Crois­sance : faible es­poir de jours meilleurs en 2019

En France comme dans la zone eu­ro, la crois­sance a peu de chance d’ac­cé­lé­rer l’an pro­chain, avec des risques qui sont orien­tés plu­tôt à la hausse

L'Opinion - - La Une - Jade Gran­din de l'Epre­vier @Ja­deG­ran­din

En France comme en zone eu­ro, la crois­sance a peu de chance d’ac­cé­lé­rer l’an pro­chain, avec une hausse des risques

L’es­ti­ma­tion pré­li­mi­naire de la crois­sance en zone eu­ro a dé­çu au troi­sième tri­mestre, à 0,2 % contre 0,4 % au deuxième tri­mestre. L’Al­le­magne et l’Ita­lie sont à la peine. La France a bé­né­fi­cié d’un ef­fet de rat­tra­page par rap­port à son mau­vais pre­mier se­mestre, avec une ac­cé­lé­ra­tion à 0,4 %, après 0,2 % au deuxième tri­mestre. LA FRANCE A RÉA­LI­SÉ 0,4 % de crois­sance au troi­sième tri­mestre, contre 0,2 % en zone eu­ro, ont in­di­qué mar­di l’In­see et Eu­ro­stat. Hour­ra ? Il se­rait en fait mal avi­sé de se ren­gor­ger. L’Hexa­gone pro­fite d’un ef­fet de rat­tra­page par rap­port à son mau­vais pre­mier se­mestre, et cette re­mise à ni­veau est d’ailleurs moindre que pré­vue, car l’In­see at­ten­dait 0,5 % de crois­sance entre juillet et sep­tembre. Le re­bond de l’éco­no­mie tri­co­lore, après 0,2 % au pre­mier puis au deuxième tri­mestre, est dû à la consom­ma­tion de tran­sports qui a re­bon­di suite à la grève SNCF, celle d’éner­gie qui est re­ve­nue à la nor­male après un prin­temps doux, aux im­ma­tri­cu­la­tions mas­sives de voi­tures en août avant une nou­velle norme eu­ro­péenne an­ti­pol­lu­tion, et à l’in­ves­tis­se­ment dy­na­mique des en­tre­prises. Si l’on n’a pas at­teint le 0,5 % at­ten­du, c’est parce que la consom­ma­tion des mé­nages en hé­ber­ge­ment et res­tau­ra­tion a été moindre qu’es­comp­tée, ain­si que l’ac­ti­vi­té dans les tra­vaux pu­blics, na­tu­rel­le­ment vo­la­tile.

Qu’est-ce que ce­la veut dire pour l’ave­nir ? Si, comme les éco­no­mistes le pré­voient, ce rythme de 0,4 % se main­tient au qua­trième tri­mestre, la crois­sance fran­çaise se­ra de 1,6 % en 2018, contre 1,7 % at­ten­du par le gou­ver­ne­ment. L’an­tri­mestre, née pro­chaine se­ra en­suite plus ar­due, car l’ac­quis de crois­sance pour com­men­cer 2019 se­ra de 0,55 %, contre 1 % fin 2017 pour at­ta­quer 2018.

Afin d’at­teindre 1,7 % de crois­sance es­pé­ré par Ber­cy en 2019, il fau­drait que la crois­sance ac­cé­lère – faute de quoi, si elle garde le ni­veau ac­tuel, on au­ra de nou­veau +1,6 % en moyenne sur l’an­née. Or, au re­gard des der­niers in­di­ca­teurs ma­croé­co­no­miques, « l’idée d’une crois­sance plus forte de­vient de plus en plus hy­po­thé­tique », re­lève De­nis Fer­rand, di­rec­teur gé­né­ral de Rexe­code. En ef­fet, de nom­breux risques sont orien­tés à la hausse et pour­ront pe­ser sur la France : bud­get ita­lien, Brexit, guerre com­mer­ciale, ra­len­tis­se­ment éco­no­mique chi­nois, dif­fi­cul­tés des pays émer­gents, hausse du prix du pé­trole, ra­len­tis­se­ment éco­no­mique amé­ri­cain.

