Re­ma­nie­ment: le jour le plus long

Entre aga­ce­ment et in­com­pré­hen­sion, les dé­pu­tés ont at­ten­du toute la jour­née un re­ma­nie­ment qui n’est ja­mais ve­nu

L'Opinion - - La Une - Ca­ro­line Vi­gou­reux t @Ca­roVi­gou­reux

De­puis le dé­part de Gé­rard Col­lomb du mi­nis­tère de l’In­té­rieur mer­cre­di der­nier, le re­ma­nie­ment se fait at­tendre. Les mi­nistres, qu’ils soient don­nés par­tant ou non, étaient pré­sents mar­di dans l’Hé­mi­cycle de l’As­sem­blée na­tio­nale pour la séance des ques­tions au gou­ver­ne­ment. Le Con­seil des mi­nistres doit se te­nir mer­cre­di ma­tin. Mar­di soir, l’Ely­sée an­non­çait que le re­ma­nie­ment se fe­rait sans dé­mis­sion du Pre­mier mi­nistre et de son gou­ver­ne­ment. RA­RE­MENT LES HEURES ont pa­ru si longues. « Comme d’ha­bi­tude, on ne sait rien ! », lance désa­bu­sé un dé­pu­té ma­cro­niste. Un autre a pré­fé­ré s’éclip­ser de la réunion du groupe ma­jo­ri­taire. A peine le nou­veau chef de file des dé­pu­tés LREM, Gilles Le Gendre, a-t-il évo­qué face aux dé­pu­tés le re­ma­nie­ment. Un autre en­core croit sa­voir que si l’an­nonce traîne, c’est en rai­son du vote de la loi Pacte, pré­vu dans l’après-mi­di. « Il fal­lait que Bru­no Le Maire puisse sié­ger au banc », ex­plique-t-il.

Les dé­pu­tés traînent leur im­pa­tience dans les cou­loirs du Pa­lais Bour­bon sans même sa­voir si la séance de ques­tions au gou­ver­ne­ment va bien se te­nir. « Tout ce­la prend du temps, les dé­pu­tés sont au tra­vail », s’aven­ture face aux ca­mé­ras l’un des quatre porte-pa­role du groupe, le dé­pu­té des Côtes-d’Ar­mor Her­vé Ber­ville, d’or­di­naire plu­tôt dis­cret. « Il y a des salles d’at­tente moins confor­tables qu’ici, c’est ce qu’il faut se dire », sou­rit le dé­pu­té Mo­Dem du Rhône, Pa­trick Mi­gno­la.

« Séance d’adieux ». Scène co­casse, Gilles Le Gendre vient an­non­cer salle Col­bert son propre re­ma­nie­ment, ce­lui du bu­reau du groupe. « Cer­tains d’entre nous pensent qu’il fait une er­reur », as­sure un dé­pu­té LREM qui re­doute que les cinq vice-pré­si­dents choi­sis pour di­ri­ger le groupe ne soient nom­més quelques heures plus tard au gou­ver­ne­ment. « Je n’au­rais pas pris des risques in­con­si­dé­rés », pré­cise Gilles Le Gendre à ceux qui s’in­ter­rogent sur le de­gré de concer­ta­tion entre la dé­marche du groupe et celle de l’exé­cu­tif. A ses cô­tés, la dé­pu­tée de l’Es­sonne, Amé­lie de Mont­cha­lin, a été nom­mée nu­mé­ro deux du groupe. A chaque re­ma­nie­ment, cette étoile mon­tante de la ma­cro­nie est ci­tée par­mi les po­ten­tiels en­trants au gou­ver­ne­ment. Voi­là qui éva­cue une hy­po­thèse, jus­qu’à preuve du contraire.

