Le Ras­sem­ble­ment na­tio­nal en manque de femmes pour sa liste aux eu­ro­péennes

L'Opinion - - 11-novembre : Paris, Capitale Mondiale Anti-trump - Ivanne Trip­pen­bach t @IT­rip­pen­bach

SONT LES FEMMES du Ras­sem­ble­ment na­tio­nal ? Pour l’heure, les noms qui cir­culent pour consti­tuer sa liste – pro­mise à un score éle­vé – aux eu­ro­péennes de mai sont mas­cu­lins : les « in­con­tour­nables » (Louis Aliot, Ni­co­las Bay et Gilles Le­bre­ton), les « ou­ver­tures » (Thier­ry Ma­ria­ni, Jean-Paul Gar­raud ou Her­vé Ju­vin) ou en­core les « nou­veaux » ( Jean Mes­si­ha, Jean-Lin La­ca­pelle ou Jé­rôme Ri­vière)… Or, la liste de­vra res­pec­ter l’obli­ga­tion lé­gale d’al­ter­nance hommes-femmes. Ce qui com­mence à pré­oc­cu­per l’état-ma­jor du RN.

Pour la pre­mière fois, le par­ti de Ma­rine Le Pen a pour­tant ses eu­ro­dé­pu­tées sor­tantes – un tiers de sa dé­lé­ga­tion. Avec 25 % des voix en 2014, le Front na­tio­nal a en­voyé 24 dé­pu­tés à Stras­bourg, dont 11 élues. Mais leur ré­élec­tion en 2019 n’a rien d’une évi­dence. MarieChristine Ar­nau­tu, an­cienne vice-pré­si­dente du FN, est fra­gi­li­sée. « C’était une grande amie de Ma­rine, leurs re­la­tions se sont dé­gra­dées », glisse un vieux rou­tier.

D’autres ont sié­gé… alors que le par­ti ne comp­tait pas qu’elles exercent leur man­dat. « Le FN avait mis des femmes pour pré­pa­rer le ter­rain aux hommes : le deal, c’était qu’elles de­vaient lais­ser leur place au can­di­dat juste der­rière elle et qu’elles se­raient ré­in­ves­ties aux ré­gio­nales, ra­conte l’an­cienne fron­tiste So­phie Mon­tel. Comme le Front a car­ton­né, elles n’ont pas eu be­soin de se re­ti­rer. » C’est le cas de Ma­rie-Ch­ris­tine Bou­ton­net en Ile-de-France, qui de­vait cé­der son siège à Jean-Luc Schaff­hau­ser. En Bre­tagne, Joëlle Ber­ge­ron de­vait s’ef­fa­cer pour Gilles Pen­nelle. My­lène Troszc­zyns­ki, eu­ro­dé­pu­tée et conseillère ré­gio­nale de Pi­car­die, confirme l’aban­don du scé­na­rio ini­tial. Tous ont fi­na­le­ment été élus. Dans le Centre, en re­vanche, Jeanne Po­thain a bien dé­mis­sion­né au pro­fit de Phi­lippe Loi­seau.

Pe­tite évo­lu­tion. Comme Ma­rine Le Pen, les di­ri­geants RN sont scep­tiques sur les « quo­tas » de pa­ri­té. « C’est nier les com­pé­tences des femmes à y ar­ri­ver toutes seules », re­grette My­lène Troszc­zyns­ki, qui siège à la com­mis­sion des droits des femmes à Stras­bourg. C’est aus­si l’avis de sa col­lègue eu­ro­dé­pu­tée Joëlle Mé­lin, co­or­di­na­trice du pro­gramme de Ma­rine Le Pen en 2017. « On ne court pas après l’éga­li­té, ex­plique-t-elle. On est pour la com­plé­men­ta­ri­té ; les femmes ont leur sen­si­bi­li­té, elles sont les gar­diennes de la co­hé­sion so­ciale. La mère reste le pi­lier du foyer avec une charge fa­mi­liale. Et nos femmes mi­li­tantes sont des louves, elles y vont avec leurs tripes ! »

Mal­gré cette vi­sion conser­va­trice, le RN n’a rien à prou­ver, disent-elles. De­puis 2011, il a pour pa­tronne Ma­rine Le Pen. « Dans ce par­ti, le grand homme est une femme », rap­pelle d’ailOÙ leurs Jean-Ma­rie Le Pen dans L’En­fer de Mon­tre­tout d’Oli­vier Beau­mont. Au bu­reau exé­cu­tif, Ma­rine Le Pen s’ap­puie sur 8 hommes – Steeve Briois, Wal­ley­rand de Saint Just, Louis Aliot, Ni­co­las Bay, Bru­no Bilde, Sé­bas­tien Che­nu, JeanF­ran­çois Jalkh et Da­vid Ra­chline. A l’As­sem­blée na­tio­nale, les six dé­pu­tés RN sont des hommes, me­nés par la dé­pu­tée du Pas-de-Ca­lais.

Une pe­tite évo­lu­tion a été amor­cée au con­grès de Lille, en mars, où des conseillères ré­gio­nales RN ont in­té­gré le bu­reau na­tio­nal (11 sur 40 membres) : Vir­gi­nie Jo­ron dans le Grand Est, Ed­wige Djiaz ou Hé­lène La­porte en Nou­vel­leA­qui­taine… « Ce ne sont pas des poids lourds po­li­tiques. Mais au PS, connaît-on des femmes, en de­hors de Sé­go­lène Royal ? », re­lève l’eu­ro­dé­pu­té Bru­no Goll­nisch. « Au RN, elles servent de plantes vertes ou de Bar­bie sur des af­fiches ! S’il y avait des femmes de pre­mier plan, on les ver­rait », cingle So­phie Mon­tel. Cer­taines d’entre elles pour­raient en tout cas être pro­mues sur la liste en 2019.

« On ne peut plus faire sem­blant ; quand on fait élire des can­di­dates par dé­faut, on est vite dé­çu », concède Phi­lippe Oli­vier, proche conseiller de Ma­rine Le Pen. « Une qua­ran­taine de femmes pour les eu­ro­péennes, ce­la se trouve. Mais pour les ré­gio­nales, il en faut 200, c’est une autre af­faire », pour­suit-il en plai­dant pour des for­ma­tions au ni­veau lo­cal. Sans ini­tia­tive concrète, le RN mise sur­tout sur l’en­ga­ge­ment spon­ta­né. « L’hu­ma­ni­té est com­po­sée pour moi­tié de femmes, on de­vrait pou­voir en trou­ver », ba­laie Bru­no Goll­nisch, ri­go­lard. Mais au fi­nal, glissent plu­sieurs cadres, ce se­ra « à Ma­rine de tran­cher ».

« Les femmes ont leur sen­si­bi­li­té, elles sont les gar­diennes de la co­hé­sion so­ciale. La mère reste le pi­lier du foyer. Et nos femmes mi­li­tantes sont des louves, elles y vont avec leurs tripes! »

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