TF1 mise sur son in­cu­ba­teur pour cap­ter l’es­prit start-up

Un start-upeur: « Nous ne rem­pla­ce­rons pas le flair des pro­gram­ma­teurs de té­lé­vi­sion mais nous se­rons des aides à la dé­ci­sion »

L'Opinion - - Remaniement : Philippe Tente Le Rapport De Force - Cy­ril La­car­rière t @cy_­la­car­riere

Le groupe di­ri­gé par Gilles Pé­lis­son pré­sen­tait mer­cre­di la sai­son 2 de son Me­diaLab ins­tal­lé au sein de l’in­cu­ba­teur à start-up pa­ri­sien, Sta­tion F. Six jeunes en­tre­prises ont été sé­lec­tion­nées par TF1, qui compte sur elles pour dé­fri­cher de nou­veaux ter­ri­toires et faire émer­ger des idées qu’elle ne dé­ve­loppe pas en in­terne. Pour les start-up, cette « ac­cé­lé­ra­tion » est l’oc­ca­sion de se frot­ter aux exi­gences d’un grand groupe et de pro­fi­ter de son car­net d’adresses.

HUIT MOIS APRÈS AVOIR MIS SUR LES RAILS sa pre­mière salve de jeunes pousses du web, TF1 a ré­vé­lé les heu­reux élus de sa deuxième four­née de start-up en quête « d’ac­cé­lé­ra­tion ». Elles tra­vaillent sur le re­cueil de don­nées, l’ac­ces­si­bi­li­té des sites In­ter­net aux per­sonnes han­di­ca­pés, des guides tou­ris­tiques pour les en­fants, les al­go­rithmes et une d’entre elle, plus sur­pre­nant, édite un jour­nal de dé­bats en ver­sion pa­pier ! Son nom : Le Drenche. « Le Me­dia Lab est la pierre an­gu­laire de l’in­no­va­tion de TF1, se ré­jouit Sté­pha­nie Bois­sin, di­rec­trice in­no­va­tion du groupe en pré­sen­tant ces nou­velles re­crues. Il nous per­met de tis­ser un lien très fort avec l’éco­sys­tème des start-up et de faire en sorte qu’il soit pé­renne. » Pour une mai­son par­fois su­jette aux lour­deurs in­hé­rentes à la taille d’une en­tre­prise de près de 3 000 sa­la­riés, l’agi­li­té de ces en­tre­prises en­core en plein dé­ve­lop­pe­ment peut être ins­pi­rante.

« Nous vou­lons prou­ver que la re­la­tion entre un grand groupe et des start-up peut al­ler au-de­là du pro­to­type », pour­suit Sté­pha­nie Bois­sin. L’exemple de PlayP­lay, is­sue de la pre­mière pro­mo­tion, montre que cette vo­lon­té peut se vé­ri­fier. Ce pro­duc­teur de vi­déos so­ciales a si­gné un contrat avec TF1, LCI et le Té­lé­shop­ping pour la four­ni­ture de conte­nus après sa pé­riode d’in­cu­ba­tion. Si toutes ne sui­vront pas cette voie, pour la pre­mière chaîne de France, il s’agit de lais­ser in­fu­ser ces élé­ments ex­té­rieurs « qui n’ont pas les mêmes ob­jec­tifs et la même tem­po­ra­li­té que nous », sou­ligne la di­rec­trice de l’in­no­va­tion.

L’al­go-roi. Par­mi les so­cié­tés sé­lec­tion­nées, Dai­ly d’ini­tiés a dé­jà pris ses quar­tiers dans la Tour TF1. Chaque ma­tin à 9 heures, elle four­nit à 700 per­sonnes de la mai­son une ana­lyse des au­diences de la veille, une sorte de Mé­dia­mé­trie plus com­pré­hen­sible au tout-ve­nant. En les in­té­grant au Me­diaLab, la chaîne es­père ga­gner en ef­fi­ca­ci­té. Par exemple, lors de l’achat d’un film : a-t-il dé­jà été dif­fu­sé ? Si oui, quand ? Quelle a été son au­dience ? S’il n’a pas fonc­tion­né, pour­quoi ? Au­tant d’élé­ments dé­jà ac­ces­sibles mais qui de­mandent sou­vent du temps à réunir. Grâce à Dai­ly d’ini­tiés, l’ob­jec­tif est d’avoir ses don­nées à por­tée de smart­phone.

Cette ex­per­tise, les créa­teurs de la start-up veulent dé­sor­mais la mettre à la dis­po­si­tion de la di­rec­tion des pro­grammes. Grâce à ses al­go­rithmes, Dai­ly d’ini­tiés pré­tend pou­voir an­ti­ci­per le ré­sul­tat d’au­dience. De quoi éveiller l’in­té­rêt des chaînes his­to­riques à l’heure où la re­com­man­da­tion « à la Net­flix » s’im­pose dans les stan­dards. « Nous ne rem­pla­ce­rons pas le flair et le sa­voir-faire des pro­gram­ma­teurs mais nous se­rons des aides à la dé­ci­sion, pré­cisent les start-upeurs. Les en­tre­prises ont be­soin de se faire leur propre opi­nion sur les su­jets de la da­ta. » Ara Apri­kian, le gou­rou des pro­grammes de TF1, peut dor­mir tran­quille.

Gar­der le cap. Cette sai­son 2 est aus­si l’oc­ca­sion pour le groupe au­dio­vi­suel d’ex­pé­ri­men­ter de nou­veaux for­mats pour sa chaîne d’in­fo en conti­nu, LCI. Une voie de la tech’ qu’elle avait dé­jà com­men­cé à em­prun­ter lors de la cam­pagne pré­si­den­tielle avec plus ou moins de suc­cès. Le par­te­na­riat avec l’ap­pli­ca­tion Gov, qui per­met­tait à ses uti­li­sa­teurs de ju­ger en di­rect les can­di­dats des pri­maires de la gauche et de la droite n’avait pas don­né plei­ne­ment sa­tis­fac­tion. « A l’an­tenne, ce­la man­quait de pé­da­go­gie, ex­plique au­jourd’hui Ni­co­las Mos­co­vi­ci, le ré­dac­teur en chef nu­mé­rique de LCI. Du coup les ten­dances que don­nait Gov pou­vaient être per­çues comme des son­dages et ce­la prê­tait à confu­sion. » Sur un autre re­gistre, l’in­té­gra­tion du you­tu­beur Hu­go Tra­vers n’a pas per­mis de faire ve­nir à elle un pu­blic plus jeune.

Mal­gré ces ex­pé­riences peu pro­bantes, la plus an­cienne chaîne d’in­fo fran­çaise garde le cap. Elle a choi­si cette an­née de tra­vailler avec le jour­nal Le Drenche pour ex­plo­rer une thé­ma­tique qui lui est chère. « LCI est la chaîne du dé­bat, mais c’est un genre trop com­pli­qué à fa­bri­quer nous-même pour notre site, nous avons donc de­man­dé à la start-up de nous four­nir du conte­nu que nous pu­blie­rons chaque se­maine. Pour elle, c’est une source de tra­fic et pour nous, c’est une ma­nière de mettre un pied dans les facs où Le Drenche est dis­tri­bué », dé­taille Ni­co­las Mos­co­vi­ci. Le pre­mier dé­bat ou­vert par cette nou­velle as­so­cia­tion se­ra pu­blié ce jeu­di sur le thème de la dé­gres­si­vi­té des al­lo­ca­tions-chô­mage. L’in­fu­sion est un art com­pli­qué.

SIPA PRESS

Gilles Pé­lis­son, PDG de TF1 de­puis fé­vrier 2016.

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