Do­nald Trump, what else ?

Pré­sen­tées comme un ré­fé­ren­dum sur l’hôte de la Mai­son Blanche, les élec­tions de mi-man­dat ne de­vraient pas mo­di­fier les rap­ports de force qui ont bas­cu­lé en fa­veur du pré­sident amé­ri­cain

L'Opinion - - La Une - Gilles Sen­gès

Les élec­tions de mi-man­dat qui se dé­roulent ce 6 no­vembre doivent pour­voir au re­nou­vel­le­ment des 435 élus de la Chambre des re­pré­sen­tants, de 35 des 100 sé­na­teurs et de 36 gou­ver­neurs d’Etats. Le Par­ti dé­mo­crate es­père conqué­rir la ma­jo­ri­té à la Chambre des re­pré­sen­tants tan­dis que le Par­ti ré­pu­bli­cain semble en me­sure de la conser­ver au Sé­nat. Les élec­tions aux postes de gou­ver­neurs de­vraient se tra­duire par un ré­équi­li­brage entre les deux par­tis. Les ré­pu­bli­cains di­rigent ac­tuel­le­ment 33 des 50 Etats

LA LISTE EST SPEC­TA­CU­LAIRE ! Do­nald Trump a suc­ces­si­ve­ment en­ter­ré le par­te­na­riat trans­pa­ci­fique, dès son ar­ri­vée à la Mai­son Blanche, le 21 jan­vier 2017 ; lan­cé la re­né­go­cia­tion de l’ac­cord de libre-échange nord-amé­ri­cain avec le Mexique et le Ca­na­da, le 31 mars 2017 ; dé­non­cé l’Ac­cord de Pa­ris sur le cli­mat, le 4 août 2017 ; don­né le coup d’en­voi en mars 2018 à une « guerre mon­diale de l’acier » et à un bras de fer com­mer­cial avec la Chine ; mis fin en mai der­nier à l’ac­cord nu­cléaire avec l’Iran et frap­pé plu­sieurs fois les Na­tions Unies en quit­tant l’Unes­co (oc­tobre 2017), le Pacte mon­dial pour les ré­fu­giés (dé­cembre 2017), le Con­seil des droits de l’homme (juin 2018), l’Agence de l’aide aux ré­fu­giés pa­les­ti­niens (sep­tembre 2018) et l’Union pos­tale uni­ver­selle (oc­tobre 2018).

Et il n’en a pas fi­ni avec le dé­tri­co­tage des or­ga­ni­sa­tions et ac­cords in­ter­na­tio­naux comme en té­moigne sa ré­cente dé­ci­sion de mettre fin au trai­té sur les armes nu­cléaires de por­tée in­ter­mé­diaire si­gné en 1987 avec les di­ri­geants de l’ex-Union so­vié­tique. Ses pro­chaines cibles pour­raient être l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale du com- merce (OMC) dont il me­nace de se re­ti­rer voire l’Or­ga­ni­sa­tion du trai­té de l’At­lan­tique nord (Otan), qu’il n’a de cesse de cri­ti­quer. Seul le fait que 62 % des Amé­ri­cains et 78 % des élec­teurs ré­pu­bli­cains s’y montrent fa­vo­rables semble l’ar­rê­ter.

2020 à l’ho­ri­zon. Car pour le reste, rien ne peut l’en em­pê­cher. Si les son­dages donnent une chance à l’op­po­si­tion dé­mo­crate de prendre le contrôle de la Chambre des re­pré­sen­tants à l’oc­ca­sion des élec­tions de mi­man­dat, ce 6 no­vembre, le Sé­nat, qui a la haute main sur les af­faires in­ter­na­tio­nales et de sé­cu­ri­té, de­vrait de­meu­rer un fief ré­pu­bli­cain. Or, plus au­cune tête n’y dé­passe de­puis la mort de John McCain, der­nier « di­no­saure » de « l’an­cien monde ». « Le Grand Old Par­ty a tout aban­don­né en rase cam­pagne, même le libre-échange, sa marque de fa­brique », re­lève un ob­ser­va­teur amé­ri­cain. Les dé­mo­crates, qui n’ont pas de vé­ri­table lea­der, risquent, pour leur part, de s’échar­per ces pro­chains mois pour dé­cro­cher l’in­ves­ti­ture de leur par­ti en vue de la pré­si­den­tielle de 2020...

« Le manque d’ex­per­tise des par­le­men­taires en ma­tière de po­li­tique

in­ter­na­tio­nale et de sé­cu­ri­té ain­si que la po­la­ri­sa­tion po­li­tique crois­sante ont ré­duit la ca­pa­ci­té des lé­gis­la­teurs de contrô­ler l’exé­cu­tif même s’ils le vou­laient », co-écrivent James Gold­geier, pro­fes­seur de re­la­tions in­ter­na­tio­nales à la School of In­ter­na­tio­nal Ser­vice de l’Ame­ri­can Uni­ver­si­ty à Wa­shing­ton, et Eli­za­beth Saun­ders, son ho­mo­logue à la Geor­ge­town Uni­ver­si­ty, dans la re­vue Fo­rei­gn Af­fairs. Ti­tré « La pré­si­dence sans contrainte », l’ar­ticle re­lève aus­si que le Dé­par­te­ment d’Etat a perdu 60 % de ses am­bas­sa­deurs de car­rière du­rant la seule an­née 2017. Avec les no­mi­na­tions de Niel Gor­such et du contes­té Brett Ka­va­naugh, Do­nald Trump a fait aus­si bas­cu­ler la Cour su­prême dans le camp conser­va­teur. Ré­su­mé crû­ment par un in­ter­lo­cu­teur amé­ri­cain : « Nous avions un sys­tème d’équi­libre des pou­voirs (check and ba­lance), ce mec ar­rive et met tout en l’air. C’est la tour­mente par­faite. »

