Le quo­ti­dien des dé­mi­neurs de Nor­man­die

Ni­cole Klein, pré­fète de Ré­gion, avait vu tra­vailler les dé­mi­neurs après l’at­ten­tat de Saint-Etienne-Du-Rou­vray. Le 14 dé­cembre, elle a ren­du vi­site à ces hommes de sang-froid.

L'Orne Combattante (FL) - - BOCAGE ET SUISSE NORMANDE -

Mar­di 26 juillet 2016, à Saint-Etienne-du-Rou­vray, pen­dant que Fran­çois Hol­lande et Ma­nuel Valls sont à deux pas, tout près de la pe­tite église où le Père Ha­mel a sau­va­ge­ment été tué par deux ter­ro­ristes se ré­cla­mant de Daesh, une équipe de dé­mi­neurs du centre in­ter­dé­par­te­men­tal de Nor­man­die est aus­si sur place. La mis­sion du ser­vice : neu­tra­li­ser les cein­tures d’ex­plo­sifs que sem­blaient por­ter les deux ter­ro­ristes abat­tus par la po­lice.

Équi­pés de com­bi­nai­sons de kev­lar, les dé­mi­neurs sont au con­tact des corps des deux fa­na­tiques. « Fi­na­le­ment, il ne s’agis­sait pas de cein­ture d’ex­plo­sifs, mais de leurres… », ra­conte Pierre*, le chef de centre ins­tal­lé de­puis dix ans dans la ré­gion de Caen.

Des hommes au coeur de l’ac­tion

Ils sont 11 fonc­tion­naires à se re­layer 24h sur 24, 365 jours par an pour ré­pondre à toutes les sol­li­ci­ta­tions dans une zone concer­nant les dé­par­te­ments du Cal­va­dos, de la Seine-Ma­ri­time et de l’Orne. Le dé­par­te­ment de l’Eure étant rat­ta­ché à une uni­té ba­sée en ré­gion pa­ri­sienne. Mer­cre­di 14 dé­cembre 2016, ces hommes au sang-froid in­com­pa­rable, ont re­çu la vi­site de Ni­cole Klein, pré­fète de la Ré­gion Nor­man­die, ac­com­pa­gnée de Laurent Fis­cus, pré­fet du Cal­va­dos.

« J’ai vé­cu de l’in­té­rieur les opé­ra­tions qui ont im­mé­dia­te­ment sui­vi l’at­ten­tat de Saint-Etienne du Rou­vray. Nous étions sur place de­puis 11h le ma­tin, avec le pré­sident de la Ré­pu­blique et le Pre­mier mi­nistre. Nous avons at­ten­du l’ar­ri­vée des dé­mi­neurs et sui­vi leur ac­tion. Vers 15h30, tout avait été vé­ri­fié, ce n’est qu’à par­tir de ce mo­ment-là que tout était ter­mi­né… Le rôle de ces hommes est très im­por­tant car ce ser­vice est au coeur de l’ac­tion. Je m’étais alors pro­mis de ve­nir les voir. »

En Nor­man­die, l’ac­ti­vi­té des dé­mi­neurs est le plus sou­vent tour­née vers la neu­tra­li­sa­tion des en­gins et mu­ni­tions de la Se­conde Guerre mon­diale. « Sept siècles se­raient né­ces­saires pour tout net­toyer tel­le­ment il y en a », se­lon Laurent Fis­cus. L’émer­gence du ter­ro­risme dans le quo­ti­dien na­tio­nal « a en­traî­né des mis­sions nou­velles, né­ces­si­tant des exer­cices et en­traî­ne­ments dif­fé­rents, liés aux ma­té­riels uti­li­sés par les ter­ro­ristes. À 99,9 %, nous connais­sons tous les ma­té­riels et ex­plo­sifs », in­dique Pierre.

20 t de mu­ni­tions neu­tra­li­sées en 2016

En 2016, le ser­vice in­ter­dé­par­te­men­tal ba­sé à Caen, a dû ré­pondre à un mil­lier de de­mandes d’in­ter­ven­tions, dont 400 pour le seul dé­par­te­ment du Cal­va­dos. 20 tonnes de mu­ni­tions ont été neu­tra­li­sées. 40 à 50 in­ter­ven­tions ont concer­né des co­lis ou ba­gages sus­pects. « Nous avons aus­si par­ti­ci­pé à des per­qui­si­tions dans le cadre d’opé­ra­tions anti-ter­ro­riste », pour­suit le chef de centre.

Mé­tier à risque s’il en est, le dé­mi­nage est avant tout une science et une école de pa­tience. « Nous tra­vaillons tou­jours en bi­nôme, de ma­nière à mieux éva­luer les si­tua­tions et les modes d’ac­tions. Un ro­bot nous aide éga­le­ment à in­ter­ve­nir à dis­tance. »

Les mu­ni­tions les plus pe­tites sont sou­vent les plus dan­ge­reuses

La me­nace la plus sé­rieuse se­rait de sous-es­ti­mer les risques. C’est pour­quoi les col­lec­tion­neurs de ves­tiges de la Se­conde Guerre mon­diale, par­ti­cu­liè­re­ment nom­breux dans le Cal­va­dos, sont ex­po­sés. « Un obus de deux cen­ti­mètres de dia­mètre sou­vent confon­du avec une balle, peut vous tuer en cas de mau­vaises ma­ni­pu­la­tions. Et on trouve beau­coup de ce type de mu­ni­tions ici », in­siste Laurent Fis­cus.

Les ha­bi­tants et les agri­cul­teurs en sont même de­ve­nus col­lec­tion­neurs. La po­pu­la­tion est tel­le­ment ha­bi­tuée qu’elle ne se rend plus compte de la dan­ge­ro­si­té de ces mu­ni­tions.

Le dan­ger est aus­si in­si­dieux, car sou­vent en­foui sous quelques cen­ti­mètres de terre. Pour preuve, pen­dant près de 70 ans, les pro­me­neurs ont uti­li­sé un pe­tit coin des Bat­te­ries de Longue sur Mer (14) pour sou­la­ger un be­soin pres­sant… Un jour, la mu­ni­ci­pa­li­té a dé­ci­dé de net­toyer l’en­droit. En grat­tant quelques cen­ti­mètres de la sur­face du sol, les em­ployés mu­ni­ci­paux ont aper­çu un mor­ceau de mé­tal. L’in­ter­ven­tion des dé­mi­neurs a per­mis de dé­cou­vrir… 57 obus al­le­mands !

Phi­lippe Rif­flet

* Pré­nom d’em­prunt

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