La co­lère de Na­tha­lie Gou­let

L'Orne Combattante (FL) - - LA UNE - Ma­non Loubet

Na­tha­lie Gou­let (UDI), sé­na­trice de l’Orne et pré­si­dente de la Com­mis­sion d’en­quête sur la lutte contre les fi­lières ji­ha­distes, n’a qu’un mot pour ex­pri­mer ce qu’elle res­sent, suite à l’at­ten­tat dans une église de SaintÉ­tienne-du-Rou­vray près de Rouen (Seine-Ma­ri­time), où un prêtre a été égor­gé, mar­di 26 juillet : « co­lère ». Spé­cia­liste de la ques­tion, elle livre son in­di­gna­tion.

Que res­sen­tez-vous face à cet at­ten­tat qui a tou­ché la Nor­man­die ?

Na­tha­lie Gou­let, sé­na­trice de l’Orne et pré­si­dente de la Com­mis­sion d’en­quête sur la lutte contre les fi­lières ji­ha­distes : Une co­lère in­ouïe, une in­di­gna­tion. Je suis entre la nau­sée et la co­lère. Ce qui se passe n’a pas de nom. L’un des ter­ro­ristes de Rouen, d’après les pre­miers élé­ments de l’en­quête, se­rait sor­ti de pri­son le 22 mars 2016 et se­rait pas­sé par la Sy­rie. Que ce soit Me­rah, Cou­li­ba­ly…, ils ont tous le même pro­fil. Ra­di­ca­li­sés, ils sont sor­tis de pri­son et passent à l’acte. Ce n’est pas ac­cep­table, on ne peut pas lais­ser des gens sor­tir de pri­son sans les ac­com­pa­gner. On ne peut pas conti­nuer à lais­ser des ter­ro­ristes en li­ber­té dans nos rues ! Il faut ar­rê­ter la po­li­tique com­pas­sion­nelle. On ne peut pas vivre un at­ten­tat, un deuil na­tio­nal tous les 15 jours… Il faut se mettre au bou­lot. Comment faire pour évi­ter ces actes ter­ro­ristes ?

Le risque zé­ro n’existe pas. Un mar­di ma­tin, dans une pe­tite église de Seine-Ma­ri­time… Ces ter­ro­ristes ne vou­laient pas faire un mas­sacre. Si­non, ils au­raient agi lors d’une messe un di­manche ma­tin à la ca­thé­drale de Rouen. Leur fa­çon de pro­cé­der est im­pré­vi­sible. Ce­la au­rait très bien pu ar­ri­ver sur le mar­ché d’Ar­gen­tan (Orne). Il faut croire que tous les cin­glés se sont don­nés ren­dez-vous cet été, sous cou­vert de Daesh. C’est l’hor­reur. Mais ce n’est pas pour ce­la qu’il ne faut rien faire.

Nous avons dé­jà fait beau­coup de choses. Le Gou­ver­ne­ment a mis sur la table plus d’un mil­liard d’eu­ros pour la po­lice et la gen­dar­me­rie et de nom­breux pro­grammes ont été lan­cés. Mais il faut sur­tout tra­vailler sur l’éva­lua­tion des dé­te­nus, pro­fes­sion­na­li­ser et ins­ti­tu­tion­na­li­ser des per­sonnes pour ap­pré­cier la dan­ge­ro­si­té des dé­te­nus, qui entrent et qui sortent de pri­son. Et ne pas lais­ser sor­tir les per­son­na­li­tés es­ti­mées dan­ge­reuses. Je ne suis pas une ré­pres­sive dans l’âme, mais on ne peut pas lais­ser des bombes am­bu­lantes dans nos rues. Je de­mande à ce qu’il y ait un fi­chier pour les ra­di­ca­li­sés, à l’ins­tar des dé­lin­quants sexuels, et sur­tout qu’il y ait un sui­vi per­ma­nent pen­dant la dé­ten­tion et après. Il faut plus de moyens pour la jus­tice afin de mettre en place un vé­ri­table sui­vi post-car­cé­ral.

« On ne peut pas lais­ser des bombes am­bu­lantes dans nos rues »

Plus de 300 ra­di­ca­li­sés en Nor­man­die

Que pen­sez-vous de l’an­nonce de Ma­nuel Valls sur la créa­tion de centres de dé­ra­di­ca­li­sa­tion ?

Pour­quoi pas mais qu’est-ce qu’on met là-de­dans ? Quel est le pro­gramme ? Qui va y tra­vailler ? Quels se­ront les ra­di­ca­li­sés ac­cep­tés ? Ceux qui sortent de pri­son ? Ceux qui entrent en pri­son ? Avec quels moyens ? Et quelles me­sures de sé­cu­ri­té ? On s’en moque de l’an­nonce, ce qui nous in­té­resse, c’est ce qu’il y a de­dans. Et ce qui pose pro­blème, c’est que nous n’avons pas as­sez de pro­fes­sion­nels spé­cia­li­sés sur ces ques­tions de ter­ro­risme pour un tel pro­jet. Le Gou­ver­ne­ment fe­rait mieux d’abord d’ap­pli­quer à la lettre les lois de la Ré­pu­blique, de don­ner plus de moyens à la jus­tice et de cen­tra­li­ser toute la lutte contre le ter­ro­risme à l’uni­té cen­trale de lutte an­ti­ter­ro­riste à Pa­ris, dans le cadre d’un pro­gramme uni­fié. Car dans cette uni­té cen­trale, il y a de vrais pro­fes­sion­nels.

Était-il pré­vi­sible qu’un at­ten­tat ait lieu en Nor­man­die ?

Oui, mais comme par­tout en France. On compte plus de 300 ra­di­ca­li­sés en Nor­man­die, sur plus de 10 000 en France, dont 40 % de conver­tis. C’est beau­coup et en­core, je ne compte pas tous ceux qui ne sont pas en­re­gis­trés…

Mais ce qui m’in­quiète le plus, c’est la ré­ac­tion de la so­cié­té ci­vile, suite à ces nom­breux at­ten­tats. Le Front na­tio­nal va en­cais­ser tout ça et ce­la va être un vé­ri­table pu­gi­lat. C’est une grande tra­gé­die pour la so­cié­té. On ne peut pas avoir deux at­ten­tats en 15 jours sans ré­agir, sans une ré­vo­lu­tion ou sans que les gens com­mencent à s’ar­mer… Je suis très in­quiète.

Vous êtes cri­tique en­vers les mé­dias et no­tam­ment le trai­te­ment de l’in­for­ma­tion en conti­nu. Pour­quoi ?

Beau­coup de ra­di­ca­li­sés hé­sitent à pas­ser à l’acte.

La ma­nière dont sont trai­tés les at­ten­tats dans les chaînes d’in­for­ma­tion en conti­nu peut avoir un ef­fet dé­clen­cheur. Ces ano­nymes sont tout d’un coup éri­gés en hé­ros avec leurs pho­tos qui passent en boucle à la té­lé­vi­sion. Le temps que l’on passe à dé­crire ces cri­mi­nels, mais aus­si le moindre dé­tail de ces drames, peut don­ner des idées. L’ob­ses­sion d’in­for­mer sans va­leur in­for­ma­tive ajou­tée est dan­ge­reuse.

Na­tha­lie Gou­let, sé­na­teur de l’Orne a fait part de son in­di­gna­tion et sa co­lère.

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