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L'Orne Combattante (FL) - - BOCAGE ET SUISSE NORMANDE -

Le Père Lu­cien Le­conte et le­Père Fer­nand Pré­vel au­ront leur nom ins­crit au prin­temps pro­chain sur le Mur d’hon­neur du Jar­din des Justes à Yad Va­shem, en Is­raël. Les Justes par­mi les Na­tions sont ha­bi­li­tés à re­ce­voir une mé­daille et un cer­ti­fi­cat d’hon­neur qui se­ront re­mis lors d’une cé­ré­mo­nie of­fi­cielle or­ga­ni­sée par la mis­sion di­plo­ma­tique is­raé­lienne. Pour ce­la, les au­to­ri­tés is­raé­liennes sont à la re­cherche des des­cen­dants les plus proches des deux ec­clé­sias­tiques.

L’his­toire de ces prêtres s’est trou­vée peu à peu ou­bliée de tous. Mais un cour­rier da­té du 23 no­vembre 2016 du dé­par­te­ment des Justes par­mi les Na­tions re­met l’acte de bra­voure de ces deux hommes en pleine lu­mière. « Le titre de Juste par­mi les Na­tions leur est dé­cer­né pour avoir ai­dé à leurs risques et pé­rils, des juifs pour­chas­sés pen­dant l’Oc­cu­pa­tion. »

Le 23 sep­tembre 1949, le jour­nal La Croix pu­bliait un ar­ticle re­la­tant leur bra­voure. L’éclai­reur ré­gio­nal de l’Ouest et L’Orne Com­bat­tante fai­saient de même. Trois des cinq Is­raé­lites à qui ils avaient sau­vé la vie étaient re­ve­nus en sep­tembre 1949 à Tin­che­bray. Ils s’étaient re­cueillis de­vant la plaque qu’ils avaient fait po­ser dans la cha­pelle Sainte Ma­rie, en l’hon­neur de leurs sau­veurs.

« Le 22 juin 1944, à Tin­che­bray, en pleine ba­taille de Nor­man­die, dans les lignes al­le­mandes, le Très Ré­vé­rend Père Lu­cien Le­conte, su­pé­rieur gé­né­ral re­çoit la vi­site fur­tive d’un homme d’une sa­le­té re­pous­sante sque­lette vivant, rap­por­tait Paul La­butte, jour­na­liste à La Croix, Mon Père, nous sommes 5 juifs, échap­pés des bagnes na­zis… In­utile d’al­ler plus loin, ré­pond le su­pé­rieur. Ame­nez vos ca­ma­rades. Je vous gar­de­rai tous les cinq… »

Ce choix était très ris­qué. Les troupes Al­le­mandes, « sous la pous­sée vic­to­rieuse des Amé­ri­cains em­me­naient avec elles, tel un bé­tail hu­main, les pri­son­niers ci­vils »

Les cinq juifs, four­reurs de leur mé­tier, se sont re­trou­vés jar­di­niers et ou­vriers agri­coles chez les Pères de l’ins­ti­tu­tion Sainte Ma­rie. Du­rant deux jours, ils ont dû se ca­cher dans le gre­nier à foin, puis ve­nir en ram­pant dans le sous-sol d’où ils en­ten­daient au-des­sus de leurs têtes, les of­fi­ciers Al­le­mands. Pen­dant ce temps, les SS en rage fouillent de fond en comble la mai­son ex­plo­rant tout, ex­cep­té le sombre ré­duit sou­ter­rain. Les juifs ont été sau­vés par mi­racle.

27 pri­son­niers Sé­né­ga­lais sous­traits

Le Père Su­pé­rieur des Prêtres de Sainte Ma­rie était né en 1882, à la Guion­nière à Saint-Jean-desBois. Il fit toutes ses études chez les Pères de Tin­che­bray, jus­qu’à la li­cence es-lettres. Il entre au no­vi­ciat et fut en­voyé à Rome suivre les cours de l’uni­ver­si­té gré­go­rienne et pas­ser le doc­to­rat en théo­lo­gie. Puis du­rant 14 ans, il a me­né une rude vie dans l’Al­ber­ta, au Ca­na­da. De re­tour à Tin­che­bray en 1939, avec l’aide des pères Pré­vel et Fau­vel, il cache des avia­teurs al­liés, fait éva­der des pri­son­niers en zone libre, ca­moufle des ré­frac­taires. Il sous­trait même 27 pri­son­niers Sé­né­ga­lais aux Al­le­mands.

Le T.R.P Le­conte est mort un mois après avoir sau­vé les cinq juifs, en août 44, il était at­teint d’une grave ma­la­die. Mais les Is­raé­lites ju­rèrent qu’ils n’ou­blie­raient ja­mais sa mé­moire. Le 15 sep­tembre 1949, trois d’entre eux Moïse Bla­nar, son frère et Sa­lo­mon Bre­zis, pré­sident de l’ad­mi­nis­tra­tion du temple du sé­mi­naire is­raé­lite de France sont ve­nus prier en hé­breu sur la tombe du prêtre ca­tho­lique qui les sau­va de la mort. Une lettre de Ju­lien Weiss, grand rab­bin de Pa­ris fut lue, « que l’éter­nel vous bé­nisse ! » ter­mi­nait-il. L’évêque de Sées, S. Exc. Mgr Pas­quet était pré­sent, tout comme Mon­sieur Rome sous-pré­fet d’Ar­gen­tan. Les trois juifs avaient fait po­ser « un ex-vo­to ex­pri­mant en lettres d’or aux gé­né­ra­tions fu­tures, le té­moi­gnage d’im­mor­telle re­con­nais­sance que des juifs doivent au Sei­gneur, au Très Ré­vé­rend Père Le­conte et à son ins­ti­tut ».

Au­jourd’hui, la Cha­pelle Sainte-Ma­rie conti­nue d’être en­tre­te­nue par l’As­so­cia­tion de Sau­ve­garde de la Cha­pelle. Le pré­sident Jean-Claude Lau­trette a re­çu des cour­riers du pe­tit-fils de l’un des Is­raé­lites sau­vés, éga­le­ment d’Ire­na Stein­feldt, di­rec­trice du Dé­par­te­ment des Justes par­mi les Na­tions. « Une mé­daille et un cer­ti­fi­cat d’hon­neur se­ront re­mis à leurs des­cen­dants les plus proches, et ce, lors d’une cé­ré­mo­nie of­fi­cielle or­ga­ni­sée. Mal­heu­reu­se­ment dans ce cas pré­cis, nous n’avons au­cune in­for­ma­tion sur des membres de la fa­mille de ces justes, ni leur adresse » in­dique Ire­na Stein­feldt, qui es­père re­trou­ver traces des fa­milles. « Quoi­qu’il en soit et in­dé­pen­dam­ment de ce­la, leurs noms se­ront ins­crits sur le Mur d’hon­neur du Jar­din des Justes à Yad Va­shem au prin­temps ou à l’été pro­chain ».

Je vous gar­de­rai tous les cinq Que l’éter­nel vous bé­nisse !

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