His­toire des mines du Bo­cage

Dé­but 1900, les pre­miers coups de pioches ré­sonnent dans l’Orne et les pre­mières vo­lutes de fu­mée s’échappent au-des­sus des trois conces­sions ac­cor­dées à l’époque : Saint-Clair-de-Ha­louze, Lar­champ et la Fer­rière-aux-Etangs.

L'Orne Combattante (FL) - - LA UNE - E.B.D.B.

L’ac­ti­vi­té se pour­sui­vra ain­si jus­qu’en 1978, où la concur­rence avec les mines d’Afrique de l’Ouest fit perdre toute com­pé­ti­ti­vi­té aux mines or­naises et la der­nière mine en ac­ti­vi­té, à Saint-Clair-de-Ha­louze, mit la clef sous la porte.

Au­jourd’hui, il ne s’agit plus que de sites his­to­riques, avec des routes tou­ris­tiques et des pan­neaux d’ex­pli­ca­tion qui ja­lonnent les par­cours.

Le sec­teur mi­nier a eu un fort im­pact sur le dé­par­te­ment pen­dant près d’un siècle, main­te­nant il ne reste que des sou­ve­nirs et quelques lieux à vi­si­ter.

L’en­fer de la mine

L’His­toire com­mence par un be­soin. Nous sommes au dé­but du XXe siècle et il est né­ces­saire d’ac­croître la pro­duc­tion de fer afin de construire les ré­seaux de che­mins de fer, de mé­ca­ni­ser les usines et pour toutes sortes de cons­truc­tions. Pour y ar­ri­ver, les hauts four­neaux du NordPas-de-Ca­lais tournent à plein ré­gime.

Une fois que les son­dages géo­lo­giques eurent ré­vé­lé la pré­sence de fer sous le Bo­cage or­nais, les trois conces­sions com­men­cèrent à être ex­ploi­tées. La pro­duc­tion est en­voyée dans le nord.

Les pre­miers puits sont fo­rés jus­qu’à 100 ou 200 m de pro­fon­deur. Les plus ré­cents, après les an­nées 50, des­cendent jus­qu’à 400 m dans la couche ter­restre.

Les mi­neurs doivent des­cendre au fond, pla­cer de la dy­na­mite et ré­cu­pé­rer le mi­ne­rai en vrac une fois l’ex­plo­sion pas­sée. Le tout est en­suite char­gé à coups de pelles dans des wa­gon­nets qui se­ront ti­rés par des pe­tites lo­co­mo­tives jus­qu’aux fours de cal­ci­na­tion, no­tam­ment ceux de la Butte Rouge.

Les « mi­neurs au fond », comme on les ap­pelle, su­birent de nom­breuses consé­quences phy­siques dues à la pé­ni­bi­li­té et la pré­ca­ri­té de leur tra­vail : pro­blèmes de dos, dé­faut res­pi­ra­toire, sur­di­té…

Une fois le mi­ne­rai ar­ri­vé en haut des fours de cal­ci­na­tion, les « ou­vriers au jour » prennent le re­lais. Après avoir concas­sé, cri­blé et la­vé le mi­ne­rai, ils versent la to­ta­li­té du conte­nu des wa­gon­nets dans un bra­sier chauf­fant jus­qu’à 800 °C. Le mi­ne­rai ain­si trai­té était cal­ci­né pour aug­men­ter sa te­neur en fer et di­mi­nuer son poids, ce qui re­pré­sente un avan­tage en terme de coût de tran­sport, puisque le prix est fixé en fonc­tion du poids des mar­chan­dises. Le mi­ne­rai est en­suite char­gé dans les wa­gons de trains ins­tal­lés au pied des fours.

Les « ou­vriers au jour » n’avaient pas des condi­tions de tra­vail plus en­viable qu’au fond de la mine. La pluie, le froid, la pous­sière de mi­ne­rai et les éma­na­tions de soufre ont pro­vo­qué de dé­sas­treuses consé­quences phy­siques.

Ac­quis so­ciaux adou­cis­sants

Dans les pre­mières an­nées d’ex­ploi­ta­tion, la main-d’oeuvre em­bau­chée est es­sen­tiel­le­ment lo­cale. La pro­duc­tion ne suf­fi­sant plus, les di­ri­geants font ap­pel au tra­vail de po­pu­la­tions d’im­mi­grés. On re­trouve jus­qu’à 42 na­tio­na­li­tés dif­fé­rentes : Ita­liens, Es­pa­gnols, Po­lo­nais, Russes, Chi­nois… « Jus­qu’à la fin 1930, un mi­neur sur deux est d’ori­gine étran­gère », ex­plique Mi­chaël Her­bu­lot, agent de dé­ve­lop­pe­ment de l’as­so­cia­tion le Sa­voir & le Fer.

La plu­part des mi­neurs sont des jeunes cé­li­ba­taires. Ils gagnent un peu de sous et re­partent en­suite. Le turn-over est énorme et pose pro­blème aux com­pa­gnies mi­nières. C’est à par­tir de ce constat que se dé­ve­loppent les pre­mières ci­tés mi­nières : au Gué-Plat et à SaintC­lair-de-Ha­louze, entre autres.

