Le ton monte entre des jeunes, les ri­ve­rains et la mai­rie

À La Fer­rière-aux-Étangs, des ha­bi­tants se plaignent. Des jeunes font du bruit avec des mo­tos. Aga­cés d’être ré­pri­man­dés par des ri­ve­rains, ces jeunes ont fait une manif.

L'Orne Combattante (FL) - - ENTRE BOCAGE ET SUISSE NORMANDE -

La Fer­rière-auxÉ­tangs.

C’est un phé­no­mène cou­rant dans bien des pe­tites com­munes et qui peut pa­raître ano­din. Le bruit des mo­tos, des scoo­ters, les rires et les dé­bor­de­ments d’une bande de jeunes fi­nissent par em­poi­son­ner lit­té­ra­le­ment la vie quo­ti­dienne de nom­breux ha­bi­tants.

La joie de se voir et le bruit

À La Fer­rière-aux-Étangs, c’est exac­te­ment le pro­blème. De­puis près d’un an, une ving­taine de jeunes, de 14 à 18 ans, qui aiment se voir font du bruit. Au fil des soi­rées, des cris, des pé­ta­rades cy­cliques des pots d’échap­pe­ment, ils sont de­ve­nus in­sup­por­tables aux yeux de cer­tains ha­bi­tants.

Le pire ? C’est qu’ils en sont conscients. « C’est un peu la guerre entre les voi­sins et les jeunes. Ça fait un an qu’on traîne le week-end en­semble. Les mo­tos 50 cc ça fait un peu de bruit. On parle, on fait du bruit mais on com­prend que les gens en aient marre », re­con­naît An­tho­nin, 17 ans, ha­bi­tant de La Fer­rière.

Sou­vent, le lieu où les jeunes se ras­semblent est un abri­bus, un coin, un en­droit qui, par conven­tion, par ha­bi­tude, de­vient l’es­pace de ren­dez-vous où ils savent qu’ils vont se re­trou­ver sans avoir de consignes à se don­ner. Du coup, ils ne voient pas tou­jours le dé­sordre qu’ils peuvent cau­ser tout en étant par­tiel­le­ment conscients de leur com­por­te­ment. Un pa­ra­doxe ado­les­cent.

La coupe est pleine

Ex­cé­dés, cer­tains ri­ve­rains de ces phé­no­mènes se sont plaints au­près de la mai­rie, d’autres sont al­lés dire aux jeunes ce qu’ils en pen­saient. Cer­tains ne sont pas loin de perdre leur sang-froid ; un com­por­te­ment na­tu­rel, hu­main, lors­qu’on se trouve im­por­tu­né trop sou­vent dans son propre co­con fa­mi­lial. Le bruit s’im­misce dans votre sa­lon, votre chambre, votre jar­din… Il y a de quoi perdre ses nerfs. Un ri­ve­rain a, d’ailleurs, pous­sé une mo­to ar­rê­tée face à des jeunes qui n’étaient pas as­sez ré­cep­tifs à ses re­marques.

Bref : les jeunes le savent : ils ne sont vrai­ment pas en odeur de sain­te­té. « Leur but, c’est de nous vi­rer de La Fer­rière », glisse An­tho­nin.

Une manif ?

Face aux re­marques de toute une par­tie de la com­mune, les jeunes ont pris une dé­ci­sion cu­rieuse. Peu avant le week-end, ils ont an­non­cé, sur Fa­ce­book et en té­lé­pho­nant à la presse lo­cale : « On va faire une ma­ni­fes­ta­tion. On va faire un peu de bruit pour leur mon­trer qu’on en a marre. On vou­drait un ter­rain ou une salle pour se réunir », lâche, sans dé­tour, l’un des jeunes.

Ef­fec­ti­ve­ment, avec le sou­tien de cer­tains pa­rents, une ving­taine de jeunes s’est re­trou­vée, sa­me­di 14 mai, en dé­but de soi­rée, dans La Fer­rière-aux-Etangs. La mai­rie et la gen­dar­me­rie étaient sur place.

Les ré­ac­tions du maire

Par son « pou­voir de po­lice », le maire est le pre­mier concer­né. Pré­sent à la ma­ni­fes­ta­tion, il se dit par­fai­te­ment conscient du pro­blème et de ses consé­quences.

« De­puis plu­sieurs mois, on est vrai­ment sol­li­ci­tés par plu­sieurs ri­ve­rains, sur­tout rue de Briouze et près du par­king du col­lège et de l’abri­bus », ra­conte Vincent Beau­mont, maire de La Fer­rière-aux-Etangs.

« C’est un cli­mat de plus en plus mal­sain », confie Vincent Beau­mont, quelques jours après cette ma­ni­fes­ta­tion : « Les ri­ve­rains sont ex­cé­dés. Les gen­darmes passent, ils ver­ba­lisent ».

Cli­mat mal­sain ? Le mot est faible. Si l’on ré­sume la si­tua­tion, des jeunes qui font du bruit ont te­nu une ma­ni­fes­ta­tion pour pro­tes­ter contre le fait que les ha­bi­tants leur de­mandent de faire moins de bruit. Ab­surde, non ?

Et pour­tant, la mai­rie et les gen­darmes ont pris les jeunes au mot. « On les a ren­con­trés sa­me­di. On leur a rap­pe­lé les règles, la loi, et qu’ils n’avaient ja­mais de­man­dé de ren­dez-vous à la mai­rie pour nous faire part de leurs de­mandes. On les a écou­tés et nous avons pris l’en­ga­ge­ment de les re­ce­voir. En échange, ils avaient pro­mis de se cal­mer », dé­taille Vincent Beau­mont qui ajoute : « En gros, ils veulent un en­droit pour se réunir et faire de la mo­to ».

Une fois le maire et ses ad­joints par­tis, les jeunes ont (d’après les constats des élus) « fait du bruit », « tour­né au­tour du rond-point », « rou­lé sur une pe­louse ». En ré­su­mé : ils ne se sont pas cal­més.

« Les gen­darmes et moi, nous avions joué carte sur table avec eux. On a fait un contrat. À par­tir du mo­ment où ils ne l’ont pas res­pec­té, on va leur dire quand on va les ren­con­trer », ré­pond le maire.

Pour un élu, il n’est ja­mais ai­sé de se pla­cer entre la fer­me­té et la bien­veillance, tous deux né­ces­saires dans pa­reille si­tua­tion. D’un cô­té, il y a le rôle du maire qui doit faire res­pec­ter la loi. Et, d’un autre cô­té, le maire doit conser­ver la paix so­ciale dans son vil­lage. Un gant de fer dans une main de ve­lours, en somme.

Reste à sa­voir si la mé­thode por­te­ra ses fruits.

Car si le phé­no­mène ne se calme pas, le maire de­vra choi­sir entre ces deux adages po­pu­laires : « Il faut bien que jeu­nesse se passe » et « Force doit res­ter à la loi ». Tho­mas Gourlin

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