Ac­tion Lo­ge­ment, par­te­naire pré­fé­ré du gou­ver­ne­ment

L’exé­cu­tif s’ap­puie de plus en plus sur Ac­tion Lo­ge­ment (ex-1 % Lo­ge­ment) qui se veut le par­te­naire de tous les bailleurs so­ciaux

L'Opinion - - La Une - Jade Gran­din de l'Epre­vier t @Ja­deG­ran­din

L’ex-1% Lo­ge­ment, gé­ré par le pa­tro­nat, est ré­gu­liè­re­ment as­so­cié aux ini­tia­tives gou­ver­ne­men­tales

Le mi­nis­tère de la Co­hé­sion des ter­ri­toires a pré­sen­té mer­cre­di son plan d’ac­tion pour ré­no­ver les 684 co­pro­prié­tés (56 000 lo­ge­ments) dé­gra­dées en France. Outre le dé­blo­cage de 2,74 mil­liards d’eu­ros sur dix ans, le gou­ver­ne­ment in­vite les col­lec­ti­vi­tés lo­cales à s’ap­puyer sur ses par­te­naires Ac­tion Lo­ge­ment et la Banque des ter­ri­toires (de la Caisse des dé­pôts) pour com­plé­ter ces fi­nan­ce­ments et gé­rer les tra­vaux, le re­lo­ge­ment des mé­nages, et la ges­tion de la co­pro­prié­té.

LES UNES APRÈS LES AUTRES, les ini­tia­tives du mi­nis­tère de la Co­hé­sion des ter­ri­toires s’ap­puient am­ple­ment sur Ac­tion Lo­ge­ment. De­puis sa créa­tion en 1943, l’ex 1 % Lo­ge­ment, qui gère la par­ti­ci­pa­tion des em­ployeurs à l’ef­fort de construc­tion, a élar­gi ses com­pé­tences et son do­maine d’ac­tion, et l’ar­ri­vée au pou­voir d’Em­ma­nuel Ma­cron semble avoir consi­dé­ra­ble­ment ac­cé­lé­ré cette ten­dance. Der­nier exemple en date, la ré­no­va­tion des co­pro­prié­tés dé­gra­dées. Mer­cre­di, le mi­nis­tère a pré­sen­té un plan d’ac­tion pour sau­ver les 684 co­pro­prié­tés fra­giles en France (soit près de 56 000 lo­ge­ments), avec soit des dé­mo­li­tions et re­cons­truc­tions, soit de gros tra­vaux de ré­no­va­tion. Outre un fi­nan­ce­ment de 2,74 mil­liards d’eu­ros sur dix ans, le gou­ver­ne­ment in­vite les col­lec­ti­vi­tés et opé­ra­teurs à s’ap­puyer sur deux par­te­naires : Ac­tion Lo­ge­ment et la Caisse des dé­pôts (via la Banque des ter­ri­toires). Les deux or­ga­nismes pro­po­se­ront cha­cun des en­ga­ge­ments fi­nan­ciers sup­plé­men­taires et as­su­re­ront la ges­tion : re­lo­ger les mé­nages, ac­qué­rir les lo­ge­ments, me­ner les tra­vaux, re­dres­ser les co­pro­prié­tés fi­nan­ciè­re­ment, et les mettre en lo­ca­tion ou en ac­ces­sion. Mais c’est bien Ac­tion Lo­ge­ment qui se mo­bi­li­se­ra sur les « sites prio­ri­taires », in­siste le mi­nis­tère dans un com­mu­ni­qué.

Dé­mem­bre­ment. Ces der­niers mois, l’exé­cu­tif a fait plu­sieurs fois la part belle à l’ex-1 % Lo­ge­ment, dont le pré­sident (au­jourd’hui Bru­no Ar­ca­di­pane), est nom­mé sur pro­po­si­tion du Me­def. L’or­ga­ni­sa­tion pa­ri­taire a en par­ti­cu­lier mis sur pied une fon­cière pour ache­ter les HLM dont la vente se­ra fa­ci­li­tée avec la loi Elan. Cette fon­cière a été bap­ti­sée rien de moins que l’« opé­ra­teur na­tio­nal de vente » (ONV), mais les bailleurs so­ciaux peuvent aus­si vendre leurs lo­ge­ments à d’autres opé­ra­teurs. De fait, les in­té­res­sés ne manquent pas. La fi­liale im­mo­bi­lière de la Caisse des dé­pôts, CDC Ha­bi­tat, sou­hai­tait ain­si créer un vé­hi­cule al­ter­na­tif d’achat de lo­ge­ments HLM, mais en nue-pro­prié­té, grâce à du dé­mem­bre­ment. Las, elle n’a pas réus­si à pé­ren­ni­ser cette idée dans la loi Elan. Signe que le su­jet est sen­sible, mer­cre­di soir, s’ex­pri­mant lors du Congrès an­nuel des HLM à Mar­seille, Bru­no Ar­ca­di­pane a cri­ti­qué le dé­mem­bre­ment comme pré­sen­tant un « risque de pri­va­ti­sa­tion ram­pante ».

