4 ans de pri­son pour le bra­queur des par­kings

Re­con­nu cou­pable de vols à main ar­mée à Dom­front et Rives-d’An­daine, l’homme qui avait bra­qué des vé­hi­cules aux sta­tions-ser­vice de deux su­per­mar­chés a été condam­né jeu­di 22 dé­cembre à 5 ans de pri­son, dont 4 ans ferme.

L'Orne Combattante (FL) - - ENTRE BOCAGE ET SUISSE NORMANDE -

Dom­front/Ri­vesd’An­daine. A Rives-d’An­daine (La Cha­pelle-d’An­daine), le 17 oc­tobre, une quin­qua­gé­naire fait son plein de car­bu­rant à la sta­tion-ser­vice d’un su­per­mar­ché. Tout à coup, elle voit ar­ri­ver sur elle, en criant, un homme ar­mé, cas­qué et gan­té. Ce­lui-ci lui as­sène un coup sur le crâne au moyen de la crosse de l’arme de poing qu’il tient à la main.

La vic­time se re­trouve as­sise sur son siège puis dans la fou­lée sur le sol. Elle ré­pond à son agres­seur en lui don­nant éga­le­ment des coups. Ce­lui-ci la braque alors au moyen de son arme et lui in­time l’ordre de lui re­mettre les clefs de sa voi­ture, une Golf Volks­wa­gen. S’en em­pa­rant, il quitte les lieux en em­por­tant les af­faires de la pro­prié­taire.

Trau­ma­tisme

Les gen­darmes sont avi­sés. La vic­time four­nit une des­crip­tion som­maire de l’au­teur des faits. Elle pré­cise qu’il por­tait une ca­goule de mo­to sous son casque, qu’elle pen­sait que l’arme était fac­tice mais que dans le doute elle avait pré­fé­ré re­mettre les clefs. Plu­sieurs té­moins en­ten­dus cor­ro­bo­re­ront ses dires.

Con­duite à l’hô­pi­tal, elle se fe­ra dé­li­vrer un cer­ti­fi­cat mé­di­cal pres­cri­vant 10 jours d’ ITT (In­ter­rup­tion tem­po­raire de travail). Elle souffre no­tam­ment d’un hé­ma­tome de 10 cen­ti­mètres au cuir che­ve­lu. Vue par un ex­pert psy­cho­logue, ce­lui-ci men­tion­ne­ra qu’elle vit de­puis les faits dans un état de stress quo­ti­dien qui lui cause un pré­ju­dice im­por­tant dans tous les do­maines de la vie.

L’en­quête de voi­si­nage me­née par les gen­darmes et la géo­lo­ca­li­sa­tion du té­lé­phone por­table dé­ro­bé à la vic­time n’ap­portent au­cun élé­ment dans un pre­mier temps.

Tra­hi par son ADN

Deux jours plus tard, lors de nou­velles consta­ta­tions sur les lieux des faits, les mi­li­taires dé­couvrent une cache dans un buis­son for­mée de branches en­fon­cées dans le sol. Un morceau de pa­pier pro­ve­nant d’un pa­quet de ci­ga­rettes est dé­cou­vert dans l’écorce d’un arbre.

De l’ADN est pré­le­vé, ce­lui-ci cor­res­pond à ce­lui d’un homme de 27 ans, or­nais à l’époque, qui se­ra in­ter­pel­lé dans les Vosges, fin no­vembre.

Entre-temps, son ex-com­pagne s’est ren­due à la gen­dar­me­rie pour re­la­ter que l’in­té­res­sé était un jour ar­ri­vé au do­mi­cile à bord d’un Ci­troën Pi­cas­so, soi­di­sant prêté par un co­pain. Elle ex­plique qu’elle a des doutes car les plaques mi­né­ra­lo­giques avant et ar­rière sont dif­fé­rentes.

Quelques mois plus tôt à Dom­front

Les gen­darmes font alors la re­la­tion avec un vol com­mis à Dom­front le 11 avril 2016 avec le même mode opé­ra­toire.

Ce jour-là, tôt le ma­tin, un homme fait le plein, là en­core à la sta­tion-ser­vice d’un su­per­mar­ché, avant d’al­ler au travail. Alors qu’il vient de s’as­seoir dans sa voi­ture, un homme en­ca­gou­lé et gan­té ouvre vio­lem­ment la por­tière, le braque d’une arme de poing en ré­cla­mant sa carte ban­caire et son code, avant de mon­ter dans le vé­hi­cule et par­tir. La vic­time dé­cla­re­ra lors de l’en­quête avoir eu peur d’être for­cée à mon­ter avec son vo­leur. Le mé­de­cin lé­giste qui le consul­te­ra men­tion­ne­ra un stress ai­gu en­traî­nant une ma­la­die der­ma­to­lo­gique et il dé­li­vre­ra une ITT de 6 jours. Les in­ves­ti­ga­tions me­nées n’amè­ne­ront au­cun élé­ment jus­qu’à l’au­di­tion de l’ex-com­pagne du pré­ve­nu.

Cette der­nière dé­crit l’in­té­res­sé comme toxi­co­mane, pré­ci­se­ra qu’il chan­geait sou­vent de nu­mé­ro de té­lé­phone et qu’il était en pos­ses­sion d’un casque de mo­to, d’une ca­goule, de gants ain­si que d’un pis­to­let d’alarme. Elle dé­cla­re­ra éga­le­ment qu’il fume des ci­ga­rettes de la marque re­trou­vée par les en­quê­teurs.

