Un livre sur les ou­bliés du de­voir de mé­moire à Flers

Ori­gi­naire de Flers, pro­fes­seur d’his­toire géo­gra­phie, Jean-Ch­ris­tophe Rup­pé co­signe un ou­vrage sur les sol­dats de l’Orne tom­bés lors de la Pre­mière Guerre mon­diale.

L'Orne Combattante (FL) - - FLERS ET SON PAYS -

Il est né à Flers, pro­fes­seur d’his­toire, et co­signe avec Yann Ron­deau un livre sur les Or­nais morts lors de la Pre­mière Guerre mon­diale. In­ti­tu­lé Le sol­dat de l’Orne : com­battre et mou­rir en 1914-1918. De la ba­taille d’Ethe aux mo­nu­ments aux Morts, cet ou­vrage fouille le su­jet avec mé­thode et ri­gueur.

Jean-Ch­ris­tophe Rup­pé est né à Flers, « il y a bien­tôt 30 ans ». Après sa sco­la­ri­té, il a pris le che­min de l’Uni­ver­si­té de Caen Basse-Nor­man­die. Il est de­ve­nu en­sei­gnant et avant de prendre un poste dans les Yve­lines. Il est membre d’une so­cié­té d’art et d’his­toire créée à Flers en 1908 et bap­ti­sée Le Pays Bas Nor­mand. « L’as­so­cia­tion or­ga­nise entre autres des voyages, des confé­rences et pu­blie en moyenne deux ou­vrages par an sur l’his­toire du Bo­cage et du Pas­sais prin­ci­pa­le­ment », ex­plique Jean-Ch­ris­tophe Rup­pé.

Le pro­pos du livre se concentre sur un fil rouge : les sol­dats dé­cé­dés lors du pre­mier conflit mon­dial du XXe siècle. Pré­fa­cé par Ch­ris­tophe Pro­chas­son, conseiller du pré­sident de la Ré­pu­blique à l’édu­ca­tion, di­rec­teur d’études à l’EHESS, le livre re­groupe, en fait, trois grands ar­ticles.

Le pre­mier est une étude sta­tis­tique sur les « morts pour la France » du can­ton de Flers de l’époque. Il s’in­té­resse aux « sol­dats qui ha­bi­taient le can­ton au mo­ment de la mo­bi­li­sa­tion et qui ont re­çu cette men­tion of­fi­cielle ».

Jean-Ch­ris­tophe Rup­pé dé­taille : « Ils sont 787, sur en­vi­ron 4 300 sol­dats mo­bi­li­sés, soit un taux de dé­cès de 18,5 %. C’est deux fois plus que la moyenne na­tio­nale mais cinq fois plus que la moyenne or­naise ». Le but : com­prendre « pour­quoi le can­ton de Flers ne cadre avec au­cune des deux autres moyennes »

La mort est éga­le­ment évo­quée. « Quand et com­ment frappe-t-elle ? Où sont tom­bés les sol­dats du can­ton de Flers ? » D’après l’au­teur, de 1914 à 1918, « les hommes du can­ton de Flers ont com­bat­tu sur tous les champs de ba­taille de la Pre­mière Guerre mon­diale ». Il note aus­si, à pro­pos de la so­cio­lo­gie des sol­dats du sec­teur en­ga­gés dans ce conflit, que les pay­sans des can­tons ru­raux de l’Orne et les ou­vriers du tex­tile de Flers et Alen­çon ont été par­ti­cu­liè­re­ment tou­chés. « Ju­gés dé­brouillards, en­du­rants, sou­mis à l’au­to­ri­té, et sans réelles com­pé­tences par­ti­cu­lières à faire va­loir, les tra­vailleurs du monde agri­cole sont mas­si­ve­ment en­ga­gés dans l’in­fan­te­rie, l’arme la plus ex­po­sée, où le taux de dé­cès est d’un fan­tas­sin sur trois », évoque l’au­teur.

La deuxième par­tie du livre, écrite par Yann Ron­deau, s’in­té­resse au 104e RI, « en­ca­ser­né à Ar­gen­tan et Pa­ris, dans la ba­taille d’Ethe, le 22 août 1914 ». Il évoque les consé­quences de « la ba­taille la plus meur­trière pour l’Orne ».

Le troi­sième vo­let de cet ou­vrage se plonge dans la mé­moire de la Grande Guerre vue « par le prisme du mo­nu­ment aux morts ». Lors d’un pré­cé­dent ar­ticle pu­blié dans L’Orne Com­bat­tante en no­vembre 2014, Jean-Ch­ris­tophe Rup­pé évo­quait ces sol­dats re­con­nus comme étant morts pour France mais « ab­sents des mo­nu­ments ».

En no­vembre 2014, il en comp­tait 33. De­puis, ses re­cherches ont per­mis d’af­fi­ner ce chiffre : « La re­cherche ai­dant, j’ai ré­duit ce nombre à 28. Deux avaient été trans­crits par er­reur puis­qu’ori­gi­naire de Flers dans la Somme ou de Flers dans le Nord, un autre était ins­crit sous une or­tho­graphe to­ta­le­ment er­ro­née… »

Se­lon Jean-Ch­ris­tophe Rup­pé, dans ce type de cas, « ces 28 sont des omis­sions vo­lon­taires. Et la fa­mille est la clé. Pré­sente, elle par­ti­cipe au fi­nan­ce­ment, montre son deuil, fait en­tendre le nom du dé­funt ». Au­tour de Flers, cer­tains ont été ou­bliés parce qu’ils n’avaient pas d’at­taches fa­mi­liales dans l’Orne. « À La Cha­pelle-Biche, trois noms ont été omis : trois hommes ori­gi­naires de la Mayenne, cé­li­ba­taires, ar­ri­vés très ré­cem­ment dans la com­mune », men­tionne l’his­to­rien. À Ca­li­gny, cinq sol­dats ont été ou­bliés. « Par­mi la liste de sous­crip­tion, au­cun pa­rent, ni frère, ni épouse pour eux »

Par­fois, c’est la mar­gi­na­li­té du sol­dat qui lui vaut d’être pas­sé sous si­lence. « À Flers, beau­coup des ou­bliés sont des mar­gi­naux, par­fois re­pris de jus­tice. Quant à La Lan­dePa­try, un nom est vo­lon­tai­re­ment os­tra­ci­sé à la de­mande des an­ciens com­bat­tants. Le mo­nu­ment aux morts consacre ceux que l’on iden­ti­fie comme les en­fants de la com­mu­nau­té lo­cale. Et cer­tains sont ex­clus de celle-ci ».

28 ab­sents

Le Sol­dat de l’Orne : com­battre et mou­rir en 19141918. De la ba­taille d’Ethe aux mo­nu­ments aux Morts, par Jean-Ch­ris­tophe Rup­pé et Yann Ron­deau. Edi­té par Le Pays Bas Nor­mand. Prix : 25 €. Dis­po­nibles en li­brai­ries à Flers, Ar­gen­tan et au centre cultu­rel E. Le­clerc de Flers. Dis­po­nible au­près du Pays Bas Nor­mand au 02 33 64 33 87. Tho­mas Gour­lin

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