« La si­tua­tion se dé­grade et n’ac­cé­lère plus, ré­sume Phi­lippe Waech­ter, chef éco­no­miste d’Os­trum AM, qui pré­voit 1,4 % de crois­sance fran­çaise en 2019. Il n’y a pas de nou­velle dy­na­mique qui se met en route, pas de ré­ac­cé­lé­ra­tion ». Pour at­teindre les 1,7 % du gou­ver­ne­ment, « il fau­dra mettre du char­bon dans la ma­chine, mais si en même temps nos par­te­naires eu­ro­péens n’ac­cé­lèrent pas ça se­ra dif­fi­cile. »

C’est mal­heu­reu­se­ment un ra­len­tis­se­ment européen qui se des­sine. La sta­tis­tique pré­li­mi­naire du PIB de la zone eu­ro à 0,2 % au troi­sième tri­mestre est la plus faible de­puis plus de quatre ans. Le sen­ti­ment éco­no­mique s’est dé­gra­dé en oc­tobre pour le dixième mois consé­cu­tif, mar­quant sa plus forte baisse de­puis mars. La confiance s’est dé­gra­dée dans les ser­vices et l’in­dus­trie. Le mo­ral des ac­teurs éco­no­miques s’est sur­tout dé­pré­cié en Al­le­magne, en France et en Ita­lie.

Agen­da po­li­tique. Outre l’Ita­lie qui af­fiche une crois­sance nulle au troi­sième tri­mestre, l’Al­le­magne « est l’élé­phant dans la pièce », se­lon Fran­çois Ca­bau, chef éco­no­miste France de Bar­clays. Spé­cia­li­sé sur l’in­dus­trie ex­por­ta­trice, le pays pâ­tit de la guerre com­mer­ciale. Or, en la ma­tière, on rentre dans le coeur du su­jet. Les ta­rifs si­no-amé­ri­cains ont été mis en place seule­ment fin sep­tembre et peuvent en­core aug­men­ter en pé­ri­mètre d’im­por­ta­tions cou­vertes et en pour­cen­tage de taxa­tion. « On men­tionne ces risques de­puis le prin­temps mais dé­sor­mais nous sommes dans les faits et non plus dans le nar­ra­tif », sou­ligne l’éco­no­miste. Au troi­sième la pro­duc­tion in­dus­trielle al­le­mande a ra­len­ti de l’ordre de deux points de pour­cen­tage, avec un sec­teur au­to­mo­bile par­ti­cu­liè­re­ment dans la pa­nade. En cu­mu­lé sur juillet et août, la pro­duc­tion au­to­mo­bile a chu­té de près de 18 %. Bar­clays en­vi­sage 0,1 % de crois­sance al­le­mande au troi­sième tri­mestre, mais la pro­gres­sion du PIB « pour­rait être nulle, voire lé­gè­re­ment né­ga­tive », alerte Fran­çois Ca­bau.

Outre la guerre com­mer­ciale, le ra­len­tis­se­ment chi­nois pèse sur les car­nets de com­mandes mon­diaux. La crois­sance du PIB chi­nois a ra­len­ti de 6,7 % à 6,5 % sur un an au 3e tri­mestre. En plus de 20 ans, il n’y a qu’au pre­mier tri­mestre 2009 qu’il a été si bas. « Si, en pa­ral­lèle, la dy­na­mique amé­ri­caine de­vait ra­len­tir comme nous le pen­sons et si l’éco­no­mie chi­noise pour­sui­vait son at­ter­ris­sage en dou­ceur, la crois­sance ra­len­ti­rait for­te­ment en se­conde par­tie de 2019 en zone eu­ro », sou­ligne Ju­lien Man­ceaux, éco­no­miste se­nior chez ING.

La France est certes moins dé­pen­dante du contexte ex­té­rieur que son par­te­naire al­le­mand, mais elle pour­rait néan­moins souf­frir, avec re­tard, d’un ef­fet de se­cond tour de la guerre com­mer­ciale. La po­li­tique mo­né­taire eu­ro­péenne ne se­rait pas d’une grande aide puisque la Banque cen­trale eu­ro­péenne (BCE) de­vrait re­mon­ter ses taux fin 2019.

L’agen­da po­li­tique ne fa­ci­li­te­ra pas les choses, avec les élec­tions eu­ro­péennes en mai 2019, et, en France, les ré­formes des re­traites et de l’as­su­rance chô­mage pré­vues l’an­née pro­chaine. Ce­la « peut don­ner lieu à des dis­rup­tions d’ac­ti­vi­té comme ce qu’on a vu avec la SNCF en mai, pré­vient Fran­çois Ca­bau. Avec une crois­sance plus fai­blarde que pré­vu, le dé­fi­cit pour­rait frô­ler 3 % et pous­ser la France à prendre de nou­velles me­sures ».

« La si­tua­tion se dé­grade et n’ac­cé­lère plus.

Il n’y a pas de nou­velle dy­na­mique qui se met en route »

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