« La ques­tion de l’après-Ma­cron est d’ores et dé­jà ou­verte »

L'Opinion - - Opposition : La Grande Panne - In­ter­view L.V.

MAIRE DE CHA­LON-SUR-SAÔNE, Gilles Pla­tret est porte-pa­role des Ré­pu­bli­cains.

Pour­quoi Les Ré­pu­bli­cains ne pro­fi­ten­tils pas da­van­tage de l’im­po­pu­la­ri­té d’Em­ma­nuel Ma­cron ?

Nous avons su­bi de plein fouet la dé­faite de 2017. Nous étions le par­ti fa­vo­ri dans la course à l’Ely­sée ; tout nous sem­blait of­fert. Mais l’opi­nion s’est dé­tour­née de nous. Nous en avons été éli­mi­nés dès le pre­mier tour. Notre propre élec­to­rat a été très dé­sta­bi­li­sé par ce chan­ge­ment de sta­tut. Au­jourd’hui en­core, ce­la conti­nue à pe­ser. Même si nous avons re­dres­sé Les Ré­pu­bli­cains grâce à l’élec­tion d’un nou­veau pré­sident, lors de la­quelle la par­ti­ci­pa­tion a été bonne et la vic­toire de ce­lui-ci in­con­tes­table, le choc de 2017 n’est pas en­core com­plè­te­ment ab­sor­bé. Nous n’avons pas en­core re­trou­vé le cré­dit qui peut être ce­lui des Ré­pu­bli­cains. Nous en sommes très conscients, Laurent Wau­quiez le pre­mier. Il n’a ja­mais pen­sé qu’il suf­fi­sait de re­mettre une mé­ca­nique par­ti­sane en route pour re­trou­ver la confiance des Fran­çais.

Il n’em­pêche : de­puis la pré­si­den­tielle, il s’est écou­lé dix-huit mois…

Il y a eu, y com­pris dans notre élec­to­rat, une at­tente vis-à-vis d’Em­ma­nuel Ma­cron. On vou­lait lui lais­ser sa chance, voir s’il réus­si­rait à en­tre­te­nir le mou­ve­ment in­con­tes­table qu’il avait sus­ci­té du­rant sa cam­pagne. Les Fran­çais ont fait preuve de pa­tience du­rant de longs mois jus­qu’à ce que l’af­faire Be­nal­la n’ex­plose. Ce­la a agi comme un ca­ta­ly­seur. Le dis­cours d’exem­pla­ri­té que te­nait Em­ma­nuel Ma­cron du­rant sa cam­pagne s’est alors fra­cas­sé sur la réa­li­té des pré­bendes, des pri­vi­lèges dont a bé­né­fi­cié Mon­sieur Be­nal­la. Les Fran­çais ont pris conscience que les actes du Pré­sident étaient en contra­dic­tion to­tale avec ses dis­cours. Ils sont en­core sous le choc et nous ne me­su­rons pas en­core toutes les consé­quences de cette dé­cep­tion. Au­jourd’hui ce­la se coa­gule, mais le mo­ment où l’opi­nion pu­blique se tourne vers la re­cherche d’une so­lu­tion al­ter­na­tive n’est pas en­core ve­nu. Ce­la fi­ni­ra par ar­ri­ver à coup sûr. Ce ne se­ra pas lors des élec­tions eu­ro­péennes de mai pro­chain : le pre­mier scru­tin du quin­quen­nat se­ra un ré­fé­ren­dum pour ou contre Ma­cron. Mais, dix-huit mois après la pré­si­den­tielle, la ques­tion de l’après Em­ma­nuel Ma­cron est d’ores et dé­jà ou­verte. La ra­di­ca­li­sa­tion du dis­cours de ses sou­tiens en est la meilleure preuve ; ils sentent la me­nace de plus en plus pré­sente. Nous, nous sommes se­reins, même si les son­dages peuvent pa­raître dé­ce­vants. Notre ca­pa­ci­té à re­de­ve­nir de­main une force d’al­ter­nance ne vien­dra pas seule­ment des fai­blesses du chef de l’Etat mais de nos propres pro­po­si­tions pour sor­tir le pays de ses dif­fi­cul­tés. On ne s’at­tend pas à un re­tour­ne­ment de l’opi­nion en quinze jours. Ce­la se joue sur un pro­ces­sus plus long. Ce­la nous oblige à être prêts.

Y a-t-il un pro­blème Wau­quiez ? Il de­meure très bas dans les son­dages, et même dans cer­tains de­van­cés au sein même des sym­pa­thi­sants LR par Ma­rion Ma­ré­chal…

Non. Il faut faire at­ten­tion aux son­dages, où l’on tire des conclu­sions à par­tir d’échan­tillons comp­tant 140 per­sonnes. C’est un peu mince. Bien ma­lin ce­lui qui peut percevoir chez Laurent Wau­quiez le moindre signe d’aga­ce­ment vis-àvis de cer­taines en­quêtes d’opi­nion. Il est très dé­ga­gé de ces contin­gences. On lui re­proche de ne pas être as­sez pré­sent mé­dia­ti­que­ment, mais il es­time avoir le temps. Ce qui l’in­té­resse, c’est de ré­pondre aux dif­fi­cul­tés que vivent les Fran­çais. Pour ce­la, nous avons com­men­cé un tra­vail sur le fond. Les Ré­pu­bli­cains sont le pre­mier par­ti de France en termes d’élus lo­caux. Ce­la nous per­met de faire re­mon­ter du ter­rain la réa­li­té de ce que vivent les gens, ain­si que les bonnes pra­tiques qui sont mises en place. C’est un atout. On a peut-être per­du des adhé­rents, c’est vrai, mais les élus lo­caux is­sus lors de la vague 20142015 sont res­tés. Notre pro­gramme ne se­ra pas écrit sur un coin de table, il ne se­ra pas théo­rique comme ce­lui d’Em­ma­nuel Ma­cron.

Laurent Wau­quiez veut être l’an­ti Ma­cron ?

Il y a un vrai pro­blème avec le pré­sident de la Ré­pu­blique. Sa per­son­na­li­té est dé­sor­mais un su­jet de ten­sion dans le pays. Sa po­li­tique plombe le pou­voir d’achat des Fran­çais. Ses bourdes à ré­pé­ti­tion les choquent. Bien sûr, tous les gou­ver­ne­ments connaissent de sales pé­riodes. On l’a souvent vu lors de la Ve Ré­pu­blique. Mais Em­ma­nuel Ma­cron avait sus­ci­té un tel es­poir grâce à son jeune âge et au vent de dé­ga­gisme qui souf­flait, que le ni­veau de dé­cep­tion qu’il gé­nère est in­édit et violent. Laurent Wau­quiez, lui, avait très tôt ju­gé Em­ma­nuel Ma­cron ; ce­la avait même cho­qué cer­tains. Il ne fe­ra pas une fixette sur lui. Au­jourd’hui, ce qui l’in­té­resse, c’est de pro­po­ser une po­li­tique dif­fé­rente.

SI­PA PRESS

Gilles Pla­tret, porte-pa­role de LR : « Nous, nous sommes se­reins, même si les son­dages peuvent pa­raître dé­ce­vants. »

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