Le tra­vail est si pé­nible et dif­fi­cile qu’une forte so­li­da­ri­té s’ins­talle entre les mi­neurs, sou­dés face à l’ad­ver­si­té.

En plus d’être peu payé, la tâche est dan­ge­reuse. Les mou­ve­ments syn­di­caux de mi­neurs et l’es­sor du pa­ter­na­lisme per­mettent de pa­lier à cette dif­fi­cul­té pen­dant un temps. Les mi­neurs ob­tiennent des équi­pe­ments spor­tifs, du char­bon pour se chauf­fer, des lo­ge­ments gra­tuits, des mé­de­cins, des écoles et des co­opé­ra­tives pour ache­ter quelques biens moins cher.

Des cli­chés et des blagues tournent au­tour de la com­mu­nau­té de mi­neurs de l’époque telle que : « pour pous­ser un wa­gon­net de mi­ne­rai, il faut un russe, deux Fran­çais ou quatre chi­nois. »

Fi­na­le­ment, le tra­vail de mi­neur de­vient in­té­res­sant dans les an­nées 50. Entre le sa­laire et les avan­tages so­ciaux, il y a de quoi ti­rer son épingle du jeu. « Ce sont d’ailleurs les mi­neurs qui, les pre­miers, au­ront une voi­ture », ajoute Mi­chaël Her­bu­lot.

Dans les cam­pagnes, les pay­sans sont « ja­loux » de la réus­site des mi­neurs et consi­dèrent que les mi­neurs sont des « gens bi­zarres ». Pour­tant, lorsque le re­cru­te­ment étran­ger s’ar­rête, ce sont les fils de pay­sans et d’ar­ti­sans qui se lancent dans l’aven­ture.

« Le mé­tier fi­nit par at­ti­rer ! », conclu Mi­chaël Her­bu­lot.

La fin d’une époque

Dans les meilleures an­nées, il y a 12 mines ac­tives en Nor­man­die. « La mé­tal­lur­gie est une part im­por­tante de l’éco­no­mie lo­cale », ex­plique Mi­chaël Her­bu­lot. La fin des ex­ploi­ta­tions mi­nières fran­çaises sonne dès lors qu’une pro­duc­tion à moindre coût est mise en place à l’étran­ger.

Pour le cas Nor­mand, c’est no­tam­ment l’ex­ploi­ta­tion des mines en Mau­ri­ta­nie (Afrique de l’Ouest) qui pro­voque la fin de cette époque. La mine est à ciel ou­vert, la main-d’oeuvre est moins chère et le tran­sport aus­si. L’ex­ploi­ta­tion des po­pu­la­tions peu dé­ve­lop­pées per­met l’en­ri­chis­se­ment des com­pa­gnies mi­nières, alors que la Mau­ri­ta­nie su­bit coups d’État et putschs.

Les trois sites mi­niers or­nais sont dé­man­te­lés, pro­vo­quant un « grand trau­ma­tisme » dans les com­munes : des re­cettes en moins et du chô­mage éle­vé. « Il ne reste plus que le pa­tri­moine qui ra­conte une belle his­toire », conclu Mi­chaël Her­bu­lot.

Saint-Clair-de-Ha­louze est le seul che­va­le­ment en­core de­bout. À sa fer­me­ture, un groupe de mi­neur a ins­tal­lé une cham­pi­gnon­nière dans la mine. « Il pro­vient d’une mine al­le­mande, nous re­cher­chons la­quelle et dans quelles cir­cons­tances il est ar­ri­vé à Saint-Clair », pré­cise l’agent de dé­ve­lop­pe­ment de l’as­so­cia­tion le Sa­voir & le Fer. Il s’agit d’un « té­moin ma­jeur du pas­sé, construit avec la même tech­nique que la Tour Eif­fel : des pou­trelles ri­ve­tées à chaud. »

Les fours de la Butte Rouge sont lais­sés en friche jus­qu’à leur res­tau­ra­tion com­plète entre 2012 et 2016. Il ne reste a prio­ri que « 3 fours du même type » : un en Isère, un dans le nord de l’Es­pagne et un dans les pays Basques.

L’as­so­cia­tion le Sa­voir & le Fer a cen­tra­li­sé toutes les in­for­ma­tions sur ce pas­sé au point d’ac­cueil de la Mai­son du fer à Dom­pierre. Pour « re­don­ner l’oc­ca­sion de dé­cou­vrir le pa­tri­moine et at­ti­rer les tou­ristes » de nom­breux amé­na­ge­ments ont été faits. Trois cir­cuits tou­ris­tiques ont été mis en place : le cir­cuit des forges et des mines (34 km), à faire en voi­ture, et puis deux cir­cuits de ran­don­nées. « Tous les sites sont en ac­cès libre toute l’an­née », ex­plique l’agent de dé­ve­lop­pe­ment de l’as­so­cia­tion.

Au­jourd’hui, il reste tou­jours d’im­por­tants gi­se­ments de fer qui dorment sous le sol or­nais. Ils portent en eux la trace d’un pas­sé flo­ris­sant, par­ta­gé entre de nom­breuses na­tio­na­li­tés.

La mine de Saint-Clair-de-Ha­louze… (pho­to d’ar­chives).

Exemple de la conces­sion de La Fer­rière-aux-Étangs.

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