A gauche, la force d’at­trac­tion ma­cro­niste n’opère plus

L'Opinion - - Ministre ? Non Merci ! - Ra­phaël Proust t @ra­phael­proust

IL Y A UN PEU MOINS D’UN AN, lors du re­ma­nie­ment de no­vembre der­nier, le so­cia­liste Oli­vier Dus­sopt ren­trait au gou­ver­ne­ment comme se­cré­taire d’Etat au­près du mi­nistre de l’Ac­tion et des Comptes pu­blics. Le dé­pu­té de l’Ariège, membre du Conseil na­tio­nal du PS où il avait sou­te­nu Ma­nuel Valls pen­dant la pri­maire de la gauche, avait pour­tant vo­té contre le bud­get pré­sen­té par le gou­ver­ne­ment à peine quelques jours au­pa­ra­vant... Il s’était en re­vanche abs­te­nu en juillet lors du vote de confiance à Edouard Phi­lippe, un scru­tin où les res­ca­pés so­cia­listes – qui ve­naient de se re­bap­ti­ser « Nou­velle gauche » – avaient vo­té en ordre dis­per­sé.

L’épi­sode fut alors ha­bi­le­ment uti­li­sé par Jean-Luc Mé­len­chon pour fus­ti­ger l’op­po­si­tion so­cia­liste. « Quand bien même ils votent contre la po­li­tique du gou­ver­ne­ment, comme ce fut le cas pour la loi de fi­nances, vous en trou­vez un au gou­ver­ne­ment trois jours après », avait raillé le dé­pu­té des Bouches-du-Rhône de­vant les par­ti­ci­pants à la con­ven­tion de La France in­sou­mise (LFI). La di­rec­tion par in­té­rim du PS avait eu beau ex­clure Oli­vier Dus­sopt dans un com­mu­ni­qué la­co­nique, le mal était fait. Plu­sieurs mois après la fuite d’une par­tie de ses cadres vers la ma­cro­nie, des so­cia­listes cé­daient tou­jours aux si­rènes du « en même temps » pré­si­den­tiel.

Un an plus tard, le contraste est sai­sis­sant. Alors que l’exé­cu­tif peine à bou­cler son re­ma­nie­ment après le dé­part de Gé­rard Col­lomb du mi­nis­tère de l’In­té­rieur, de nom­breux so­cia­listes ont été ap­pro­chés sans suc­cès. Le pa­tron du par­ti, Oli­vier Faure, l’a lui-même af­fir­mé jeu­di au mi­cro de France In­fo. « Au­cun n’a ac­cep­té, a pré­ci­sé le pre­mier se­cré­taire du PS, il y a une vo­lon­té du chef de l’Etat d’af­fi­cher des prises de guerre, une vo­lon­té d’équi­li­brer en com­mu­ni­ca­tion une po­li­tique qui, elle, est à droite, par des hommes ou des femmes qui sont iden­ti­fiés à la gauche. Mais la vé­ri­té, c’est qu’il n’y par­vient pas. »

Mo­tions de cen­sure. Outre le pré­sident de Meurthe-et-Mo­selle Ma­thieu Klein, qui a ré­vé­lé pu­bli­que­ment avoir re­fu­sé un poste, deux dé­pu­tés so­cia­listes ont confié à leur di­rec­tion qu’ils avaient été éga­le­ment contac­tés avant de dé­cli­ner l’offre, tou­jours d’après la ra­dio pu­blique. Le der­nier nom qui cir­cule est ce­lui de Ju­liette Méa­del, se­cré­taire d’Etat à l’Aide aux vic­times sous Fran­çois Hol­lande et, elle aus­si, sou­tien de Ma­nuel Valls pen­dant la pri­maire de la gauche. En at­ten­dant la com­po­si­tion exacte du nou­veau gou­ver­ne­ment, un constat s’im­pose : le ma­cro­nisme ne sé­duit plus à gauche. Du moins pour ceux qui ont dé­ci­dé d’y res­ter.

Com­ment la mac­hine, ca­pable de ral­lier Oli­vier Dus­sopt en no­vembre der­nier, s’es­telle grip­pée de­puis ? La faute en re­vient en réa­li­té à Em­ma­nuel Ma­cron lui-même. Ré­forme de la SNCF, de la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, loi sur l’asile et l’im­mi­gra­tion... Le groupe so­cia­liste à l’As­sem­blée na­tio­nale a non seule­ment re­trou­vé son nom mais aus­si le che­min de l’op­po­si­tion fron­tale au pré­sident de la Ré­pu­blique. Au point de dé­po­ser avec les groupes com­mu­niste et in­sou­mis plu­sieurs mo­tions de cen­sure contre le gou­ver­ne­ment ces der­niers mois. « Ma­cron a choi­si son op­po­si­tion », ré­su­mait un dé­pu­té PS quelques jours avant l’af­faire Be­nal­la qui a en­core plus creu­sé le fos­sé.

La di­rec­tion du par­ti n’est pas en reste. « Ma­cron a des ac­cents po­pu­listes, il est d’une dé­ma­go­gie in­croyable, lâche l’un d’entre eux. Ses mots d’ordre sont de gauche mais ses ré­ponses sont bien de droite. » Même les ten­sions en in­terne au­tour de la pré­pa­ra­tion des élec­tions eu­ro­péennes, qui de­vrait abou­tir sous peu au dé­part des élé­ments les plus à gauche, contri­buent à éloi­gner le PS du ma­cro­nisme. Tan­dis qu’Edouard Phi­lippe pousse son avan­tage et avance des per­son­na­li­tés is­sues de la droite pour re­ma­nier son gou­ver­ne­ment, Em­ma­nuel Ma­cron peine à trou­ver des noms de gauche. Il n’y avait guère au PS qu’il pou­vait les trou­ver mais, faute d’avoir te­nu les deux bouts de sa pro­messe de dé­pas­ser les cli­vages, la force d’at­trac­tion a ces­sé d’opé­rer.

« Ma­cron a des ac­cents po­pu­listes, il est d’une dé­ma­go­gie in­croyable. Ses mots d’ordre sont de gauche mais ses ré­ponses sont bien de droite »

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