Bud­get 2019 : l’op­po­si­tion a la cri­tique fa­cile

L'Opinion - - Ministre ? Non Merci ! - Jade Gran­din de l'Epre­vier t @Ja­deG­ran­din

C’EST FLOU, IL Y A UN LOUP : ain­si peu­ton ré­su­mer les re­proches faits au pro­jet de loi de fi­nances pour 2019 pré­sen­té fin sep­tembre par le gou­ver­ne­ment. Les ef­fets se­ront soit in­cer­tains et dif­fi­ciles à es­ti­mer, soit lents à se réa­li­ser, et ce pour les trois me­sures em­blé­ma­tiques du bud­get que sont la bas­cule du CICE en baisse de charges, les trans­ferts de pou­voir d’achat des re­trai­tés vers les ac­tifs et la pour­suite de la di­mi­nu­tion de la taxa­tion du ca­pi­tal, en­ta­mée fin 2017 avec le pré­lè­ve­ment for­fai­taire unique, la sup­pres­sion de l’ISF, et la baisse de l’im­pôt sur les so­cié­tés.

Ain­si des trans­ferts de pou­voirs d’achat dus à la fin de la taxe d’ha­bi­ta­tion, à la hausse de la CSG et à la baisse des co­ti­sa­tions sa­la­riales. « Il y a des plus et des moins, dans les­quels les gens ont bien du mal à se re­trou­ver », a ta­clé jeu­di le dé­pu­té LR Eric Woerth, pré­sident de la Com­mis­sion des fi­nances, à l’oc­ca­sion d’une confé­rence or­ga­ni­sée par l’ins­ti­tut des po­li­tiques pu­bliques (IPP). « C’est illi­sible pour les Fran­çais et pour l’éco­no­mie. Ce­la ne sert à rien si­non à créer de la confu­sion. Or ce qui compte, c’est la tem­pé­ra­ture res­sen­tie et non la tem­pé­ra­ture de la­bo­ra­toire. » « C’est rare qu’il y ait au­tant de trans­ferts dans un bud­get, a ren­ché­ri la dé­pu­tée so­cia­liste Va­lé­rie Ra­bault, se­cré­taire de la com­mis­sion des fi­nances. La dy­na­mique der­rière n’est ja­mais connue, ja­mais pré­ci­sée. Ce­la pose de grandes in­ter­ro­ga­tions pour la po­li­tique ma­croé­co­no­mique. »

Bas­cule du CICE. Cô­té al­lé­ge­ment de la fis­ca­li­té du ca­pi­tal, les me­sures telles que la sup­pres­sion de l’ISF et la créa­tion de l’IFI pro­fitent aux très hauts re­ve­nus. La ques­tion est donc de sa­voir si ce­la se tra­dui­ra en in­ves­tis­se­ment et en em­plois, avec moins de dé­lo­ca­li­sa­tions des riches pa­tri­moines à l’étran­ger, ce qu’es­père le gou­ver­ne­ment. Or « on ne peut pas le dé­mon­trer », a dé­cla­ré An­toine Bo­zio, di­rec­teur de l’IPP. La sup­pres­sion de l’ISF est la me­sure dont « les ef­fets sont les plus dif­fi­ciles à me­su­rer, c’est là où nous avons le moins de don­nées et de preuves em­pi­riques ».

Ain­si en va-t-il en­core de la bas­cule du CICE en baisse de charges pé­renne, qui coû­te­ra 20 mil­liards d’eu­ros de plus que d’ha­bi­tude en 2019. « Je ne com­prends pas que le gou­ver­ne­ment se soit pri­vé de 20 mil­liards d’eu­ros cette an­née pour boos­ter l’in­ves­tis­se­ment et faire en sorte que la crois­sance re­prenne », a cri­ti­qué Va­lé­rie Ra­bault. Se­lon une étude d’im­pact com­man­dée par l’As­sem­blée na­tio­nale à l’IPP, l’ef­fet de cette bas­cule se­ra po­si­tif si l’on fait deux hy­po­thèses : un, que le CICE était in­ef­fi­cace au­pa­ra­vant parce qu’il avait des ef­fets re­tar­dés sur la tré­so­reQUAND rie. Deux, qu’il n’était pas per­çu comme une baisse du coût du tra­vail, mais plu­tôt comme une baisse de l’IS. En re­vanche, si l’on consi­dère que ré­duire le coût du tra­vail ne se tra­duit pas en créa­tions d’em­plois, et que l’ef­fet du CICE prend de toute fa­çon du temps, « on au­ra dé­pen­sé 20 mil­liards d’eu­ros de plus pour pas grand chose ».

Op­ti­misme. La ré­ponse à ces dif­fé­rentes cri­tiques a été ap­por­tée par la dé­pu­tée LREM Amé­lie de Mont­cha­lin : « On ne fe­ra rien de concret en France si l’on ne fait pas grim­per le taux d’em­ploi. Le com­bat contre les in­éga­li­tés est struc­tu­rel, pas uni­que­ment mo­né­taire et ex post. Ce n’est pas en six à douze mois que l’on va le faire, nous al­lons à la ra­cine du pro­blème (em­ploi, édu­ca­tion, in­no­va­tion...). » Une dé­fense du « temps long » qui ne suf­fit pas, se­lon Eric Co­que­rel (La France in­sou­mise).

Mi­sant sur l’ef­fet de ses ré­formes struc­tu­relles, le gou­ver­ne­ment a fait des pa­ris ma­croé­co­no­miques op­ti­mistes à long terme. Se­lon le Cepremap (Centre pour la Re­cherche Eco­no­mique et ses Ap­pli­ca­tions), il est peu pro­bable que la crois­sance réelle fran­çaise garde le même écart su­pé­rieur à la crois­sance po­ten­tielle du­rant six ans comme l’es­père Ber­cy. En outre, l’exé­cu­tif pour­rait avoir sous-es­ti­mé l’ef­fet qu’au­ra la baisse de la consom­ma­tion et de l’in­ves­tis­se­ment pu­blics sur le PIB. En te­nant compte de ces deux fac­teurs, la crois­sance fran­çaise at­tein­drait 1 % en 2020 et 2021 contre 1,7 % at­ten­du par le gou­ver­ne­ment.

Amé­lie de Mont­cha­lin: « On ne fe­ra rien de concret en France si l’on ne fait pas grim­per le taux d’em­ploi. Le com­bat contre les in­éga­li­tés est struc­tu­rel »

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