Trois fon­cières au­to­nomes pour va­lo­ri­ser le pa­tri­moine éta­tique

L'Opinion - - Donald Trump, What Else ? - J.G.E.

AU­CUNE EN­TRE­PRISE ne se ré­or­ga­ni­se­rait sans se po­ser la ques­tion de son im­mo­bi­lier, mais le gou­ver­ne­ment a long­temps ou­blié le su­jet dans sa ré­forme de la fonc­tion pu­blique. Il ne fi­gu­rait ni dans le rap­port cap 2022, ni dans les lettres de mis­sion pré­pa­ra­toires au 2e co­mi­té de trans­for­ma­tion de la fonc­tion pu­blique en­voyées aux mi­nistres fin sep­tembre. La ré­forme de l’im­mo­bi­lier de l’Etat a fi­na­le­ment été in­cluse dans les orien­ta­tions don­nées par Edouard Phi­lippe lun­di der­nier.

Heu­reu­se­ment, car il y a ur­gence. Le gou­ver­ne­ment re­con­naît que le mo­dèle de va­lo­ri­sa­tion par la seule ces­sion a fait son temps, que le parc souffre d’un manque chro­nique d’en­tre­tien, et que la mise en co­hé­rence de la po­li­tique im­mo­bi­lière de l’Etat avec les autres po­li­tiques pu­bliques n’est pas as­su­rée (no­tam­ment avec la construc­tion de lo­ge­ments so­ciaux et la ré­no­va­tion éner­gé­tique). Sa so­lu­tion, pré­co­ni­sée en 2015 par l’Ins­pec­tion gé­né­rale des fi­nances, est de faire ap­pel à des com­pé­tences ex­té­rieures. Pour ce­la, il crée­ra dès 2019 trois fon­cières, des struc­tures au­to­nomes char­gées de va­lo­ri­ser cha­cune une par­tie spé­ci­fique du parc pu­blic.

La pre­mière mu­tua­li­se­ra la fonc­tion de ges­tion « en syn­dic » pour les sites mul­ti-oc­cu­pants, c’est-à-dire oc­cu­pés par plu­sieurs en­ti­tés ou mi­nis­tères, comme les ci­tés ad­mi­nis­tra­tives en ré­gion, où l’en­tre­tien n’est pas as­su­ré puisque per­sonne ne se sent res­pon­sable. Elle pour­ra dé­lé­guer le tra­vail de syn­dic à des pres­ta­taires ré­gio­naux. La deuxième fon­cière mu­tua­li­se­ra les lo­ge­ments so­ciaux au­jourd’hui épar­pillés entre les dif­fé­rents mi­nis­tères.

La troi­sième de­vra trou­ver des lo­ca­taires ou des oc­cu­pants tem­po­raires pour les biens de­ve­nus in­utiles qui ne peuvent pas être ven­dus, no­tam­ment avec des baux de très longue du­rée, pour de l’hô­tel­le­rie ou des bu­reaux d’en­tre­prise par exemple. Plu­sieurs in­ves­tis­seurs comme des as­su­reurs ont dé­jà si­gna­lé leur in­té­rêt, sou­li­gnet-on au mi­nis­tère de l’Ac­tion et des Comptes pu­blics. La di­rec­tion de l’im­mo­bi­lier de l’Etat (DIE) ne sa­chant pas mon­ter ce type d’opé­ra­tions, la fon­cière fe­ra ap­pel à des com­pé­tences ex­té­rieures.

Les trois fon­cières pour­ront ou­vrir leur ca­pi­tal à des par­te­naires ex­té­rieurs – on peut pa­rier que la Caisse des dé­pôts se­ra de la par­tie. La So­va­fim, une fon­cière créée en 2006 pour trou­ver et va­lo­ri­ser des biens pu­blics mal uti­li­sés, se­ra vi­dée de sa sub­stance mais sa co­quille ju­ri­dique se­ra sû­re­ment réuti­li­sée.

Les autres chan­tiers mé­ritent en­core d’être cla­ri­fiés. Le gou­ver­ne­ment re­con­naît que les mi­nis­tères ne sont pas res­pon­sa­bi­li­sés sur la ges­tion de leur im­mo­bi­lier, et ré­flé­chit à de nou­veaux

Le gou­ver­ne­ment re­con­naît que les mi­nis­tères ne sont pas res­pon­sa­bi­li­sés sur la ges­tion de leur im­mo­bi­lier, et ré­flé­chit à de nou­veaux mé­ca­nismes d’in­té­res­se­ment

mé­ca­nismes d’in­té­res­se­ment, comme des primes ou un fonds al­loué en fonc­tion de la ges­tion ef­fi­ciente, no­tam­ment de la conver­sion des bu­reaux en open space. Il veut aus­si « ac­com­pa­gner [la] dé­con­cen­tra­tion de ser­vices des grandes mé­tro­poles vers la proche ban­lieue et les ter­ri­toires ru­raux », sans tou­te­fois pré­ci­ser comment.

Hé­las, le fonc­tion­ne­ment de la DIE, cri­ti­qué par plu­sieurs connais­seurs, ne se­ra pas trai­té. Tout au plus do­te­ra-t-on l’ad­mi­nis­tra­tion d’ou­tils plus pro­fes­sion­nels. De­puis qu’elle a rem­pla­cé France Do­maine en 2016, la DIE a « su­bi de mul­tiples bou­le­ver­se­ments », ex­plique-t-on au mi­nis­tère de l’Ac­tion et des Comptes pu­blics. « Les mi­nis­tères trouvent qu’elle fonc­tionne mieux. Il se­rait trop tôt, et ha­sar­deux, de lan­cer une nou­velle ré­forme ». La DIE a chan­gé de di­rec­trice en sep­tembre, Na­tha­lie Mo­rin (an­cienne de la DGFiP) lais­sant sa place à Isa­belle Sau­rat, ve­nue de la Cour des comptes.

Quoi qu’il en soit, la ré­forme de l’im­mo­bi­lier de l’Etat « se­ra com­plexe, et de­man­de­ra une vo­lon­té po­li­tique im­por­tante, une au­to­ri­té que seule a le Pre­mier mi­nistre pour im­pul­ser une évolution à la DIE et aux mi­nis­tères », confie un ex­pert qui a vu échouer plu­sieurs ré­formes pré­cé­dentes.

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