Les mu­sées du clou et du sa­bo­tier rouvrent

L'Orne Combattante (FL) - - LOISIRS -

Au­jourd’hui pai­sible, la com­mune de Saint Cor­nier-des­Landes a vé­cu de nom­breuses an­nées dans l’ef­fer­ves­cence du com­merce du clou. Aux alen­tours de 1750, la com­mune compte 2 300 ha­bi­tants, par­mi les­quels 400 tra­vaillent comme clou­tiers. Cette ac­ti­vi­té a été pos­sible grâce à la proxi­mi­té des mines de fer de Saint Clair-deHa­louze ou de Ger, elle a per­mis l’ac­ti­vi­té éco­no­mique de la com­mune du­rant cinq siècles.

Les clous ont été ven­dus à tra­vers toute la France mais aus­si en­voyés au nou­veau monde, par ba­teau de­puis Saint-Ma­lo. Ils étaient trans­por­tés par des mu­lets. Le for­ge­ron clou­tier pro­dui­sait alors des clous ma­ri­niers mais aus­si 35 à 40 kg jour­na­liers de clous à sa­bots. Dans les cam­pagnes, cha­cun por­tait des sa­bots, et pour les rendre moins fra­giles, ils étaient clou­tés. À Saint Cor­nier, on a donc fa­bri­qué aus­si des clous bê­che­rons et jar­di­niers.

Un chien ac­tion­nait le souf­flet

Du­rant toute la jour­née, le clou­tier chauf­fait au rouge des barres de fer aux­quelles il don­nait en­suite leur forme fi­nale de clou à tra­vers l’en­clume. Le feu de la forge était main­te­nu grâce à un énorme souf­flet ac­tion­né par une roue. Celle-ci était en mou­ve­ment conti­nu, à l’in­té­rieur, un chien cour­rait à lon­gueur de jour­née. Du­rant la se­conde guerre mon­diale, ce chien avait même droit à un ti­cket de ra­tion­ne­ment, étant consi­dé­ré comme tra­vailleur.

La forge du clou­tier a été en ac­ti­vi­té jus­qu’en 1950, mais elle n’a pas ré­sis­té aux pro­grès de l’in­dus­tria­li­sa­tion. Presque 50 ans plus tard, la mu­ni­ci­pa­li­té de Saint Cor­nier- des- Landes a dé­ci­dé de ra­che­ter la der­nière forge du vil­lage. Après 4 an­nées, un pro­jet de ré­ha­bi­li­ta­tion et de trans­for­ma­tion en mu­sée du clou a été pos­sible. Il a en­fin pu être of­fi­ciel­le­ment inau­gu­ré le 6 juillet 2002.

Poi­gnée de bé­né­voles

Une poi­gnée de bé­né­voles pas­sion­nés as­surent la fa­bri­ca­tion des clous pour la vi­site du mu­sée. Plus de 800 vi­si­teurs sont ac­cueillis chaque été. Avec pa­tience et bien­veillance ils ex­pliquent le tra­vail des aïeux. De mai à sep­tembre, ils réa­lisent des clous chaque jeu­di, ou sur ren­dez-vous. Par un jeu d’éclai­rage, le tra­vail de la forge est vi­sible éga­le­ment de­puis l’ex­té­rieur. On ob­serve le tra­vail sur le billot, la clou­tière et di­vers ou­tils ty­piques.

Un bâ­ti­ment de 1780

Tra­ver­sant la rue, presque en face, on dé­couvre le mu­sée du sa­bo­tier. Au­tre­fois, on en comp­tait 2 sur la com­mune. La mu­ni­ci­pa­li­té a dé­ci­dé de re­cons­ti­tuer aus­si ce tra­vail d’an­tan qui a nour­ri plu­sieurs cor­né­liens. Ayant ra­che­té un bâ­ti­ment de 1780, la com­mune a pu inau­gu­rer ce com­plé­ment de mu­sée du clou­tier le 28 juin 2008. Le ma­té­riel pro­vient de chez un voi­sin qui fa­bri­quait les sa­bots, un film re­cons­ti­tue l’en­semble du tra­vail réa­li­sé par le sa­bo­tier sur la creu­seuse ou la fa­çon­neuse. Pour les sa­bots, on uti­li­sait du hêtre prin­ci­pa­le­ment. Dans d’autres ré­gions on a uti­li­sé le peu­plier, le saule ou en­core le bou­leau. Le bois se tra­vaillait vert, juste après sa coupe, il fal­lait en­vi­ron 2 h 30 pour réa­li­ser un sa­bot. Un cor­né­lien qui tra­vaillait comme ou­vrier de ferme en 1944 se sou­vient qu’à l’époque, il lui fal­lait tra­vailler 4 jours pour réunir les 160 francs né­ces­saires à l’achat d’une paire.

Les mu­sées sont ou­verts aux vi­sites de­puis le 1er mai der­nier et jus­qu’à fin sep­tembre, les jeu­dis de 14 à 17 heures, ou sur ren­dez­vous au­près de la mai­rie au 02 33 66 82 88.

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