Une ces­sion pour le moins sur­pre­nante

La ses­sion de la ré­si­dence se­nior Nou­vel Azur, à Saint-Pierre-du-Re­gard, ne passe pas aux yeux de Philippe Se­naux, conseiller dé­par­te­men­tal de l’Orne.

L'Orne Combattante (FL) - - ENTRE BOCAGE ET SUISSE NORMANDE -

Le 1er juillet der­nier, les deux gé­rants de la SARL Nou­vel azur pro­prié­taire de la ré­si­dence pour per­sonnes âgées de SaintPiere-du-Re­gard, ont ces­sé leurs ac­ti­vi­tés suite à la dé­ci­sion du tri­bu­nal de com­merce d’Alen­çon de cé­der la ré­si­dence Nou­vel azur pour une somme de 3 mil­lions d’eu­ros tan­dis que le pro­jet d’ori­gine en a coû­té près de 7 mil­lions à ses concep­teurs dé­bou­tés de tous les re­cours pos­sibles au­jourd’hui. C’est le groupe Les Ma­tines, ba­sé à Grand-Que­villy, en Seine-Maritime, qui ap­par­tient à la hol­ding Agon, qui s’est por­té ac­qué­reur. Contac­té sur ces condi­tions d’achat, le groupe a sim­ple­ment pré­ci­sé qu’il avait ache­té au prix pro­po­sé suite à la li­qui­da­tion de l’en­tre­prise.

Philippe Se­naux en co­lère

« Une ces­sion dans des condi­tions pour le moins sur­pre­nante. Com­ment peut-on jus­ti­fier qu’une grosse so­cié­té fasse un tel bé­né­fice sur le dos d’en­tre­pre­neurs qui avaient, in­ves­tis ca­pi­taux per­son­nels et éner­gie pour réa­li­ser ce bel éta­blis­se­ment » dé­plore Philippe Se­naux, conseiller dé­par­te­men­tal de l’Orne du can­ton, et pro­fes­seur émé­rite d’éco­no­mie, qui ne dé­co­lère pas.

« Dès le dé­part, les pré­sup­po­sés du man­da­taire et de l’ad­mi­nis­tra­teur ju­di­ciaire étaient très dé­fa­vo­rables aux deux gé­rants de la SARL Nou­vel Azur…»

Dans la pro­cé­dure de re­dres­se­ment ju­di­ciaire en­ga­gée en fé­vrier 2015, les trois banques qui fi­nan­çaient le pro­jet avaient ac­cep­té de re­né­go­cier les prêts d’ori­gine pour éta­ler les rem­bour­se­ments sur cinq an­nées sup­plé­men­taires. Ce qui est en­core plus sur­pre­nant, c’est que pen­dant ce plan de re­dres­se­ment, le taux de rem­plis­sage de la ré­si­dence a été fait à 100 % (71 per­sonnes) tan­dis qu’il était seule­ment de 58 % en fé­vrier 2015.

« Nous avons me­né un tra­vail achar­né pour rem­plir notre éta­blis­se­ment en 26 mois alors que nous créan­ciers nous en avaient ac­cor­dé 36 » sou­ligne l’un des deux ex-gé­rants de la SARL Nou­vel azur, to­ta­le­ment dé­pi­té par la si­tua­tion ca­tas­tro­phique qu’il vit au­jourd’hui.

L’ex­ploi­ta­tion était de­ve­nue ren­table

« Ce qui est plus dur à ac­cep­ter, c’est que l’ex­ploi­ta­tion était de­ve­nue ren­table en un an, pour­suit ce der­nier. La ré­si­dence Nou­vel Azur, sorte d’hô­tel­le­rie du 3e âge avec ac­cès à la pis­cine, se si­tue entre le do­mi­cile et la mai­son de re­traite. Elle per­met à la per­sonne de vivre en par­faite au­to­no­mie dans son ap­par­te­ment de 35 m2, où elle peut même ins­tal­ler ses meubles, avec une sur­veillance 24 heures/24 avec le concours d’un agent de ser­vice à la per­sonne. Nous avions même ac­cep­té que le ré­sident bé­né­fi­cie des ser­vices de son aide mé­na­gère per­son­nelle s’il le sou­haite. Les fa­milles étaient par­fai­te­ment in­té­grées. Notre de­vise était : res­pect et di­gni­té. Les lo­ca­taires per­ce­vaient l’aide à l’au­to­no­mie du con­seil dé­par­te­men­tal. Mon rôle c’était de voir le bon­heur des per­sonnes âgées do­mi­ci­liées dans la ré­si­dence ain­si que ce­lui du per­son­nel. Cette ces­sion est un amal­game in­com­pré­hen­sible ! » in­siste l’an­cien gé­rant qui avait in­ves­ti ses de­niers per­son­nels dans ce 4e pro­jet qui de­vait être son der­nier. Au­jourd’hui, il a per­du tout ce qu’il pos­sé­dait.

Les fa­milles étaient sa­tis­faites

Pour Philippe Se­naux, « cette pra­tique est in­ac­cep­table, car le prin­cipe du re­dres­se­ment est bien de re­mettre de­bout une en­tre­prise en sus­pen­dant ses dettes afin qu’elle puisse amé­lio­rer sa tré­so­re­rie. Les gé­rants de la SARL Nou­vel Azur avaient par­fai­te­ment réus­si. Leur en­tre­prise était de­ve­nue ren­table avec un taux de rem­plis­sage à 100 %. Les fa­milles étaient sa­tis­faites et les de­mandes af­fluaient. Le per­son­nel et la di­rec­tion tra­vaillaient dans un ex­cellent état d’es­prit. Au­jourd’hui, la ces­sion a un gros in­ves­tis­seur im­plique dé­jà la sup­pres­sion des tous les CDD (contrat à du­rée dé­ter­mi­née) et une forte dé­gra­da­tion des condi­tions de vie des ré­si­dents. Pire, la ces­sion ef­face les créances des PME et autres four­nis­seurs im­pli­qués dans la construc­tion de la ré­si­dence et me­nace l’équi­libre fi­nan­cier, jus­qu’à l’exis­tence même de cer­taines en­tre­prises. Je suis cho­qué et triste pour les deux an­ciens gé­rants de la SARL qui ont au­jourd’hui tout per­du. Je vais de­man­der aux can­di­dats de la pri­maire de droite de s’en­ga­ger dans une ré­forme de la pro­cé­dure de­vant le tri­bu­nal de com­merce pour que le re­dres­se­ment soit prio­ri­taire à la ces­sion ou à la li­qui­da­tion, no­tam­ment au ni­veau de la com­mis­sion per­çue par les man­da­taires et ad­mi­nis­tra­teurs ju­di­ciaires qui est plus avan­ta­geuse en cas de ces­sion ou li­qui­da­tion qu’en cas de re­dres­se­ment. »

G.V.

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