L’ave­nir d’In­ge­ni­co pas­se­ra-t-il par la banque ?

L'Opinion - - Ministre ? Non Merci ! - Mu­riel Motte t @mu­riel­motte

LA CONSO­LI­DA­TION est tou­jours en marche dans les so­lu­tions de paie­ment. Na­tixis a ren­du pu­blic jeu­di son in­té­rêt « à ex­plo­rer la lo­gique d’un rap­pro­che­ment in­dus­triel de ses ac­ti­vi­tés de paie­ment avec celles du groupe In­ge­ni­co, et avoir des dis­cus­sions pré­li­mi­naires en cours à ce su­jet ». De son cô­té, le groupe di­ri­gé par Phi­lippe La­zare a sim­ple­ment pré­ci­sé « avoir ini­tié une re­vue de ses op­tions stra­té­giques et de leurs mé­rites res­pec­tifs ».

La pers­pec­tive d’un rap­pro­che­ment de Na­tixis Pay­ment So­lu­tions, le pôle dé­dié de la banque, et du lea­der mon­dial des ter­mi­naux a d’abord sur­pris cer­tains ana­lystes. Les banques ont plu­tôt ten­dance à ex­ter­na­li­ser leurs ac­ti­vi­tés de paie­ment, ont ré­agi à chaud ceux d’Au­rel BGC.

Mais Na­tixis confirme que les in­ves­tis­se­ments dans cette ac­ti­vi­té « font par­tie de sa stra­té­gie ». L’an der­nier, la banque a gé­né­ré un chiffre d’af­faires de 336 mil­lions d’eu­ros dans les ser­vices de paie­ment, dont l’es­sen­tiel pour le compte des ré­seaux de sa mai­son mère BPCE, pré­cise l’ex­perte d’Od­do-BHF. Et ses di­ri­geants am­bi­tionnent de de­ve­nir un ac­teur de pre­mier plan en Eu­rope, où la concen­tra­tion est en cours.

« Prime spé­cu­la­tive ». L’in­for­ma­tion a en tout cas per­mis à l’ac­tion In­ge­ni­co de se dis­tin­guer jeu­di ma­tin, seule hausse de l’in­dice SBF 120 dans un mar­ché glo­ba­le­ment dé­pri­mé par le coup de ta­bac à Wall Street. Le groupe a l’ha­bi­tude d’être cré­di­té d’une « prime spé­cu­la­tive » : il a tour à tour fait fi­gure de cible po­ten­tielle pour Atos, puis pour le fonds de pri­vate equi­ty CVC. Fi­na­le­ment, Atos a je­té son dé­vo­lu sur le suisse Six Pay­ment pour le­quel sa fi­liale Word­line a dé­bour­sé 2,3 mil­liards d’eu­ros au prin­temps. Quant à CVC, il au­rait in­ter­rom­pu au coeur de l’été des dis­cus­sions pré­li­mi­naires avec les équipes de Phi­lippe La­zare.

Au­jourd’hui va­lo­ri­sé 4,4 mil­liards d’eu­ros par la bourse, somme à la­quelle il faut ajou­ter 1,5 mil­liard d’eu­ros de dette nette, In­ge­ni­co a lui-même in­ves­ti 1,5 mil­liard l’an der­nier dans le ra­chat de la fin­tech sué­doise Bam­bo­ra. Mais il fait au­jourd’hui fi­gure de proie dans un mar­ché en pleine re­com­po­si­tion. Le nom d’Eden­red, spé­cia­liste des ser­vices pré­payés, est aus­si ci­té comme can­di­dat po­ten­tiel à sa re­prise. « In­ge­ni­co (...) in­dique avoir fait l’ob­jet d’ap­proches pré­li­mi­naires en vue d’une opé­ra­tion stra­té­gique, » a dé­cla­ré le groupe dans un com­mu­ni­qué, sans plus de pré­ci­sions.

L’ana­lyste d’Od­do-BHF es­time que le ra­chat d’In­ge­ni­co per­met­trait à Na­tixis de mettre la main sur les ac­ti­vi­tés de ser­vices du groupe qui com­posent l’es­sen­tiel de sa branche re­tail. « Par contre, les ac­ti­vi­tés de ter­mi­naux de paie­ment peuvent dif­fi­ci­le­ment

Cour­ti­sé, In­ge­ni­co peut-il pour­suivre une vie « stand alone »? Ce n’est ap­pa­rem­ment pas le choix de la Bourse, qui mal­mène le titre de­puis quelque temps

être consi­dé­rées comme stra­té­giques pour la banque », pour­suit-elle. Ce­la im­pli­que­rait une ces­sion ul­té­rieure de ce pôle, va­lo­ri­sé au­tour de 2 mil­liards d’eu­ros. La dif­fi­cul­té se­rait sans doute de trou­ver un client pour cette ac­ti­vi­té ma­ture.

Cour­ti­sé, In­ge­ni­co peut-il pour­suivre une vie « stand alone » ? Ce n’est ap­pa­rem­ment pas le choix de la Bourse, qui mal­mène le titre de­puis quelque temps. « Le mar­ché se pose deux ques­tions à notre su­jet, dé­cla­rait Phi­lippe La­zare à l’Opi­nion en mai der­nier. D’une part, les ter­mi­naux de paie­ment qui consti­tuent notre mé­tier d’ori­gine vont-ils pou­voir conti­nuer à gé­né­rer la pro­fi­ta­bi­li­té dont nous avons be­soin ? D’autre part, sommes-nous ca­pables d’en­re­gis­trer dans le di­gi­tal les mêmes suc­cès que ceux que l’on a connus avec le paie­ment phy­sique ? Dans les deux cas la ré­ponse est oui et nous comp­tons en faire la dé­mons­tra­tion dès la deuxième par­tie de 2018. »

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