Par­fois, ai­mer tue

Vic­time d’un conjoint violent, Ra­chel Jouvet ra­conte son his­toire dans une pièce qui se­ra jouée à Flers le 25 no­vembre dans le cadre de la se­maine de pré­ven­tion contre les vio­lences faites aux femmes, du 23 au 27 no­vembre.

L'Orne Combattante (FL) - - Flers - Tho­mas Gour­lin

C’est une sombre his­toire qui, mal­heu­reu­se­ment, n’a rien d’ex­cep­tion­nel. Ra­chel Jouvet a vé­cu l’en­fer. Pen­dant plu­sieurs an­nées, elle a dû sup­por­ter les ex­cès d’un conjoint violent.

Son his­toire d’amour a com­men­cé à 17 ans, l’âge au­quel elle ren­contre un homme et, em­por­tée par ses sen­ti­ments, laisse se construire une re­la­tion no­cive. « À 17 ans, j’étais prête à tout par amour. Je ne sa­vais pas ce que c’était d’être une femme ai­mable et j’étais prête à me li­vrer corps et âme » , ra­conte Ra­chel Jouvet.

Au fil du temps, leur re­la­tion se pré­cise et se construit avec mal­gré tout quelques vio­lences psy­cho­lo­giques que Ra­chel Jouvet ne par­vient pas, à l’époque, à nom­mer.

« Pe­tit à pe­tit notre his­toire est de­ve­nue de plus en plus sé­rieuse avec un bé­bé qui a été conçu. Et, là, les vio­lences sont de­ve­nues, pen­dant cette gros­sesse, plus phy­siques que psy­cho­lo­giques. Elles se sont am­pli­fiées. À chaque dis­pute, c’était de pire en pire » .

Peu de temps après l’ar­ri­vée de sa fille, Ra­chel Jouvet vit une prise de conscience : elle se rend compte que cette his­toire sans is­sue ne pour­ra que s’em­pi­rer et qu’il n’est plus ques­tion d’amour. « J’ai dé­ci­dé de le quit­ter lorsque je ve­nais d’ac­cou­cher de ma fille. Elle avait 15 jours. Parce que je me suis dit qu’un jour les vio- lences se­raient cer­tai­ne­ment ré­per­cu­tées sur la pe­tite, évoque Ra­chel Jouvet. J’ai fui. J’ai dé­po­sé plainte et je me suis dit que mon pro­blème al­lait être ré­glé. En fait, ça ne s’est pas ter­mi­né vrai­ment comme ça puis­qu’il a conti­nué à me har­ce­ler. J’étais par­tie chez mes pa­rents et, comme il n’avait pas en­vie que je le quitte, qu’il ne com­pre­nait pas pour­quoi, il a tout sim­ple­ment vou­lu me pour­rir la vie à moi et à mon en­tou­rage » .

Du­rant deux ans, elle cherche de l’aide, elle dé­pose plaintes à plu­sieurs re­prises pour des faits plu­tôt graves. « Ça al­lait de l’en­lè­ve­ment de la pe­tite à des dé­gra­da­tions ma­té­rielles et des vio­lences ac­com­pa­gnées de me­naces de mort »

Puis, vient le jour où son ex conjoint passe à l’acte. « Un jour, il a mis ses me­naces à exé­cu­tion. Il a ache­té une arme et il est ve­nu chez mes pa­rents en pleine nuit. Ma mère et moi en sommes re­ve­nues. Ma fille n’a pas été tou­chée phy­si­que­ment. Par contre, mon père est dé­cé­dé. En trois ans de ma vie, tout avait été dé­truit et je trou­vais que la consé­quence d’être tom­bée amou­reuse de la mau­vaise per­sonne était as­sez lourde et que, sur­tout, j’avais ap­pe­lé maintes et maintes fois au se­cours »

Après ce drame, Ra­chel Jouvet dé­cide de ré­agir, à sa ma­nière, pour par­ler de ce su­jet et ten­ter de faire ré­flé­chir et de li­bé­rer la pa­role.

« Dès que j’ai été phy­si­que­ment re­mise, je me suis in­té­res­sée à la ques­tion. J’ai d’abord fait par­tie d’un groupe de pa­role, je me suis im­pli­quée dans une as­so­cia­tion à Rennes et j’ai com­men­cé à mi­li­ter pour lut­ter contre les vio­lences conju­gales. En 1999, il a pris 20 ans de pri­son avec sû­re­té. Ça fait 16 ans. Je suis sur le point d’être bien re­cons­truite et ma fille est presque adulte. Je trouve que ce n’est pas juste de nous lais­ser dans cette si­tua­tion et de ne pas sa­voir ce qu’il va ad­ve­nir de nous dans 4 ou 5 ans, quand il se­ra li­bé­ré. Du coup, je me suis de­man­dé ce que je pou­vais faire pour in­for­mer et crier mon désar­roi face à ces si­tua­tions qui ne concernent pas que moi »

En tant que co­mé­dienne, elle opte pour la créa­tion d’une pièce de théâtre. Cette pièce, écrite par Loïc Cho­neau à par­tir d’en­tre­tiens avec Ra­chel Jouvet, se nomme Je te veux im­pec­cable. C’est son his­toire, jouée par la com­pa­gnie Qui­dam- théatre. Elle se­ra in­ter­pré­tée mer­cre­di 25 no­vembre à 20 h à la salle Ma­de­leine Louain­tier ( en­trée gra­tuite). La re­pré­sen­ta­tion se­ra sui­vie d’un dé­bat avec le té­moi­gnage de Ra­chel Jouvet.

Pour ceux qui ne pour­ront pas se rendre à cette soi­rée, Ra­chel Jouvet se­ra aus­si (sauf chan­ge­ment de pro­gramme) l’in­vi­tée de l’émis­sion Le Mag sur France 5 le 24 no­vembre à 20 h.

« De pire en pire » « Il a ache­té une arme »

Autres ani­ma­tions à Flers, du 23 au 27 no­vembre : au ci­né­ma « Les 4 Vi­kings », ci­né dé­bat avec L’af­faire Jo­sey Aimes, lun­di 23 no­vembre à 20 h (gra­tuit) ; Per­ma­nences de pro­fes­sion­nels de la lutte contre les vio­lences conju­gales à l’es­pace Emile-hal­bout, mar­di 24 no­vembre à 14 h ; concours d’af­fiches grand pu­blic avec un vote au centre E. Le­clerc du 20 au 23 no­vembre. Ra­chel Jouvet fe­ra une séance de dé­di­cace le 25 no­vembre de 15 h 30 à 17 h à la li­brai­rie Quar­tier libre à Flers.

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