France et Rwan­da unis pour ré­no­ver la fran­co­pho­nie

L'Opinion - - La Une - P.A.

L’es­pace fran­co­phone re­pré­sente un mar­ché de 300 mil­lions de consom­ma­teurs qui at­tein­dra les 800 mil­lions en 2050

LE SOM­MET D’ERE­VAN n’est qu’une étape dans la ré­no­va­tion de la Fran­co­pho­nie. Il s’agit de chan­ger la se­cré­taire gé­né­rale et de dé­fi­nir une nou­velle feuille de route. « Nous cher­chons à ac­com­plir une pro­fonde ré­no­va­tion de l’or­ga­ni­sa­tion qui de­vra être en­té­ri­née en Tu­ni­sie pour le cin­quan­te­naire de l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale de la fran­co­pho­nie (OIF) en 2020, in­dique un proche d’Em­ma­nuel Ma­cron. Nous cher­chons à don­ner plus de conte­nus. On en parle de­puis des an­nées. »

Que veulent en faire les Etats membres, par­ti­cu­liè­re­ment la France, qui en est le pre­mier contri­bu­teur avec plus de 40% du bud­get et ac­cueille le siège à Pa­ris ? C’est en­core un peu flou pour le mo­ment. Em­ma­nuel Ma­cron a es­quis­sé les grandes lignes à l’Ins­ti­tut de France, lors de son dis­cours pour la stra­té­gie sur la langue fran­çaise, en mars der­nier. Il sou­haite ai­der « une jeu­nesse qui est en train de prendre en main sa des­ti­née et qui rêve son fu­tur en fran­çais », tour­ner da­van­tage l’or­ga­ni­sa­tion vers l’éco­no­mie, le nu­mé­rique, tout en pour­sui­vant son ac­tion po­li­tique.

Comme Em­ma­nuel Ma­cron, la rwan­daise Louise Mu­ki­shi­wa­bo est par­ti­sane d’une fran­co­pho­nie ou­verte vers les autres langues. Son pays a adop­té l’an­glais comme langue de tra­vail mais l’ap­pren­tis­sage du fran­çais n’a pas été aban­don­né. Elle veut faire de l’OIF le lieu d’un « mul­ti­la­té­ra­lisme du­quel peuvent émer­ger des so­lu­tions aux dé­fis, comme le chan­ge­ment cli­ma­tique, ou en­core les mi­gra­tions ». Ce se­ra aus­si l’un des mes­sages du chef de l’Etat fran­çais à Ere­van. La France et le Rwan­da semblent donc tra­vailler main dans la main sur ce dos­sier. La très pro­bable fu­ture se­cré­taire gé­né­rale sou­haite aus­si dé­ve­lop­per les di­men­sions de la fran­co­pho­nie éco­no­mique et nu­mé­rique, no­tam­ment en fa­veur de la jeu­nesse. « La France et le Rwan­da portent un vrai pro­jet de chan­ge­ment, ex­plique le dé­pu­té Bru­no Fuchs, pré­sident dé­lé­gué de la sec­tion fran­çaise de l’As­sem­blée par­le­men­taire de la fran­co­pho­nie. Ils ont l’am­bi­tion de dé­ve­lop­per la Fran­co­pho­nie des ci­toyens, du sport, de la culture et des af­faires. L’es­pace OIF re­pré­sente un mar­ché de 300 mil­lions de consom­ma­teurs qui at­tein­dra les 800 mil­lions en 2050. » Le par­le­men­taire in­siste éga­le­ment pour que l’OIF mène une ré­flexion sur la ques­tion de la mo­bi­li­té dans son es­pace afin de fa­vo­ri­ser les dé­pla­ce­ments d’ar­tistes, cher­cheurs, uni­ver­si­taires, hommes d’af­faires.

« Le bud­get de l’OIF est li­mi­té, com­mente un de ses ex-re­pré­sen­tants fran­çais. On ne peut à la fois faire de la po­li­tique, de la culture, de la pro­mo­tion de la langue et de l’éco­no­mie. A par­tir de là, com­ment lut­ter contre la dis­per­sion ? » Ab­dou Diouf, an­cien se­cré­taire gé­né­ral, avait fait son choix. Il avait l’ha­bi­tude de dire que la Fran­co­pho­nie de­vait re­po­ser sur deux jambes : la di­ver­si­té cultu­relle et lin­guis­tique ; les Droits de l’Homme, la dé­mo­cra­tie et la paix.

Ces deux pi­liers ne de­vraient pas être aban­don­nés, ne se­rait-ce que parce que l’OIF ris­que­rait d’y perdre son le­vier d’in­fluence in­ter­na­tio­nale. « Si l’OIF ne fait plus de fran­co­pho­nie po­li­tique, elle re­de­vien­dra la simple agence tech­nique qu’elle était au dé­part lors­qu’elle s’ap­pe­lait Agence de co­opé­ra­tion cultu­relle et tech­nique lors de sa créa­tion à Nia­mey en 1970. Pour avoir l’in­fluence dans le monde d’au­jourd’hui, il faut faire de la po­li­tique. » L’Ely­sée ne sou­haite pas voir dis­pa­raître la vo­ca­tion droit-de-l’hom­miste de l’or­ga­ni­sa­tion ni son ac­tion en ma­tière d’ap­pui dé­mo­cra­tique. Ce­la donne pour­tant ré­gu­liè­re­ment l’oc­ca­sion de vifs dé­bats. Di­manche, l’Egypte s’est op­po­sée à une ré­so­lu­tion sur la peine de mort dans une réunion pré­pa­ra­toire au som­met.

« Les pays qui ont le plus de moyens doivent faire preuve de vo­lon­ta­risme pour dé­ve­lop­per les nou­velles am­bi­tions de l’OIF, no­tam­ment son vo­let éco­no­mique », conclut le proche du chef de l’Etat. Une autre so­lu­tion consiste à mieux gé­rer une or­ga­ni­sa­tion bud­gé­ti­vore en frais de fonc­tion­ne­ment. La cour des comptes du Ma­roc, qui a ré­cem­ment au­di­té la struc­ture, a don­né plu­sieurs pistes pour une ges­tion plus ri­gou­reuse et res­pon­sable. Elles sont ac­tuel­le­ment en dé­bats à Ere­van.

« Le bud­get de l’OIF est li­mi­té, com­mente un de ses ex-re­pré­sen­tants fran­çais. On ne peut à la fois faire de la po­li­tique, de la culture, de la pro­mo­tion de la langue et de l’éco­no­mie. A par­tir de là, com­ment lut­ter contre la dis­per­sion? »

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