C’est aus­si le ta­bleau dres­sé par le jour­na­liste Bob Wood­ward dans son livre Fear : Trump in the White House. Quand ils ne sont pas re­mer­ciés sans autre forme de pro­cès, les plus mo­dé­rés des col­la­bo­ra­teurs quittent la Mai­son Blanche de guerre lasse, à l’image de Ga­ry Cohn, le conseiller éco­no­mique de Do­nald Trump, ou plus ré­cem­ment de Nik­ki Ha­ley, la re­pré­sen­tante amé­ri­caine aux Na­tions Unies qui va aban­don­ner son poste d’ici à la fin de l’an­née. Et l’hé­mor­ra­gie n’est pas ter­mi­née. Loué comme étant un des rares élé­ments tem­po­ri­sa­teur, ce­lui qui se bat pour « évi­ter une troi­sième guerre mon­diale », James Mat­tis, le mi­nistre de la Dé­fense, de­vrait fi­gu­rer dans la pro­chaine cha­rette. Ré­cem­ment, le Pré­sident l’a qua­li­fié de « dé­mo­crate ». Ce qui n’est pas un com­pli­ment dans sa bouche. On parle aus­si du dé­part du mi­nistre de la Jus­tice, Jeff Ses­sions, sur la sel­lette de­puis qu’il a lais­sé le FBI ou­vrir une en­quête sur l’in­gé­rence russe lors des élec­tions de 2016. Do­nald Trump et les siens y voient une ma­chi­na­tion pour le des­ti­tuer. Le nom de Wil­bur Ross, le se­cré­taire au Com­merce, qui au­rait « fait son temps » est aus­si évo­qué par­mi les par­tants.

Cou­dées franches. Ce­la lais­se­rait quar­tier libre aux plus ra­di­caux de l’en­tou­rage du Pré­sident amé­ri­cain. En pre­mier lieu, à John Bol­ton, le conseiller à la sé­cu­ri­té na­tio­nale, dont « l’ob­jec­tif de toute une vie » se­rait de dé­chi­rer,

« Do­nald Trump es­saie de ré­équi­li­brer les échanges des Etats-Unis dans le monde pour les ali­gner sur les in­té­rêts amé­ri­cains », le dé­fend un de ses con­seillers aux af­faires com­mer­ciales

les uns après les autres, les ac­cords in­ter­na­tio­naux, comme l’écrit le site d’in­for­ma­tion amé­ri­cain Po­li­ti­co. Agé de 70 ans, il est « pres­sé », à en croire un de ses an­ciens col­lègues. Ayant oc­cu­pé par le pas­sé le poste de Nik­ki Ha­ley, il n’est sans doute pas étran­ger à son dé­part. Sur le front com­mer­cial, Ro­bert Ligh­ti­zer, le re­pré­sen­tant au com­merce amé­ri­cain, his­to­ri­que­ment cri­tique à l’égard de l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale du com­merce (OMC) pour­rait avoir les cou­dées franches. Wa­shing­ton a dé­jà dé­ci­dé de blo­quer, cet été, le pro­ces­sus de sé­lec­tion des ma­gis­trats à la cour d’ap­pel de l’or­gane de rè­gle­ment des dif­fé­rends (ORD), char­gé d’ar­bi­trer les désac­cords au sein de l’ins­ti­tu­tion.

On ne voit pas qui pour­rait faire de l’ombre au­jourd’hui à Do­nald Trump. En tout cas pas Mike Pence, le vice-pré­sident ! « La fille du pré­sident Theo­dore Roo­se­velt (1901-1909), qui était une mau­vaise langue, avait com­pa­ré Tho­mas De­wey, le gou­ver­neur de l’Etat de New York, can­di­dat ré­pu­bli­cain mal­heu­reux aux élec­tions pré­si­den­tielles de 1940 et 1944, à ces ma­riés en plas­tique que l’on trouve sur les pièces mon­tées. Ce­la ré­sume bien le rôle de Mike Pence : pa­raître bien, agir bien et of­frir une belle image de l’ad­mi­nis­tra­tion », iro­nise le po­li­to­logue John Zog­by.

« Do­nald Trump es­saie de ré­équi­li­brer les échanges des Etats-Unis dans le monde pour les ali­gner sur les in­té­rêts amé­ri­cains », le dé­fend un de ses con­seillers aux af­faires com­mer­ciales. « Au­jourd’hui, la Chine est la prio­ri­té de ses prio­ri­tés. Hen­ry Kis­sin­ger, l’an­cien se­cré­taire d’Etat de Ri­chard Nixon qu’il res­pecte, lui a ex­pli­qué qu’il avait be­soin d’al­liés dans l’af­faire. Il a réa­li­sé que com­battre l’Union eu­ro­péenne se­rait une perte de temps et n’écoute plus Ni­gel Fa­rage et Steve Ban­non », ajoute-t-il. Nous voi­là ras­su­rés !

KAK

SI­PA PRESS

Le rôle du vice-pré­sidentMike Pence ? « Pa­raître bien, agir bien et of­frir une belle image de l’ad­mi­nis­tra­tion » de Do­nald Trump. JOHN ZOG­BY

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