Suc­ces­sion d’An­ge­la Mer­kel à la CDU : Frie­drich Merz, le re­ve­nant

Ecar­té par l’ac­tuelle chan­ce­lière au dé­but des an­nées 2000, le ju­riste pos­tule à la pré­si­dence du par­ti, qu’elle aban­don­ne­ra en dé­cembre

L'Opinion - - News - Luc An­dré (à Ber­lin)

Une per­qui­si­tion a eu lieu mar­di au siège mu­ni­chois de Bla­ckRock Deut­schland, pré­si­dé par Frie­drich Merz, a confir­mé mer­cre­di un porte-pa­role du par­quet de Co­logne. Les per­qui­si­tions ont été ef­fec­tuées dans le cadre de l’af­faire « cum-ex », la plus grande en­quête sur des faits d’éva­sion fis­cale en Al­le­magne de­puis plus de soixante ans. FRIE­DRICH MERZ EST UN ZOMBIE de la po­li­tique al­le­mande. Jus­qu’à fin oc­tobre, il gi­sait dans « le ci­me­tière der­rière la chan­cel­le­rie », lieu sym­bo­lique où re­posent les concur­rents écar­tés par An­ge­la Mer­kel tout au long de sa car­rière. A l’an­nonce du re­trait de la cheffe de la CDU, sa sé­pul­ture s’est ébran­lée. Quelques mi­nutes après, le conser­va­teur pur sucre était de re­tour sur la scène na­tio­nale qu’il avait quit­tée voi­là près d’une dé­cen­nie, pour prendre sa re­vanche.

Il faut re­mon­ter en 2000 pour com­prendre l’an­ta­go­nisme entre les deux per­son­nages. A la suite d’une af­faire de fi­nan­ce­ment illi­cite qui écla­bousse Hel­mut Kohl et Wolf­gang Schäuble, An­ge­la Mer­kel prend la pré­si­dence du par­ti et Frie­drich Merz la tête du groupe par­le­men­taire. Le ju­riste de­vient chef de l’op­po­si­tion dans un Bun­des­tag do­mi­né par la coa­li­tion rouge-verte de Ge­rhard Schrö­der. Il ne garde ce titre que deux ans et de­mi.

Après les lé­gis­la­tives de 2002, An­ge­la Mer­kel lui chipe ses fonc­tions. Elle as­soit son au­to­ri­té sur une bro­chette de té­nors, dont Frie­drich Merz, qui la consi­dère comme une so­lu­tion tran­si­toire. Mis sur la touche, l’élu du Sauer­land, dans l’ouest de l’Al­le­magne, prend pro­gres­si­ve­ment ses dis­tances avant de quit­ter la po­li­tique en 2009. Il va­lo­rise son car­net d’adresses comme avo­cat et ad­mi­nis­tra­teur de grandes so­cié­tés.

L’ap­pui de Schäuble. Frie­drich Merz se pose en an­ti-Mer­kel. Par­ti­san d’un « conser­va­tisme mo­derne », il veut re­don­ner une « place in­amo­vible à l’iden­ti­té na­tio­nale et aux va­leurs tra­di­tion­nelles au sein de la po­li­tique de la CDU », un po­si­tion­ne­ment ci­blant no­tam­ment les élec­teurs sé­duits par l’ex­trême droite. L’ex­pert fi­nan­cier, à l’ap­proche éco­no­mique li­bé­rale, est aus­si res­té fa­meux pour une pro­po­si­tion de sim­pli­fi­ca­tion fis­cale « te­nant sur un sous-bock de bière » adop­tée par la CDU en 2003. Au­tant de po­si­tions dont la chan­ce­lière s’est éloi­gnée au cours de ses treize ans de pou­voir, avec sa ligne cen­triste. Le pro­fil de Frie­drich Merz tranche ain­si avec ce­lui d’An­ne­gret Kramp-Kar­ren­bauer, dau­phine of­fi­cieuse d’An­ge­la Mer­kel et éga­le­ment en lice.

La can­di­da­ture du re­ve­nant fait un mal­heu­reux : Jens Spahn, 38 ans. Le mi­nistre de la San­té, prin­ci­pal op­po­sant en in­terne à An­ge­la Mer­kel, et Frie­drich Merz chassent sur les mêmes terres. Pour le mo­ment, Jens Spahn tente de se dé­mar­quer en ac­cen­tuant ses cri­tiques sur la po­li­tique mi­gra­toire.

Avec son CV, le conser­va­teur « ca­nal his­to­rique » de bien­tôt 63 ans ne ré­pond qu’à moi­tié à l’exi­gence de « re­nou­vel­le­ment » ex­pri­mée au sein de la CDU. Mais sa can­di­da­ture, pré­pa­rée dans l’ombre avec l’ap­pui de Wolf­gang Schäuble, sus­cite un fort en­goue­ment dans les cercles éco­no­miques et con­ser­va­teurs de la formation chré­tienne-dé­mo­crate.

Les son­dages at­testent d’un sou­tien à sa per­sonne mais moins à ses idées : 63 % des Al­le­mands pré­fèrent gar­der la ligne Mer­kel. Un point que ses ad­ver­saires sou­lignent dé­jà. Ils pointent aus­si son im­por­tant

Frie­drich Merz. train de vie. La per­qui­si­tion me­née mar­di au siège al­le­mand du fonds d’in­ves­tis­se­ment Bla­ckrock tombe sym­bo­li­que­ment mal pour le can­di­dat. Même si les faits re­pro­chés – un gi­gan­tesque scan­dale fis­cal – sont an­té­rieurs à son en­trée au conseil de sur­veillance.

Avec une vic­toire de Frie­drich Merz en dé­cembre au congrès de la CDU à Ham­bourg, l’ave­nir de la grande coa­li­tion se­rait en sus­pens. Il se dit « cer­tain » de pou­voir tra­vailler avec la chan­ce­lière en dé­pit de leur pas­sé, mais qu’en se­ra-t-il ? D’autre part, son po­si­tion­ne­ment semble dif­fi­ci­le­ment com­pa­tible avec un SPD en chute libre, cher­chant à don­ner des ac­cents plus so­ciaux à l’ac­tion du gou­ver­ne­ment dont il est membre.

SIPA PRESS

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