Le blues de pro­fes­seurs qui ne se sentent pas sou­te­nus par leur di­rec­tion

Lun­di 5 dé­cembre, en­vi­ron 60 en­sei­gnants du ly­cée Gué­hen­no de Flers étaient en grève. Dans un contexte de moyens ré­duits et d’in­ci­vi­li­tés com­mises par seule­ment quelques élèves, les pro­fes­seurs parlent d’un manque de sou­tien de la di­rec­tion.

L'Orne Combattante (FL) - - ENTRE BOCAGE ET SUISSE NORMANDE - Tho­mas Gour­lin

C’est, pa­raît-il, et se­lon le titre d’un film co­mique avec Gé­rard De­par­dieu, le « plus beau mé­tier du monde ». En­sei­gner et trans­mettre l’en­vie d’ap­prendre à ses élèves est une vo­ca­tion, une belle mis­sion, mais c’est par­fois un vrai sa­cer­doce.

Au ly­cée Jean-Gué­hen­no de Flers, le dé­voue­ment et la pas­sion se re­trouvent, par­fois, conju­gué à un vrai mal-être. Cer­tains pro­fes­seurs parlent de « dé­tresse » et disent « je ne dors plus », « je vais en classe la boule au ventre ».

Lun­di 5 dé­cembre, à l’ap­pel des syn­di­cats SNES, SUD et CGT, une par­tie des en­sei­gnants, une soixan­taine, a choi­si de se mettre en grève.

Souf­france au tra­vail

Nous avons ren­con­tré plu­sieurs en­sei­gnants. Ils dé­crivent une si­tua­tion mal­saine, au­tant pour le corps en­sei­gnant que pour les élèves eux-mêmes. Aux per­tur­ba­tions quo­ti­diennes qui émaillent la vie sco­laire du ly­cée, est ve­nu s’ajou­ter ce qui a fi­ni par dé­clen­cher leur mou­ve­ment de grève : « La di­rec­tion ne ré­agit pas. Il y a un sen­ti­ment d’im­pu­ni­té. La souf­france au tra­vail des en­sei­gnants et des élèves qui veulent tra­vailler ont at­teint un ni­veau cri­tique. Est-ce qu’il faut at­tendre une si­tua­tion cri­tique et une grève pour com­men­cer à avoir des conseils de dis­ci­pline ? En fait, trop de pro­blèmes ne sont pas gé­rés en in­terne en temps et en heure », dé­nonce Ch­ris­tophe Adeline, se­cré­taire SNES au Ly­cée gé­né­ral et tech­no­lo­gique Jean-Gué­hen­no.

Dans le dé­tail, Ch­ris­tophe Adeline parle d’in­ci­vi­li­tés de plus en plus nom­breuses, de « vio­lences ver­bales » et même d’un « cour­rier émis par des élèves avec un ton in­sul­tant vis-à-vis de pro­fes­seurs sans ré­ac­tion de la di­rec­tion de l’éta­blis­se­ment ».

À cette si­tua­tion s’ajoutent, se­lon le re­pré­sen­tant syn­di­cal, « une aug­men­ta­tion des ef­fec­tifs par classe » et une « hé­té­ro­gé­néi­té des ni­veaux dans les classes qui est de­ve­nue in­gé­rable ».

Climat sco­laire in­gé­rable

Pour ces en­sei­gnants, une chose est sûre : un élève qui fran­chit une ligne jaune sans trou­ver de sanc­tion co­hé­rente en face peut se sen­tir con­for­té dans la pos­si­bi­li­té de per­tur­ber le bon dé­rou­le­ment des cours. « Notre hié­rar­chie est cen­sée nous ai­der à tra­vailler sans nous faire en­cou­rir de risques psy­cho­so­ciaux », glisse une en­sei­gnante vi­si­ble­ment écoeu­rée de ce climat.

Pour mon­trer que l’in­ter­syn­di­cale à l’ori­gine de cette grève n’a pas choi­si d’agir sur un simple coup de tête, Ch­ris­tophe Adeline ajoute que de nom­breuses dé­marches ont été en­tre­prises au­près du Co­mi­té d’hy­giène, de sé­cu­ri­té et des condi­tions de tra­vail (CHSCT) dans l’Orne. « Une tren­taine de té­moi­gnages sont re­mon­tés. Le 22 no­vembre 2016, nous avons dé­ci­dé d’écrire au Di­rec­teur aca­dé­mique des ser­vices de l’Édu­ca­tion na­tio­nale, le DASEN, pour de­man­der une vi­site du CHSCT dans l’éta­blis­se­ment. Nous n’avions pas ob­te­nu de ré­ponse de notre di­rec­tion. En déses­poir de cause, on s’est mis en grève ».

Un ren­dez-vous au rec­to­rat

Lun­di 5 dé­cembre, la di­rec­tion du ly­cée Gué­hen­no a re­çu une dé­lé­ga­tion d’en­sei­gnants de 15 h à 17 h. « Il y avait des membres du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’éta­blis­se­ment et quelques col­lègues ex­po­sés à de la vio­lence d’élèves », confie Ch­ris­tophe Adeline.

Sol­li­ci­tée par L’Orne Com­bat­tante, la di­rec­tion de l’éta­blis­se­ment a in­di­qué qu’elle ne sou­hai­tait pas s’ex­pri­mer.

Mar­di 6 dé­cembre cette dé­lé­ga­tion d’en­sei­gnants a été reçue au rec­to­rat au cours de l’après mi­di. Les cours avaient re­pris dès le ma­tin en consé­quence de l’ob­ten­tion de ce ren­dez-vous.

Les pro­fes­seurs gré­vistes parlent de climat in­gé­rable et ne s’es­timent pas sou­te­nus par leur di­rec­tion. La di­rec­tion a fait part de son sou­hait de ne pas s’ex­pri­mer sur le su­jet.

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