15 heures, dans l’Hé­mi­cycle. Le gou­ver­ne­ment est bien pré­sent pour ré­pondre aux ques­tions des dé­pu­tés, même ceux don­nés partants. « C’est une séance d’adieux », ré­sume le dé­pu­té LREM du Val-d’Oise, Au­ré­lien Ta­ché. Drôle de sup­plice qui ali­mente le pro­cès en ama­teu­risme fait au gou­ver­ne­ment. Les mi­nistres les plus fra­gi­li­sés sont plon­gés dans l’arène pour quelques heures en­core, à l’ins­tar de la mi­nistre de la Cul­ture, Fran­çoise Nys­sen. Heu­reu­se­ment, les dé­pu­tés lui évitent le sup­plice d’avoir à ré­pondre à une ques­tion. Le mi­nistre de la Co­hé­sion des ter­ri­toires, Jacques Mé­zard, est ab­sent. Cer­tains dé­pu­tés dont les noms cir­culent pour ren­trer au gou­ver­ne­ment font le job, comme si de rien n’était, comme le pré­sident du groupe Mo­Dem, Marc Fes­neau, don­né à l’Agri­cul­ture.

Dé­cou­verte. Eton­na­ment, la séance des ques­tions au gou­ver­ne­ment est plu­tôt calme. Seul le chef de file des dé­pu­tés LR, Chris­tian Ja­cob, vient rompre le si­lence in­ha­bi­tuel qui pré­vaut dans l’Hé­mi­cycle. « Jus­qu’à quand cette mas­ca­rade va-t-elle conti­nuer Mon­sieur le Pre­mier mi­nistre ? », pi­lonne le dé­pu­té de Sei­neet-Marne. « Il n’y a dans cette ma­jo­ri­té et dans ce gou­ver­ne­ment au­cune fé­bri­li­té, au­cune im­pa­tience », main­tient Edouard Phi­lippe, qui rem­place de­puis main­te­nant une se­maine le mi­nistre de l’In­té­rieur, Gé­rard Col­lomb.

Après la séance des ques­tions au gou­ver­ne­ment, Gilles Le Gendre dé­barque dans la salle des Quatre co­lonnes, pour ten­ter de ré­pondre à l’im­pa­tience des jour­na­listes. « Je ne vois pas de flot­te­ment, on fa­brique un gou­ver­ne­ment. Moi, j’ai bien mis trois se­maines à choi­sir mes cinq vice-pré­si­dents ! », ar­gu­mente le suc­ces­seur de Ri­chard Fer­rand. Soit.

Pen­dant ce temps, la loi

Pacte sur les en­tre­prises est adop­tée dans une in­dif­fé­rence as­sez gé­né­rale. La pro­po­si­tion de loi sur les fake news, por­tée par le groupe ma­jo­ri­taire, doit être dé­bat­tue dans la fou­lée en nou­velle lec­ture. La mi­nistre de la Cul­ture, Fran­çoise Nys­sen, se­ra-t-elle pré­sente ? « Je ne sais pas, je vais le dé­cou­vrir », avoue la rap­por­teur de la pro­po­si­tion de loi, la dé­pu­tée du Val-d’Oise, Naï­ma Mout­chou, avant de re­joindre l’Hé­mi­cycle.

La lo­ca­taire de la rue de

Va­lois passe salle des Quatre co­lonnes sans s’at­tar­der. « Les mi­nistres eux-mêmes ne sont pas au cou­rant de leur sort ! », s’amuse un jeune dé­pu­té ma­cro­niste. La mi­nistre de la Cul­ture dé­fend fi­na­le­ment, tête bais­sée, la pro­po­si­tion de loi fake news à la tri­bune. En fin de jour­née, un scé­na­rio com­mence à poindre chez plu­sieurs dé­pu­tés : le re­ma­nie­ment ne se­ra pas an­non­cé ce soir. Un dé­pu­té LREM l’as­sure : « Le Pré­sident est dé­ter­mi­né à prendre son temps. » C’est à peu près la seule cer­ti­tude dont la ma­jo­ri­té dis­pose.

« Il n’y a dans cette ma­jo­ri­té et dans ce gou­ver­ne­ment au­cune fé­bri­li­té, au­cune im­pa­tience », main­tient Edouard Phi­lippe

KAK

Mar­di à l’As­sem­blée na­tio­nale, Edouard Phi­lippe a ré­pon­du aux at­taques de Chris­tian Ja­cob, chef de file des dé­pu­tés LR.

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