Air France : pour­quoi la me­nace d’une nou­velle grève est (pour le mo­ment) écar­tée

Après avoir ob­te­nu la tête du pa­tron, les syn­di­cats calment le jeu. D’au­tant qu’ils n’ont plus la même capacité à mo­bi­li­ser les sa­la­riés

L'Opinion - - Wauquiez Fait De L’oeil Aux Entreprises - Fan­ny Gui­no­chet t @fan­ny­gui­no­chet

La nou­velle di­rec­tion d’Air France a pro­po­sé aux syn­di­cats une hausse des sa­laires de 2 %, éta­lée sur deux ans. Après cette offre in­for­melle, des né­go­cia­tions of­fi­cielles de­vraient être ou­vertes ra­pi­de­ment. NOU­VEAU PA­TRON D’AIR FRANCE, Ben­ja­min Smith, a fait un geste. Il a pro­po­sé aux syn­di­cats une re­va­lo­ri­sa­tion gé­né­rale des sa­laires de 4 % sur 2018-2019, soit deux fois 2 %. Pas de quoi conten­ter l’in­ter­syn­di­cale, com­po­sée d’une di­zaine de cen­trales, qui de­mande au mi­ni­mum une hausse de 5 %, afin de com­pen­ser le gel des sa­laires ap­pli­qué par la com­pa­gnie entre 2012 et 2017.

Il n’em­pêche, après ré­flexion, les re­pré­sen­tants du per­son­nel ont dé­ci­dé d’adop­ter une po­si­tion re­la­ti­ve­ment mo­dé­rée. L’in­ter­syn­di­cale de­mande à la di­rec­tion de la com­pa­gnie de « cla­ri­fier ses in­ten­tions ». Mais en at­ten­dant, même le puis­sant SNPL, ma­jo­ri­taire chez les pi­lotes, a mis de l’eau dans son vin, en es­ti­mant « que le vo­lume pour­rait conve­nir ». Certes, les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales se disent in­quiètes sur cette pro­messe d’aug­men­ta­tion en 2019 qui risque de cou­vrir à peine l’in­fla­tion, mais elles n’ap­pellent pas à la mo­bi­li­sa­tion.

Et pour cause, elles au­ront beau­coup de mal à être sui­vies par les 44 000 sa­la­riés. Les qua­cats, torze jours de grève au prin­temps der­nier ont lais­sé des traces. Sur les fiches de paie, mais aus­si dans les es­prits. Le conflit a gé­né­ré la dé­mis­sion avec fra­cas de Jean-Marc Ja­naillac, l’in­té­rim de quelques mois d’Anne-Ma­rie Cou­derc, puis l’ar­ri­vée du Ca­na­dien Ben­ja­min Smith. Sans ou­blier le coût fi­nan­cier pour la com­pa­gnie aé­rienne : 335 mil­lions d’eu­ros, se­lon la di­rec­tion.

Pres­sions mul­tiples. Dif­fi­cile aus­si de s’op­po­ser d’em­blée au nou­veau pa­tron qui n’a ces­sé de don­ner des gages de­puis son ar­ri­vée. Il y a quelques jours, il s’est sé­pa­ré du di­rec­teur gé­né­ral, Franck Ter­ner. Et il a li­mo­gé l’an­cien DRH, Gilles Ga­teau, que les syn­di­cats avaient pris en grippe. Ben Smith a mis à sa place un de ses proches col­la­bo­ra­teurs d’Air Ca­na­da, Ol­tion Car­kax­hi­ja, rom­pu aux né­go­cia­tions so­ciales.

Les syn­di­cats savent aus­si que le contexte n’est pas le même. Même si Ben Smith veut évi­ter à tout prix un nou­veau mou­ve­ment, il est ex­trê­me­ment contraint. Par son con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion, qui n’a pas en­vie de lâ­cher face aux syn­diLE mais aus­si par l’Etat qui est ac­tion­naire en­core à hau­teur de 14 % et me­nace ré­gu­liè­re­ment de cé­der sa part. L’al­lié néer­lan­dais KLM fait aus­si pres­sion sur le nou­veau di­ri­geant.

De leur cô­té, les pi­lotes sont ap­pe­lés à vo­ter dé­but dé­cembre pour choi­sir un nou­veau bu­reau au SNPL, l’or­ga­ni­sa­tion do­mi­nante. Le pré­sident ac­tuel, Phi­lippe Evain, connu pour ses po­si­tions dures, pour­rait perdre son poste. Sa ri­gi­di­té lui ayant va­lu des ini­mi­tiés, il sait qu’il y ga­gne­rait à s’as­sou­plir. D’ailleurs, ce n’est pas un ha­sard si mar­di, dans un com­mu­ni­qué, le Spaf, deuxième syn­di­cat de pi­lotes, a ac­cep­té la pro­po­si­tion de la di­rec­tion.

Pour les autres col­lèges de sa­la­riés, les scru­tins pro­fes­sion­nels se tien­dront en mars pro­chain. Ils pro­mettent de mettre à mal l’uni­té de l’in­ter­syn­di­cale. Pour ob­te­nir des voix, cha­cun cher­che­ra à ti­rer ses mar­rons du feu.

Sur­tout, pour l’heure, la pro­po­si­tion d’aug­men­ta­tion de Ben­ja­min Smith a été for­mu­lée au cours d’une réunion in­for­melle qui s’est te­nue ce week-end. Ce que n’a guère ap­pré­cié la CFDT – qui ne fait pas par­tie de l’in­ter­syn­di­cale. Le syn­di­cat ré­for­miste, qui n’a pas sou­te­nu la grève du prin­temps, n’a pas tar­dé à rap­pe­ler que des né­go­cia­tions de­vaient avoir lieu « dans le cadre lé­gal de la né­go­cia­tion col­lec­tive ». Ben­ja­min Smith pour­rait les ou­vrir ra­pi­de­ment. Le nou­veau di­ri­geant est pres­sé de trou­ver une is­sue à ce conflit qui n’en fi­nit pas d’em­poi­son­ner la vie de la com­pa­gnie.

Les syn­di­cats savent que le contexte n’est pas le même. Même si Ben Smith veut évi­ter un nou­veau mou­ve­ment, il est très contraint

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