As­su­rance-chô­mage : syn­di­cats et pa­tro­nat sur la dé­fen­sive

L'Opinion - - 11-novembre : Paris, Capitale Mondiale Anti-trump - Fan­ny Gui­no­chet t @fan­ny­gui­no­chet

C’EST RE­PAR­TI POUR UN TOUR ! Les huit or­ga­ni­sa­tions pa­tro­nales et syn­di­cales se re­trouvent ven­dre­di pour ré­for­mer le sys­tème d’in­dem­ni­sa­tion du chô­mage, alors que la der­nière conven­tion est en­trée en vi­gueur il y a à peine un an. Leurs dis­cus­sions pro­mettent d’être hou­leuses car cette né­go­cia­tion est bor­née par la lettre de ca­drage adres­sée fin sep­tembre par le gou­ver­ne­ment. Le do­cu­ment sti­pule une tra­jec­toire d’éco­no­mie claire : entre 3 mil­liards et 3,9 mil­liards d’eu­ros sur trois ans, sans quoi tout ac­cord ne pour­ra être va­li­dé. L’ob­jec­tif est de ré­duire la dette de l’Une­dic qui at­teint près de 35 mil­liards d’eu­ros (l’équi­valent d’une an­née pleine de re­cettes !) mais aus­si de fa­vo­ri­ser le re­tour à l’em­ploi.

Sur­tout, ni les syn­di­cats ni le pa­tro­nat n’étaient de­man­deurs de cette né­go­cia­tion sug­gé­rée par Em­ma­nuel Ma­cron. Aus­si, en­core plus que d’ha­bi­tude, entrent-ils dans cet échange sur la dé­fen­sive. Pour les chefs d’en­tre­prise, il s’agit sur­tout d’évi­ter l’ins­tau­ra­tion d’un bo­nus-ma­lus sur les co­ti­sa­tions so­ciales en fonc­tion du re­cours aux contrats courts, pro­mis par Em­ma­nuel Ma­cron pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle, pour li­mi­ter la pré­ca­ri­té. De leur cô­té les re­pré­sen­tants des sa­la­riés, una­nimes, ne veulent pas en­tendre par­ler de dé­gres­si­vi­té des al­lo­ca­tions, même pour les plus hauts re­ve­nus. Pas ques­tion de ré­duire les droits des de­man­deurs d’em­ploi, même si les syn­di­cats ne sont pas op­po­sés à re­voir cer­taines règles d’ac­cès aux al­lo­ca­tions, qui ont pu don­ner lieu à des ef­fets per­vers comme la « per­mit­tence », c’est-à-dire le dé­voie­ment des règles pour tra­vailler par in­ter­mt­tence en li­mi­tant la perte de re­ve­nu grâce aux al­lo­ca­tions, ce dont sa­la­riés comme en­tre­prises peuvent ti­rer avan­tage.

Non bi­naire. Le ca­len­drier est éga­le­ment très contraint, puisque l’exé­cu­tif a don­né aux par­te­naires so­ciaux jus­qu’à fé­vrier. En outre, le contexte est par­ti­cu­lier. FO est en flot­te­ment après la dé­mis­sion fra­cas­sante de Pas­cal Pa­va­geau et avant l’élec­tion de son suc­ces­seur, le 22 no­vembre. « Ce qui ne veut pas dire que Force ou­vrière ne pè­se­ra pas au fi­nal », ex­plique un proche du dos­sier. La CGT est en re­trait, oc­cu­pée par la cam­pagne des élec­tions pro­fes­sion­nelles de la fonc­tion pu­blique qui se tien­dront le 6 dé­cembre. Plus en­core qu’à l’ac­cou­tu­mée, la CFDT est donc en pre­mière ligne. Avec l’ar­ri­vée de Geof­froy Roux de Bé­zieux en juillet à la pré­si­dence du Me­def, le pa­tro­nat « semble ou­vert aux ré­flexions, cher­cher des so­lu­tions qui ne soient pas bi­naires et sim­plistes », se­lon plu­sieurs sources syn­di­cales.

Les pre­miers dé­bats vont se concen­trer sur la place de l’Etat (c’était pré­vu d’ailleurs lors de la si­gna­ture de la pré­cé­dente conven­tion) et le pa­ri­ta­risme. Et pour le coup, face à un gou­ver­ne­ment qui fait peu cas des corps in­ter­mé­diaires, des consen­sus entre pa­tro­nat et syn­di­cats peuvent être trou­vés. Les pre­mières séances se­ront ain­si consa­crées à l’ar­chi­tec­ture du ré­gime, à la so­li­da­ri­té in­ter­pro­fes­sion­nelle – ques­tion im­por­tante de­puis que les in­dé­pen­dants et les dé­mis­sion­naires ont ob­te­nu des droits à l’as­su­rance-chô­mage, con­for­mé­ment à la vo­lon­té pré­si­den­tielle. Les su­jets sus­cep­tibles de faire échouer la né­go­cia­tion, comme le cal­cul et les mo­da­li­tés de la du­rée d’in­dem­ni­sa­tion ou la ma­nière de mieux li­mi­ter les contrats courts se­ront plu­tôt trai­tés dé­but 2019.

Pour nour­rir leur ré­flexion, les par­te­naires so­ciaux at­tendent le bi­lan de né­go­cia­tions de branches sur la lutte contre les contrats pré­caires. Se­lon de nom­breuses sources, ces bi­lans sont plu­tôt maigres.

Les re­pré­sen­tants des sa­la­riés ne veulent pas en­tendre par­ler de dé­gres­si­vi­té des al­lo­ca­tions, même pour les plus hauts re­ve­nus

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