Du Cha­meau à Coc­ciMar­ket, la nou­velle vie d’Alain Le­ma­rié

Après la fer­me­ture de l’usine de Ca­han qui fa­bri­quait des bottes haut de gamme où il a exer­cé la fonc­tion de ca­lan­dreur pen­dant 34 ans, le quin­qua­gé­naire a vite re­bon­di.

L'Orne Combattante (FL) - - ENTRE BOCAGE ET SUISSE NORMANDE - Jean-Luc Pel­le­rin

Pont-d’Ouilly. De­puis le 29 juin, Alain Le­ma­rié est à la tête de Coc­ciMar­ket avec son épouse Isa­belle.

Le na­tif de Pont-d’Ouilly, qui a tra­vaillé pen­dant 34 ans à l’usine de Ca­han Le Cha­meau, spé­cia­li­sée dans la fa­bri­ca­tion de bottes haut de gamme, a ra­pi­de­ment en­ta­mé sa re­con­ver­sion.

C’est en mars der­nier que le fond d’in­ves­tis­se­ment bri­tan­nique Marwyn an­non­çait la fer­me­ture du site. « Ce­la a été très dur. Il y a des jours, je suis en­core en larmes », note Alain Le­ma­rié qui oc­cu­pait là-bas les fonc­tions de ca­lan­dreur.

L’homme âgé de 54 ans se voyait bien « res­ter jus­qu’au bout aux Bottes Le Cha­meau ». Le pire dans tout ce­la, un dé­noue­ment tra­gique pour les 55 sa­la­riés, « c’est que l’usine mar­chait. Certes, de­puis le ra­chat de l’en­tre­prise par des An­glais, il y avait eu des bruits per­sis­tants d’une fer­me­ture d’usine ».

Lui et ses col­lègues ne vou­laient pas, ne pou­vaient pas en­vi­sa­ger une telle is­sue. « On au­rait pu pen­ser éven­tuel­le­ment à une ré­duc­tion de per­son­nel mais au point d’en ar­ri­ver là, non…»

« On prend une grosse claque »

En oc­tobre der­nier, Alain Le­ma­rié et les autres sa­la­riés de l’usine prennent conscience de la réa­li­té. Les ma­ni­fes­ta­tions de mé­con­ten­te­ment ne don­ne­ront rien. Une fois la nou­velle en­té­ri­née, « on prend une grosse claque. J’ai vé­cu des nuits atroces. C’est un sen­ti­ment de gâ­chis. On y met­tait tous du nôtre pour cette usine. Il y avait de l’en­traide entre les sa­la­riés. Je le ré­pète, ça mar­chait. Dé­sor­mais, les ma­chines et le ma­té­riel sont au Ma­roc ».

8 ans à faire pour at­teindre la re­traite

Il est en­core sa­la­rié aux Bottes Le Cha­meau qu’un évé­ne­ment va for­cer le des­tin du quin­qua­gé­naire. « À l’au­tomne 2015, lors d’un re­pas de fa­mille pour les 100 ans de ma grand-mère, le maire de Sé­grie-Fon­taine connais­sant la si­tua­tion de l’usine évoque avec mon épouse la pos­si­bi­li­té de re­prendre le su­per­mar­ché Coc­ciMar­ket dans sa com­mune. Il s’avère qu’il y avait aus­si ce­lui de Pont-d’Ouilly. Un jour, j’ai de­man­dé au ma­ri de la pro­prié­taire qui tra­vaillait aux Bottes Le Cha­meau si c’était à vendre ».

Alain Le­ma­rié ne le sait pas en­core mais l’aven­ture est en marche. « On a la chance d’avoir pu vite re­bon­dir. Il me reste 8 ans pour at­teindre la re­traite. Il fal­lait faire quelque chose car je ne peux pas res­ter in­ac­tif ».

Pen­dant deux mois, en avril et en mai, Alain Le­ma­rié s’est for­mé avec la pro­prié­taire. Pour une prise de fonc­tions fin juin. « Pour mon épouse, c’est un rêve qui s’ac­com­plit car elle a tou­jours vou­lu te­nir un ma­ga­sin. Ce­la au­rait pu être des fleurs ».

Alain Le­ma­rié a une pe­tite ex­pé­rience de com­mer­çant car, avant de pas­ser plus de trois dé­cen­nies à Ca­han, il a été bou­lan­ger un an. Il a hé­ri­té ça de ses pa­rents qui ont te­nu la bou­lan­ge­rie à Pont-d’Ouilly.

« Nous avons pris le su­per­mar­ché en pleine sai­son. On n’a pas le temps de s’en­nuyer. On se com­plète bien avec mon épouse. Les tâches sont ré­par­ties. Elle s’oc­cupe de la ges­tion. De mon cô­té, dès 6 h 30, je pré­pare les fruits et lé­gumes ain­si que les ta­rifs ».

« La voie verte nous fait beau­coup de bien »

Les pre­mières im­pres­sions du couple sont po­si­tives. « La voie verte nous fait beau­coup de bien. Des cy­clistes s’ar­rêtent pour ache­ter deux ou trois ba­nanes. On a eu pas mal d’étran­gers qui sont pas­sés au ma­ga­sin. L’été, il y a les concerts. Ce­la peut consti­tuer un plus aus­si. Avant, j’étais au ser­vice de l’en­tre­prise, main­te­nant je suis au ser­vice des clients ».

Pro­gres­si­ve­ment, Alain et Isa­belle Le­ma­rié trouvent leurs marques. « On se forge l’ex­pé­rience, on parle bou­lot à 100 %. Il nous ar­rive le soir de pen­ser à un dé­tail, même en pleine nuit » !

Dans le su­per­mar­ché te­nu par Alain et Isa­belle Le­ma­rié, on y trouve les pro­duits es­sen­tiel­le­ment tour­nés vers l’ali­men­ta­tion. « On a aus­si un pe­tit rayon de vê­te­ments. De­puis jan­vier, la quin­caille­rie est fer­mée. On en­vi­sage de faire quelque chose ». Der­nière pré­ci­sion : le couple fait les li­vrai­sons à do­mi­cile.

Pra­tique. En pleine sai­son, juillet et août, le ma­ga­sin est ou­vert non-stop du lun­di au sa­me­di de 8 h 30 à 19 h 30, le di­manche de 9 h à 12 h 30. Hors sai­son, le ma­ga­sin est fer­mé le lun­di. Ce­la com­mence lun­di 5 sep­tembre.

Alain Le­ma­rié et son épouse Isa­belle tiennent le su­per­mar­ché Coc­ciMar­ket de­puis le 29 juin à Pont-d’Ouilly.

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