Avec Alexan­dria Oca­sio-Cor­tez, la gauche fran­çaise a trou­vé sa nou­velle icône

L'Opinion - - News - Ra­phaël Proust t @ra­phael­proust

PER­SONNE NE L’AVAIT VUE VE­NIR mais, dé­sor­mais, tout le monde se l’ar­rache. A 29 ans, la dé­mo­crate Alexan­dria Oca­sio-Cor­tez n’est pas sim­ple­ment de­ve­nue mar­di la plus jeune femme ja­mais élue à la Chambre des re­pré­sen­tants amé­ri­caine, mais aus­si un sym­bole de la ré­sis­tance po­li­tique à Do­nald Trump et un es­poir pour une gauche amé­ri­caine en panne d’idées et de lea­ders. De­puis sa vic­toire sur­prise en juin der­nier aux pri­maires dé­mo­crates dans les quar­tiers new-yor­kais du Bronx et du Queens, sa tra­jec­toire spec­ta­cu­laire est scru­tée de près, bien au­de­là des fron­tières amé­ri­caines.

Il fal­lait en ef­fet beau­coup d’aplomb pour oser dé­fier Joe Crow­ley, poids lourd lo­cal du Par­ti dé­mo­crate qui n’avait connu au­cun chal­len­ger en presque quinze ans. Cette di­plô­mée en sciences tra­vaillait comme ser­veuse au mo­ment de s’en­ga­ger en 2016 comme bé­né­vole dans la cam­pagne de Ber­nie San­ders à l’in­ves­ti­ture dé­mo­crate. Sa propre course à la can­di­da­ture sem­blait vouée à l’échec, du moins sur le pa­pier. La cam­pagne d’Alexan­dra Oca­sio-Cor­tez n’a coû­té « que » 200 000 dol­lars – à com­pa­rer aux 3,4 mil­lions dé­pen­sés par Joe Crow­ley – pour une vi­si­bi­li­té qua­si nulle dans les mé­dias tra­di­tion­nels. La can­di­date n’avait même pas de page sur Wi­ki­pe­dia jus­qu’à sa vic­toire aux pri­maires avec 57 % des suf­frages !

C’est pa­ra­doxa­le­ment le suc­cès d’une cam­pagne me­née en pre­mier lieu sur le ter­rain et les ré­seaux so­ciaux, long­temps pas­sée sous les ra­dars mé­dia­tiques, qui lui a va­lu de pas­ser du sta­tut d’illustre in­con­nue à ce­lui de nou­veau vi­sage de la gauche du Par­ti dé­mo­crate. Les gauches ra­di­cales eu­ro­péennes qui avaient sui­vi de près la cam­pagne de Ber­nie San­ders n’ont pas tar­dé à re­mar­quer la mon­tée en puis­sance d’Alexan­dria Oca­sio-Cor­tez, no­tam­ment après la dif­fu­sion vi­rale d’un clip vi­déo où elle se pré­sen­tait comme une ci­toyenne lamb­da, in­sis­tant sur ses ori­gines mo­destes et ses ra­cines por­to­ri­caines. Son suc­cès face à Joe Crow­ley a même don­né lieu à un buzz mon­dial as­sez in­édit pour une pri­maire lo­cale, même à New York.

Stra­té­gie payante. En France, les membres de La France in­sou­mise furent par­mi les pre­miers à se ré­jouir de cette vic­toire, no­tam­ment la dé­pu­tée Da­nièle Obo­no. Le chef de file des com­mu­nistes pour les eu­ro­péennes, Ian Bros­sat, s’est ins­pi­ré du de­si­gn de ses af­fiches pour réa­li­ser les siennes. En Es­pagne, les res­pon­sables de Po­de­mos ont aus­si sa­lué sa réus­site « sans aide des grandes struc­tures du par­ti ni des puis­sants », comme le sou­li­gnait alors le n° 2 du par­ti, Íñi­go Er­re­jón. Le spectre de ses ad­mi­ra­teurs fran­çais s’est élar­gi de­puis son élection au Congrès. On y trouve no­tam­ment Be­noît Ha­mon et son mou­ve­ment Génération.s, pour qui Alexan­dria Oca­sioCor­tez « sym­bo­lise de nou­veaux re­pré­sen­tants is­sus de classes so­ciales jus­qu’alors ex­clues de la po­li­tique ins­ti­tu­tion­nelle ». Mais aus­si des ma­cro­nistes comme le se­cré­taire d’Etat Ga­briel At­tal, ou le dé­pu­té Sa­cha Hou­lié qui parle sur Twit­ter d’une « vague pro­gres­siste » qui « ne fait que com­men­cer ».

Les In­sou­mis ont évi­dem­ment grin­cé des dents. Alexan­dria Oca­sio-Cor­tez se dé­fi­nit en ef­fet comme une « so­cia­liste dé­mo­crate » et re­ven­dique son ap­par­te­nance à la wor­king class, un po­si­tion­ne­ment très à gauche aux Etats-Unis. Elle dé­fend des me­sures qui y sont consi­dé­rées comme ra­di­cales, comme la cou­ver­ture san­té uni­ver­selle ou la gra­tui­té des uni­ver­si­tés pu­bliques. Elle adopte en­fin un dis­cours très of­fen­sif sur la place des femmes ou des mi­no­ri­tés dans la so­cié­té amé­ri­caine. Une stra­té­gie payante dans une cir­cons­crip­tion Alexan­dria

Oca­sio-Cor­tez. ac­quise aux dé­mo­crates où les élec­teurs ap­par­tiennent en ma­jo­ri­té à la com­mu­nau­té his­pa­nique… mais dont rien ne prouve qu’elle le soit au ni­veau na­tio­nal.

Les éloges des par­tis eu­ro­péens disent en re­vanche beau­coup de leur dé­sir de voir la gauche du Par­ti dé­mo­crate in­car­ner l’al­ter­na­tive à Do­nald Trump. Et par là va­li­der leurs propres pos­tu­lats po­li­tiques.

Elle se dé­fi­nit comme une « so­cia­liste dé­mo­crate » et re­ven­dique son ap­par­te­nance à la wor­king class, un po­si­tion­ne­ment très à gauche aux Etats-Unis

SIPA PRESS

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.