L’uni­té du PS sus­pen­due au choix du pro­jet eu­ro­péen

Le dé­part des fi­gures de l’aile gauche semble im­mi­nent mal­gré les ten­ta­tives de conci­lia­tion

L'Opinion - - Remaniement : Philippe Tente Le Rapport De Force - Ra­phaël Proust t @ra­phael­proust

Les mi­li­tants du Par­ti so­cia­liste sont in­vi­tés à se pro­non­cer jeu­di sur deux textes pro­gram­ma­tiques en vue des élec­tions européennes de mai pro­chain, avant la pro­cla­ma­tion sa­me­di des ré­sul­tats à l’is­sue du Conseil na­tio­nal de la for­ma­tion à la rose.

LE FEUILLETON TOUCHE À SA FIN. Alors que les mi­li­tants puis les ins­tances du PS doivent ap­prou­ver dans les jours qui viennent leur pro­gramme pour les élec­tions européennes, l’im­mi­nence de la scis­sion de l’aile gauche du par­ti n’en fi­nit plus de pa­ra­si­ter cette sé­quence. Of­fi­ciel­le­ment, les adhé­rents doivent dé­par­ta­ger ce jeu­di deux textes d’orien­ta­tion. Mal­gré une in­flexion de la part de la di­rec­tion, qui a in­tro­duit une bonne dose d’an­ti­li­bé­ra­lisme dans son pro­gramme, le cou­rant de l’eu­ro­dé­pu­té Em­ma­nuel Mau­rel et de la sé­na­trice de Pa­ris Ma­rie-Noëlle Lie­ne­mann a dé­ci­dé de sou­mettre un do­cu­ment al­ter­na­tif au vote des mi­li­tants. C’est du ré­sul­tat de ce scru­tin in­terne, qui doit être ap­prou­vé sa­me­di par le Conseil na­tio­nal, que dépend dé­sor­mais l’ul­time chance de sau­ver l’uni­té du par­ti, d’après les membres de leur ten­dance.

En réa­li­té, il reste bien peu de monde au PS pour dou­ter de cette scis­sion qui de­vrait être of­fi­cia­li­sée avant le week-end. Les dé­sac­cords de fond sou­le­vés le mois der­nier lors d’un bu­reau na­tio­nal nour­ris­saient dé­jà les craintes d’un dé­part or­ches­tré. L’équipe d’ani­ma­tion du par­ti, qui dé­non­çait alors le « chan­tage » me­né se­lon elle par les deux fi­gures de l’aile gauche, semble dé­sor­mais ga­gnée par la las­si­tude. « Même les sou­tiens de Mau­rel dans les fé­dé­ra­tions com­mencent à en avoir marre, as­sure l’un des ar­ti­sans du pro­gramme. Son com­por­te­ment gonfle la terre en­tière ». Quant à Ma­rie-Noëlle Lie­ne­mann, « elle est dé­jà par­tie dans sa tête », ju­geait un res­pon­sable so­cia­liste il y a dé­jà plu­sieurs se­maines.

In­jonc­tions contra­dic­toires. Le di­vorce se pro­fi­lant, il s’agit pour les so­cia­listes de conte­nir l’hé­mor­ra­gie. « Beau­coup de ca­ma­rades de mo­tion n’ont pas en­vie de par­tir et avaient vo­té le pre­mier texte », tente de ras­su­rer un dé­pu­té. Par­mi eux l’an­cien élu d’Indre-et-Loire Laurent Bau­mel, pré­sen­té comme le nou­vel homme fort de l’aile gauche. Il n’em­pêche, ce dé­part qui va s’égre­ner dans la presse ne peut que nuire au pro­ces­sus élec­to­ral, no­tam­ment la dé­si­gna­tion de la tête de liste. Le re­non­ce­ment la se­maine der­nière du com­mis­saire eu­ro­péen Pierre Mos­co­vi­ci montre d’ailleurs à quel point la di­rec­tion ac­tuelle se trouve prise entre deux in­jonc­tions contra­dic­toires. « Pour moi, le PS n’a pas cla­ri­fié sa po­si­tion » sur l’Eu­rope, ju­geait-il tout en cri­ti­quant la nou­velle ligne du par­ti, no­tam­ment sur le libre-échange et les al­liances au ni­veau eu­ro­péen. « Mos­co­vi­ci n’était pas aus­si sou­te­nu qu’il le pen­sait en Eu­rope », tacle en re­tour un dé­pu­té so­cia­liste qui lui prête d’autres am­bi­tions ins­ti­tu­tion­nelles.

Dé­lais­sé par une aile gauche qui de­vrait fon­der son propre mou­ve­ment avant sans doute d’être ac­cueillie sur la liste de La France in­sou­mise, cri­ti­qué par une aile droite qui lui re­proche un vi­rage an­ti­li­bé­ral, le PS tra­verse une passe dé­li­cate. Aux ap­pels du pied de l’exé­cu­tif, qui a ap­pro­ché plu­sieurs per­son­na­li­tés so­cia­listes à l’oc­ca­sion du re­ma­nie­ment, s’ajoute donc la pres­sion du mou­ve­ment de Jean-Luc Mé­len­chon qui a ou­vert une par­tie de sa liste pour les européennes. Sans ou­blier les dé­parts au compte-gouttes vers la for­ma­tion de son an­cien can­di­dat à la pré­si­den­tielle Be­noît Ha­mon. Après le dé­pu­té Ré­gis Jua­ni­co en juin, la sé­na­trice du Val-de-Marne So­phie Taillé-Po­lian a an­non­cé mar­di qu’elle re­joi­gnait à son tour Gé­né­ra­tion.s. Dans ce contexte, la cam­pagne s’an­nonce com­pli­quée pour la fu­ture tête de liste. A moins que la sé­quence ne per­mette en­fin une cla­ri­fi­ca­tion po­li­tique.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.