Le pré­ve­nu nie en bloc

Le pré­ve­nu, sous es­corte, étant en dé­ten­tion pro­vi­soire de­puis le 24 no­vembre, nie tout vol. Lors de l’en­quête, il s’est re­fu­sé à toute dé­cla­ra­tion. A la barre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel d’Ar­gen­tan, jeu­di 22 dé­cembre, il se montre un peu plus lo­quace. Il pré­cise qu’il n’a pas vou­lu par­ler lors de l’en­quête sur les conseils de son avo­cat. A ses dires, les ré­vé­la­tions de son ex­com­pagne ne sont que men­songes, « elle l’a mau­vaise » dit-il. Il ajoute que « ce n’est pas parce que je fume que je suis un vo­leur, elle s’est trom­pée to­ta­le­ment ».

Quant aux voi­tures, il dit ne pas les avoir vo­lées mais les avoir ache­tées à des « voya­geurs » avec ses éco­no­mies. Ne tra­vaillant pas, il au­rait se­lon lui, consti­tué une ti­re­lire avec le temps, pré­cise qu’il s’est fait ar­na­quer car il n’a ja­mais eu les pa­piers des voi­tures comme ce­la était pré­vu. Pour ce qui est des deux plaques dif­fé­rentes sur le Pi­cas­so, il dé­clare ne pas l’avoir re­mar­qué.

Lors de son in­ter­pel­la­tion, la Golf est re­trou­vée sta­tion­née à 500 mètres de son do­mi­cile. La per­qui­si­tion ef­fec­tuée dans sa chambre per­met­tra la dé­cou­verte des clefs de la Golf, des stu­pé­fiants et de la mé­tha­done. Lors de la per­qui­si­tion du vé­hi­cule, il est trou­vé des jeux de plaques mi­né­ra­lo­giques dont un dé­ro­bé mi-oc­tobre à Rives-d’An­daines, en­core sur un par­king.

In­ter­ro­gé à ce su­jet, il ré­pond qu’il igno­rait la pré­sence de ces plaques.

Une dé­fense « ha­sar­deuse »

Me In­grid Le­tour­neux, avo­cate de la pro­prié­taire de la Golf, fait re­mar­quer qu’il était im­por­tant pour sa cliente de mettre un vi­sage sur son agres­seur. A son sens, la culpa­bi­li­té du mis en cause ne fait au­cun doute et ses dé­né­ga­tions sont par­ti­cu­liè­re­ment mal­ve­nues. Elle pré­cise que la par­tie ci­vile n’est pas sor­tie de chez elle du­rant 15 jours suite à ce vol, qu’elle a tou­jours des an­goisses et qu’elle est tou­jours trau­ma­ti­sée, ajou­tant qu’elle doit en­ta­mer une thé­ra­pie. Une somme d’en­vi­ron 7 500 € est de­man­dée au titre des divers pré­ju­dices.

Se­lon Ma­rion Vi­nault, sub­sti­tut du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique, le pré­ve­nu a pris un che­min ha­sar­deux en dé­ci­dant de nier l’évi­dence et de « ra­con­ter n’im­porte quoi ». Elle es­time que le pré­ve­nu est peu cré­dible dans ses dé­cla­ra­tions. Elle se dit par ailleurs in­quiète du fait qu’il n’ait au­cune consi­dé­ra­tion pour ses vic­times avant de rap­pe­ler que les faits com­mis au­raient pu être ju­gés par une cour d’as­sises. La ma­gis­trate re­quiert une peine d’em­pri­son­ne­ment ferme as­sor­tie de di­verses obli­ga­tions et in­ter­dic­tions.

Se­lon Me Marc Pois­son pour la dé­fense, il y a des zones d’ombre dans le dos­sier. Pour lui, les faits ne rentrent pas dans le par­cours ju­di­ciaire de son client dont le ca­sier sup­porte quatre men­tions dont trois pour des faits d’in­frac­tions rou­tières. Il sou­haite qu’il n’y ait pas de condam­na­tion et que, si tel est le cas, la peine pro­non­cée ne soit pas trop lourde.

4 ans de pri­son ferme

Dé­cla­ré cou­pable, le pré­ve­nu est condam­né confor­mé­ment aux ré­qui­si­tions. Il écope de 5 ans d’em­pri­son­ne­ment dont 1 an avec sur­sis et une mise à l’épreuve de 24 mois. Son main­tien en dé­ten­tion est or­don­né. Il est sou­mis par ailleurs aux obli­ga­tions de travail et d’in­dem­ni­ser les vic­times. Il lui est éga­le­ment in­ter­dit d’en­trer en contact avec celles-ci, de pa­raître dans l’Orne et de dé­te­nir une arme.

Les par­ties ci­viles sont dé­cla­rées re­ce­vables.

La pro­prié­taire de la Golf se voit al­louer plus de 6 000 € ain­si qu’une somme de 800 € pour les frais de jus­tice, ce­lui du Pi­cas­so ob­tient 480 €.

Le pré­ve­nu avait com­mis un vol à main ar­mée le 17 oc­tobre 2016 à la sta­tion-ser­vice d’un su­per­mar­ché de Rives-d’An­daine, et en avril der­nier à Dom­front-en-Poi­raie. Il a été condam­né à 4 ans de pri­son (pho­to d’ar­chives).

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