Les ma­nifs dans l’im­passe

L'Opinion - - La Une - Ni­co­las Bey­tout t @ni­co­las­bey­tout

On n’ira pas jus­qu’à dire, comme l’avait clai­ron­né Ni­co­las Sar­ko­zy, que « dé­sor­mais, quand il y a une grève en France, per­sonne ne s’en aper­çoit ». Il n’em­pêche, dix ans après, cette pro­vo­ca­tion com­mence à res­sem­bler à une prophétie. Ce mar­di 9 oc­tobre était dé­cré­té « jour­née de mo­bi­li­sa­tion » par la CGT, FO et une ky­rielle de pe­tits syn­di­cats ca­té­go­riels, mais bien peu de Fran­çais en ont été té­moin. Et il fal­lait en­tendre les contor­sions de lan­gages mal­adroi­te­ment uti­li­sées par les lea­ders syn­di­caux pour ca­mou­fler cet échec : « Le suc­cès des ma­ni­fes­ta­tions, osa af­fir­mer Phi­lippe Mar­ti­nez, de la CGT, ne se ré­su­me­ra pas au nombre de ma­ni­fes­tants. » Ce à quoi son ho­mo­logue de FO, Pas­cal Pa­va­geau, ajou­ta qu’il n’at­ten­dait « rien du tout en termes de nombres » mais « un mou­ve­ment si­gni­fi­ca­tif ». Qu’avec pu­deur ces choses-là sont dites ! Il y au­rait pour­tant, pour les syn­di­cats, de quoi s’alar­mer. Ce­la fait un an qu’a été en­ga­gée la trans­for­ma­tion so­ciale la plus im­por­tante de­puis les an­nées Mit­ter­rand et de­puis les 35 heures en l’an 2000. Une vé­ri­table cor­rec­tion de tra­jec­toire, en réa­li­té : ré­équi­li­brage des rap­ports entre em­ployeurs et sa­la­riés (les or­don­nances), re­ca­drage des pro­fes­sions à sta­tut (la SNCF), re­mise en ques­tion du pa­ri­ta­risme (sur l’as­su­rance-chô­mage), amorce d’un gi­gan­tesque chan­tier sur la re­traite. Or la seule ré­plique ima­gi­née par les syn­di­cats reste les grèves et les ma­ni­fes­ta­tions. Un échec, un désa­veu.

Le gou­ver­ne­ment pour­rait s’en ré­jouir, ou à tout le moins s’en conten­ter. Il au­rait tort. Car toutes les en­quêtes d’opi­nion le dé­montrent, le ma­laise est là, bien ins­tal­lé dans l’es­prit des Fran­çais, la faute au manque de ré­sul­tats. Et s’ils ne l’ex­priment pas au­jourd’hui avec les pieds, ils se­ront ten­tés un jour de le dire en vo­tant pour ceux qui n’ont ja­mais gou­ver­né, ja­mais dé­çu. Ceux qui pro­posent des so­lu­tions simples, les ex­trêmes.

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