Ce rôle crois­sant d’Ac­tion Lo­ge­ment a une pre­mière ex­pli­ca­tion : les fi­nan­ce­ments. Tan­dis que l’Etat baisse ses sub­ven­tions au lo­ge­ment, il a be­soin de la manne d’Ac­tion Lo­ge­ment. Le groupe dis­pose d’un bud­get an­nuel de 3,5 mil­liards d’eu­ros, dont 1,8 mil­liard col­lec­tés au­près des en­tre­prises, et presque au­tant en rem­bour­se­ments de prêts ac­cor­dés aux mé­nages et aux bailleurs so­ciaux. Cette an­née, il a si­gné plu­sieurs par­te­na­riats avec l’Etat, s’en­ga­geant à hau­teur de 15 mil­liards d’eu­ros pour la pé­riode 2018-2022. Il fi­nance dé­sor­mais les trois quarts du pro­gramme de ré­no­va­tion ur­baine (7 sur 10 mil­liards d’eu­ros) et 1,5 mil­liard d’eu­ros du plan Ac­tion coeur de ville, sur la re­dy­na­mi­sa­tion des cen­tres­bourgs. Si la CDC reste le pre­mier prê­teur des or­ga­nismes HLM, dé­sor­mais Ac­tion Lo­ge­ment est mis à contri­bu­tion pour bo­ni­fier ces prêts de haut de bi­lan (pour un coût de 812 mil­lions d’eu­ros). « Ils veulent prendre plus de place, sou­ligne un connais­seur du sec­teur. Qui se­ra l’ac­teur prê­teur de de­main ? »

Am­bi­tions. C’est la deuxième ex­pli­ca­tion de la mon­tée en puis­sance de l’or­ga­ni­sa­tion : son am­bi­tion as­su­mée d’en­dos­ser un rôle plus large. « Le ser­vice aux sa­la­riés est et res­te­ra dans l’ADN d’Ac­tion Lo­ge­ment, a dé­cla­ré Bru­no Ar­ca­di­pane. Notre force est le fruit d’une his­toire dé­jà longue [...] mais ce n’est pas une fin en soi, bien au contraire. [...] Notre mis­sion, c’est d’ac­com­pa­gner tous les bailleurs, y com­pris dans leur vo­lon­té de re­grou­pe­ment. » On re­trouve, là en­core, une forme de concur­rence avec la Caisse des dé­pôts, qui pro­pose aus­si aux bailleurs HLM de les ai­der à se re­grou­per. Ce même jour, elle si­gnait d’ailleurs un par­te­na­riat avec l’of­fice pu­blic de l’ha­bi­tat (OPH) de Seine-Saint-De­nis.

« Ac­tion Lo­ge­ment et la CDC sont deux ac­teurs im­por­tants, nous ne sommes pas concur­rents mais nos fi­liales peuvent l’être, com­mente Bru­no Ar­bouet, di­rec­teur gé­né­ral d’Ac­tion Lo­ge­ment. Il suf­fit que cette concur­rence se fasse dans l’in­té­rêt du bien com­mun. » « Que plu­sieurs opé­ra­teurs montrent à l’Etat qu’ils sont ca­pables de mettre en oeuvre les po­li­tiques pu­bliques, c’est bien, es­time Fran­çois Jo­li­vet, dé­pu­té LREM de l’Indre, an­cien di­rec­teur d’un of­fice pu­blic de l’ha­bi­tat (OPH). Il faut sim­ple­ment évi­ter que la concur­rence mène à la sur­en­chère. » Quant à la mé­thode, Ac­tion Lo­ge­ment se dit fa­vo­rable à plus ac­com­pa­gner les po­li­tiques pu­bliques (et les fi­nan­cer da­van­tage), mais en gar­dant le contrôle, c’est-à-dire en in­ves­tis­sant di­rec­te­ment les fonds, sans pas­ser par les agences pu­bliques.

« Ac­tion Lo­ge­ment et la CDC ne sont pas concur­rents mais les fi­liales peuvent l’être. Il suf­fit que cette concur­rence se fasse dans l’in­té­rêt du bien com­mun »

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