Troubles ob­ses­sion­nels : le dif­fi­cile quo­ti­dien d’un Flé­rien

Les troubles ob­ses­sion­nels com­pul­sifs, les Toc, touchent 2 à 3 % de la po­pu­la­tion. Le quo­ti­dien est sou­vent dif­fi­cile et fa­ti­gant pour les vic­times mais ce n’est pas une fa­ta­li­té pour au­tant. Sylvain, un Flé­rien d’une qua­ran­taine d’an­nées, té­moigne.

L'Orne Combattante (FL) - - LA UNE -

Etre ob­sé­dé par la pro­pre­té, la sy­mé­trie des ob­jets, vé­ri­fier plu­sieurs fois que la porte ou l’eau sont bien fer­mées lorsque l’on quitte son ha­bi­ta­tion… 2 à 3 % de la po­pu­la­tion souf­fri­rait de Toc, les troubles ob­ses­sion­nels com­pul­sifs, ses com­por­te­ments ré­pé­ti­tifs qui peuvent pa­raître ab­surdes mais qui sont dif­fi­ciles à contrô­ler pour les vic­times.

Chaque ma­lade est dif­fé­rent et pos­sède des « rites » qui lui sont propres.

Sylvain, un Flé­rien d’une qua­ran­taine d’an­nées, a ac­cep­té de té­moi­gner sur son quo­ti­dien.

« Mes toc, je les connais par coeur »

Comme pour beau­coup, ses Toc ont com­men­cé lors­qu’il était en­fant. « J’avais 7 ou 8 ans. Avant de me cou­cher, par exemple, il fal­lait que je des­cende tant de marches et un cer­tain nombre de fois. Je fai­sais mon lit au car­ré. J’étais or­don­né et dé­jà en­clin à la sy­mé­trie. Pour moi, c’était nor­mal », confie le Flé­rien.

Les pro­blèmes se sont am­pli­fiés à l’ado­les­cence. « J’ai fait une grave crise. Les Toc de vérification sont ap­pa­rus à cette époque ». Lors­qu’il avait 15 ans, on ne par­lait pas de Tocs mais « d’ob­ses­sions ». Sylvain consulte et se voit pres­crire des an­ti dé­pres­seurs.

Il va mieux mais sa si­tua­tion bas­cule à nou­veau après la perte d’un proche. « Ça a cham­bou­lé ma vie. J’ai ra­té mes études et ma vie pro­fes­sion­nelle a été chao­tique ». Il y a quelques an­nées, Sylvain a été diag­nos­ti­qué bi­po­laire, un trouble de l’hu­meur. Pour lui, il n’y a pas de doute, « les Toc sont un des symp­tômes de la bi­po­la­ri­té ».

Au cours de sa vie, ils ont été plus ou moins gê­nants. « Au­jourd’hui, les Toc de vérification ont ten­dance à dis­pa­raître au pro­fit de Toc de sy­mé­trie ». Sylvain souffre aus­si de Tocs de la pen­sée. « Je pense chaque acte. Rien n’est spon­ta­né. Par exemple, lorsque je pose ma tasse de ca­fé, je vais me de­man­der pour­quoi je la pose ici ».

Ils sont ap­pa­rus en même temps qu’un pro­blème au pied qui le gêne au quo­ti­dien. « J’ai rem­pla­cé le mal par des pen­sées ob­sé­dantes », conclut le Flé­rien.

Sylvain a ap­pris à vivre avec ses Tocs. « Je les connais par coeur, comme un com­pa­gnon qu’on ap­pri­voise. Des fois ça va puis il y a d’autres pé­riodes où je le vis mal ».

L’hyp­no­thé­ra­pie : une aide

Vérification de son ha­bi­ta­tion quand il part, de sa voi­ture lors­qu’il re­vient… ses ob­ses­sions prennent plus où moins de temps, se­lon son hu­meur.

Le Flé­rien consulte une hyp­no­thé­ra­peute. « Ça m’aide beau­coup. J’ai ap­pris à faire des exer­cices seul chez moi ». Son im­pli­ca­tion dans une as­so­cia­tion lui per­met aus­si d’al­ler mieux. En in­va­li­di­té de­puis que des troubles bi­po­laires ont été diag­nos­ti­qués, cet en­ga­ge­ment lui a per­mis de ren­con­trer des gens et de ne pas res­ter re­plié sur lui-même.

Pour la pre­mière fois, Sylvain s’est ren­du avec des proches à la der­nière réunion de l’Af­toc Nor­man­die, l’as­so­cia­tion fran­çaise de per­sonnes souf­frant de troubles ob­ses­sion­nels com­pul­sifs, qui se dé­rou­lait à Caen, fin fé­vrier. « Mes proches ont com­pris beau­coup de choses sur moi », as­sure-t-il. Et d’ajou­ter, « j’ai en­ten­du des té­moi­gnages édi­fiants et mal­heu­reu­se­ment, c’est ras­su­rant sur sa propre si­tua­tion ».

Les Toc, sou­vent mal ap­pré­hen­dés du grand pu­blic, sont dif­fé­rents d’une per­sonne à l’autre. En Nor­man­die, il existe une seule as­so­cia­tion d’écoute et d’in­for­ma­tion à des­ti­na­tion des vic­times et de leurs proches, l’Af­toc Nor­man­die.

Elle se tient à la dis­po­si­tion de toutes les per­sonnes qui y sont confron­tées.

M. M.

Les troubles ob­ses­sion­nels com­pul­sifs peuvent se ma­ni­fes­ter de dif­fé­rentes ma­nières. Sylvain, 42 ans, souffre no­tam­ment de Toc de sy­mé­trie (pho­to d’il­lus­tra­tion).

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