Mid­terms: Laurent Wau­quiez veut s’ins­pi­rer du suc­cès dé­mo­crate

En pré­sen­tant des can­di­dates aty­piques, les dé­mo­crates ont rem­por­té la ma­jo­ri­té à la Chambre des re­pré­sen­tants. En France, le pré­sident de LR compte pour­suivre le re­nou­vel­le­ment au sein de son par­ti

L'Opinion - - News - Mat­thieu De­prieck t @mde­prieck

A l’oc­ca­sion des élec­tions de mi-man­dat mar­di, les dé­mo­crates amé­ri­cains ont re­nou­ve­lé le pro­fil de leurs can­di­dats et en­voyé au Congrès la pre­mière femme d’ori­gine amé­rin­dienne et les pre­mières femmes de confes­sion mu­sul­mane. Un phé­no­mène qui n’a pas échap­pé à LR. ON PEUT ÊTRE le pré­sident des Ré­pu­bli­cains et sa­luer une vic­toire des dé­mo­crates. Mer­cre­di, sur France In­ter, Laurent Wau­quiez a ti­ré les le­çons des élec­tions de mi-man­dat amé­ri­caines et d’abord de « l’émer­gence d’une nou­velle génération, qui a beau­coup pe­sé dans la fa­çon de re­nou­ve­ler la dé­mo­cra­tie », es­sen­tiel­le­ment à gauche de l’échi­quier po­li­tique. Alexan­dria Oca­sio-Cor­tez, 29 ans, est de­ve­nue la plus jeune femme ja­mais élue dans l’his­toire du Congrès. Ra­shi­da Tlaib et Il­han Omar les pre­mières femmes de confes­sion mu­sul­mane. Sha­rice Da­vids, la pre­mière Amé­rin­dienne.

C’est un cas­ting à l’amé­ri­caine où les ori­gines eth­niques et les pré­fé­rences sexuelles sont lar­ge­ment mises en avant. « Ce n’est pas ce qu’a vou­lu sou­li­gner Laurent Wau­quiez, pré­vient son en­tou­rage. Il ne s’agit pas de trans­po­ser le com­mu­nau­ta­risme amé­ri­cain en France. Il vou­lait plu­tôt si­gna­ler qu’il y a, dans les dé­mo­cra­ties ac­tuelles, une en­vie de nou­veaux vi­sages. »

Et cette en­vie doit s’in­car­ner dans le par­ti. « Laurent Wau­quiez veut re­nou­ve­ler le mou­ve­ment par touches suc­ces­sives, qu’il soit à terme as­so­cié à la nou­veau­té », note un proche. Le compte n’y est pour l’ins­tant pas mal­gré un large turn-over par­mi les dé­pu­tés LR élus en 2017. La moi­tié du groupe a chan­gé, la moyenne d’âge est pas­sée de 55 à 52 ans, dont onze par­le­men­taires – un sur dix – ont moins de qua­rante ans. Mais l’écra­sante vic­toire d’En Marche ! et de ses pri­mo dé­pu­tés a éclip­sé cette pe­tite ré­vo­lu­tion. « Ma­cron n’a pas le mo­no­pole du re­nou­vel­le­ment, plaide Da­mien Abad, dé­pu­té LR de l’Ain et vi­ce­pré­sident du par­ti. En plus, nous l’avons fait dans un contexte, plus dif­fi­cile, de dé­faite na­tio­nale. »

« Le pro­blème, c’est qu’aux postes clés, on re­trouve quatre ou cinq forces d’iner­tie, qui masquent le tra­vail de ré­gé­né­ra­tion, comme à la pré­si­dence du groupe (Ch­ris­tian Ja­cob), de la com­mis­sion des fi­nances (Eric Woerth), et de la com­mis­sion d’in­ves­ti­ture du par­ti (Eric Ciot­ti) », note un par­le­men­taire.

Plus qu’ailleurs, les jeunes Ré­pu­bli­cains doivent être pa­tients. « Chez nous, le re­nou­vel­le­ment se fait par les ter­ri­toires, ex­plique Ju­lien Dive, 33 ans, dé­pu­té de l’Aisne. On com­mence en lo­cal par un man­dat de maire, de conseiller mu­ni­ci­pal ou dé­par­te­men­tal avant de se pré­sen­ter aux lé­gis­la­tives. La mé­ri­to­cra­tie est une des va­leurs de la droite. On l’in­tègre à nos propres cur­sus. » « Ce n’est pas de la poudre de per­lim­pin­pin agi­tée de­vant nos yeux pour dire, comme chez En marche ! : “Re­gar­dez nos jeunes vi­sages” », ajoute Pierre-Hen­ri Du­mont, 31 ans, élu du Pasde-Ca­lais.

« Jog­geurs ». Les jeunes dé­pu­tés LR se sont d’ailleurs re­grou­pés pour faire en­tendre la voix d’une « droite mo­derne, so­ciale et pas uni­que­ment tour­née vers les thé­ma­tiques de sé­cu­ri­té et d’im­mi­gra­tion », dé­crit Ju­lien Dive. Le groupe porte le nom des « jog­geurs », en ré­fé­rence aux foo­tings pra­ti­qués de­puis un an les mer­cre­dis ma­tin par des élus tels qu’Eric Diard, Arnaud Via­la, Au­ré­lien Pra­dié ou Vir­gi­nie Du­by-Mul­ler.

Les suc­cès dé­mo­crates aux Etats-Unis rap­pellent en tout cas à l’état-ma­jor LR qu’il faut ac­cen­tuer le mou­ve­ment de ré­in­car­na­tion en vue des pro­chaines pré­si­den­tielle et lé­gis­la­tives. Deux étapes sont dé­jà ins­crites à l’agenda de Laurent Wau­quiez. La pre­mière d’ici à la fin de l’an­née avec la no­mi­na­tion de se­cré­taires na­tio­naux qui vien­dront com­plé­ter l’or­ga­ni­gramme du par­ti. La se­conde avec les eu­ro­péennes. La com­po­si­tion de la liste est à ce su­jet un ter­rain mi­né. « Il faut mon­trer qu’on porte une nou­velle voix et évi­ter d’en­voyer un si­gnal qui di­rait le contraire », com­mente Ian Bou­card, 30 ans, dé­pu­té du Ter­ri­toire-de-Bel­fort, qui a l’élé­gance de ne pas ci­ter les trois noms qui tournent dans toutes les jeunes têtes de la droite – Na­dine Mo­ra­no, Brice Hor­te­feux, Ra­chi­da Da­ti.

Lors de leur en­tre­tien en oc­tobre, An­ge­la Mer­kel a aver­ti Laurent Wau­quiez de l’im­por­tance de comp­ter dans sa dé­lé­ga­tion des dé­pu­tés eu­ro­péens d’ex­pé­rience pour bri­guer des postes à res­pon­sa­bi­li­té à Bruxelles. « On as­su­me­ra de re­con­duire des sor­tants, pré­vient l’en­tou­rage de Laurent Wau­quiez. De toute fa­çon, la por­tée sym­bo­lique d’une liste aux eu­ro­péennes se concentre sur la tête de liste. » « Ne fai­sons pas de Mo­ra­no ou de Da­ti-ba­shing, pour­suit un dé­pu­té. On au­ra bien be­soin d’elles quand il fau­dra mordre les mol­lets de Du­pont-Ai­gnan. » A croire que les jeunes, même aux dents longues, manquent par­fois de mor­dant.

SIPA PRESS

Laurent Wau­quiez, en­tou­ré de jeunes Ré­pu­bli­cains, fu­turs élus lo­caux, puis fu­turs dé­pu­tés ?

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