Les co­pains d’abord

L'Opinion - - Donald Trump, What Else ? - T @ma­ges­cas

ON NE MET PAS LES COUDES sur la table, on ne pose pas les mains sur les ge­noux, on ne baisse pas les bras. Il fau­drait donc se ba­la­der les mains en l’air ?

Celles et ceux qui suivent savent que les mains doivent être libres, au bout de leurs bras res­pec­tifs, sans être raides ni fi­gées ni se ba­lan­cer. Sou­ple­ment ten­dues pour­rait-on dire. Le test ul­time est la des­cente d’un es­ca­lier ; on doit gar­der bras et mains le long du corps, ne pas les ba­lan­cer, et gar­der la tête droite. Il ne faut donc pas des­cendre quatre à quatre. Cha­ban-Del­mas mon­tait quatre à quatre mais des­cen­dait sans ga­lo­per. Ça fait long­temps que vous n’aviez pas son­gé à Cha­ban, pas vrai ? Moi aus­si.

J’ai vé­cu la po­si­tion as­sis en tailleur, avec la main pour seul cou­vert telle une pe­tite pel­le­teuse al­lant et ve­nant dans le plat com­mun, ou en­core la po­si­tion an­glaise, les mains bien à plat sur les ge­noux. Toutes choses qui per­mettent de re­la­ti­vi­ser.

Les usages sont ce qu’il nous reste quand tout s’ef­fondre au­tour de nous.

La ca­ma­ra­de­rie, l’ami­tié, les co­pains, m’ont fait ap­pré­cier tout ce­la plus lé­gè­re­ment. Le plai­sir de se re­trou­ver pour pi­co­rer une ter­rine en cro­quant des cor­ni­chons, boire un de­mi ou un verre de vin, se pas­sion­ner pour le der­nier film ou s’en­gueu­ler jus­qu’à la brouille dé­fi­ni­tive de vingt-quatre heures. Ce plai­sir-là, je l’ai connu pour la pre­mière fois sans doute à la bras­se­rie Ara­gon, à Pau. Nous nous étions échar­pés, je crois, sur les ver­tus com­pa­rées des Beatles et des Stones, je ne sais plus bien. Une vraie ba­garre de co­pains. Une de celles que ma mère abhor­rait, elle dont l’un des leit­mo­tive était : « Les co­pains ? Quelle en­geance ! »

Le sou­rire comme règle. Il y a beau temps que j’ai quit­té les dou­ceurs py­ré­néennes, mais je suis heu­reux quand je trouve un lieu qui me semble pro­pice aux ta­blées de potes, et de po­tesses. Je sais la part que les clients et leur hu­meur prennent à faire un lieu, c’est es­sen­tiel, mais cer­tains en­droits pa­raissent plus fa­vo­rables, plus im­mé­dia­te­ment adap­tés. L’al­lure gé­né­rale, l’éclai­rage, le sou­rire comme règle, et bien sûr l’as­siette. Je pense en avoir dé­ni­ché un.

C’est un en­droit que j’ai vé­ri­fié. Une table ita­lienne, avec des femmes en cui­sine et une femme aux com­mandes gé­né­rales, avec son fils, il faut bien un mâle de temps en temps. Ça se nomme Ro­ber­ta, après elle, Ro­ber­ta Nac­mias.

Elle a ou­vert son vais­seau ami­ral à l’âge de soixante-dix ans, vous ne rê­vez pas. Ça se trouve au mé­tro Ab­besses, à quelques mètres de la sor­tie du sus­dit. J’avais ou­blié comme ce quar­tier est sym­pa­thique, même s’il faut que le grin­cheux que je suis ou­blie les tou­ristes hé­bé­tés qui battent la se­melle sur le pa­vé de notre cher Pa­ris.

Tout est bien ici. Tout. Et l’on peut aus­si y ache­ter d’ex­tra­or­di­naires mi­niar­ti­chauts mi­nus­cu­le­ment mi­cro­sco­piques. Par­fois vous croi­se­rez Ro­ber­ta et vous n’au­rez en­vie que d’une chose, vous ré­fu­gier tout contre elle, prendre des forces avant de re­par­tir af­fron­ter le vent, la froi­dure et la pluie.

Ro­ber­ta, 5bis rue de la Vieu­ville,

Pa­ris XVIIIe. On ne ré­serve pas.

PHO­TOS DR

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