Or jus­te­ment, la part du nu­cléaire dans la consom­ma­tion d’élec­tri­ci­té doit di­mi­nuer à l’ho­ri­zon 2035. Pour tous les pro­fes­sion­nels, l’en­jeu est de réus­sir la tran­si­tion vers d’autres sources d’éner­gies propres, dans le cadre plus gé­né­ral de l’ob­jec­tif du zé­ro émis­sion nette de car­bone dans l’éco­no­mie en 2050.

En­gie dé­fend évi­dem­ment la place du gaz, une éner­gie qui se stocke et qui peut être verte et com­pé­ti­tive. A condi­tion que les pou­voirs pu­blics en soient convain­cus et le ma­ni­festent à tra­vers des dis­po­si­tifs de ra­chat et des ap­pels d’offres. C’est par ce biais que les ta­rifs du pho­to­vol­taïques ont fon­du : par­tis de 700 eu­ros le mé­ga­watt­heure, les prix de l’éner­gie so­laire ont été di­vi­sés par plus de dix en quelques an­nées.

Le bio­gaz a l’avan­tage de coû­ter moins cher, au­tour de 95 eu­ros, et il peut des­cendre vers 60 eu­ros à condi­tion que les po­li­tiques pu­bliques soient au ren­dez-vous. La PPE sous-tend les choix du gou­ver­ne­ment, c’est en ce­la qu’elle est im­por­tante. « Un sou­tien trop ti­mide est une ma­nière de tuer une fi­lière », es­time Di­dier Hol­leaux. Le groupe chiffre à 10 mil­liards d’eu­ros l’in­ves­tis­se­ment pu­blic né­ces­saire à l’ho­ri­zon 2030 pour faire vivre la fi­lière bio­gaz et ré­duire si­gni­fi­ca­ti­ve­ment les ta­rifs.

Com­plé­men­ta­ri­té éner­gé­tique. Les prix ne sont d’ailleurs pas tout. Ils ont beau être de­ve­nus très com­pé­ti­tifs dans le so­laire – un peu plus de 52 eu­ros le mé­ga­watt­heure lors des der­niers ap­pels d’offres –, l’ob­jec­tif d’un gi­ga­watt sup­plé­men­taire pro­duit en 2018 ne se­ra pas te­nu en rai­son d’un parc d’ins­tal­la­tions opé­ra­tion­nelles trop faible, vient de pré­ve­nir l’Ob­ser­va­toire de l’éner­gie so­laire pho­to­vol­taïque. Dans le gaz, En­gie s’es­time ca­pable de te­nir sa cible de 100 % de gaz verts à l’ho­ri­zon 2050. « C’est une op­tion in­dis­pen­sable dans la tran­si­tion éner­gé­tique, sa­chant que le gaz reste es­sen­tiel lors des pointes de consom­ma­tion élec­trique, rap­pelle le cadre d’En­gie. Ce fut le cas lors du pic du 18 jan­vier 2017. Les stocks de gaz ont dis­tri­bué plus d’éner­gie que l’en­semble du parc nu­cléaire. »

Dans ce contexte, le groupe juge er­ro­né l’ar­gu­ment se­lon le­quel l’élec­tri­fi­ca­tion des lo­ge­ments neufs se­rait une bonne nou­velle pour la pla­nète, car ce­la oblige à re­cou­rir à l’élec­tri­ci­té mar­gi­nale, qui est car­bo­née. Si l’on veut ré­duire la pol­lu­tion, « il faut d’abord éco­no­mi­ser l’éner­gie, puis dé­car­bo­ner avant d’élec­tri­fier », pour­suit Di­dier Hol­leaux.

Au cha­pitre de l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, l’iso­la­tion et la ré­no­va­tion de bâ­ti­ments pu­blics per­met­traient de ré­duire la fac­ture d’au moins 30 %, sa­chant que « la consom­ma­tion de cer­tains col­lèges ou ly­cées est une honte ». Quant à la dé­car­bo­na­tion, elle passe par la com­plé­men­ta­ri­té des sources d’éner­gie, y com­pris dans les tran­sports. Pre­mier four­nis­seur eu­ro­péen de bornes de re­charge pour les vé­hi­cules élec­triques, En­gie fait aus­si la pro­mo­tion de la pile à com­bus­tible fonc­tion­nant à l’hy­dro­gène et du bio­gaz com­pri­mé pour rem­pla­cer le die­sel. Pour le géant hexa­go­nal, la di­ver­si­té fait la force du mix éner­gé­tique fran­çais.

« Il faut d’abord éco­no­mi­ser l’éner­gie, puis dé­car­bo­ner avant d’élec­tri­fier »

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