Fer­tois d’ori­gine, Jé­ré­my Col­la­do ra­conte François Hol­lande

Fils de Jo­sé Col­la­do, Conseiller dé­par­te­men­tal et maire-ad­joint à La Fer­té-Ma­cé, Jé­ré­my Col­la­do est jour­na­liste à Nice-Ma­tin. Pas­sion­né de po­li­tique, il a sor­ti fin no­vembre 2016, un ou­vrage sur la jeu­nesse de François Hol­lande, comment il s’est construit

L'Orne Combattante (FL) - - LA FERTÉ - Propos re­cueillis par Mi­chel Mo­ri­ceau

Quel est votre par­cours ?

Je suis né à Flers le 24 mai 1989 dans une fa­mille po­pu­laire. Mes pa­rents sont pro­fes­seurs dans le tech­nique. Mes grand­mères sont femmes de mé­nage et mes grand-pères ou­vriers agri­coles et hor­ti­cul­teurs. A la mai­son, on m’a ap­pris à tra­vailler pour s’en sor­tir. C’est grâce à la ren­contre de cer­tains pro­fes­seurs, au ly­cée, que je me suis des­ti­né à des études longues, ce qui n’était pas for­cé­ment joué d’avance. J’ai fait un Bac L puis une pré­pa à Caen avant de par­tir à Pa­ris étu­dier le droit, la science po­li­tique, et ren­trer à Scien­cesPo. C’est pen­dant mes an­nées à Caen que j’ai fait mes pre­miers pe­tits bou­lots et stages, no­tam­ment à Agrial et dans les bars et res­tau­rants de la côte nor­mande. Pour­quoi avoir choi­si le mé­tier de jour­na­liste ?

A Sciences-Po, j’ai eu la chance de ren­con­trer le réa­li­sa­teur Serge Moa­ti, qui m’a em­me­né dans ses va­lises pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle de 2012. Je l’ai sui­vi dans ses do­cu­men­taires, j’ai par­ti­ci­pé à l’écri­ture de ses émis­sions. Je suis pas­sion­né par la po­li­tique et c’était une ex­pé­rience ex­tra­or­di­naire. Voir en cou­lisses les po­li­tiques, comment se construisent les stra­té­gies, les idées… et ceux qui les in­carnent. J’étais par exemple au der­nier mee­ting de Sar­ko­zy à la Mu­tua­li­té. Un dis­cours «d’adieu» très émou­vant qui, en réa­li­té, n’en était pas un. Lo­gi­que­ment, je me suis di­ri­gé vers le jour­na­lisme po­li­tique. Quelles sont vos ac­ti­vi­tés au­jourd’hui ?

Je suis jour­na­liste à Ni­ce­Ma­tin et j’écris éga­le­ment pour Slate.fr, le ma­ga­zine en ligne de Jean-Ma­rie Colom­ba­ni, et pour la re­vue po­li­tique «Charles». J’écris des por­traits, de longues en­quêtes, mais j’aime aus­si le re­por­tage. On peut voir sur le terrain comment se construit la po­li­tique. Ce ne sont pas uni­que­ment les élus mais ceux qui sont concer­nés par la po­li­tique, ceux qui la font, ceux qui sont im­pac­tés par les me­sures des po­li­tiques. Les jour­na­listes doivent re­ve­nir à la base : le terrain, l’hu­main, afin de ra­con­ter au mieux des his­toires en phase avec la réa­li­té. Ils sont trop dé­con­nec­tés des réa­li­tés. En sor­tant en sep­tembre votre 1er ou­vrage Le bon­heur en po­li­tique qu’avez­vous dé­cou­vert ?

Que les po­li­tiques sont par­fois des hommes et des femmes comme les autres. Est-ce une bonne nou­velle ? Je n’en sais rien. Ima­gine-t-on le Gé­né­ral de Gaulle par­ler de son bon­heur ? Ce qui m’in­té­res­sait, c’était de com­prendre le che­mi­ne­ment po­li­tique de nos élus : comment ils s’étaient construits ? Quelle était leur vi­sion du monde per­son­nelle ? A ce titre, François Bay­rou fut l’un des plus in­té­res­sants. Il a dé­cou­vert très tôt la fra­gi­li­té des choses quand son père est mort d’un ac­ci­dent du tra­vail alors que Bay­rou avait à peine plus de 20 ans. Il a dû jouer le rôle du chef de fa­mille. Ce­la a for­gé sa fa­çon de faire de la po­li­tique et d’être un chef. Bru­no Le Maire aus­si a été pas­sion­nant. Il a une vi­sion du monde ins­pi­rée par la lit­té­ra­ture et l’his­toire. Et il re­ven­dique le droit au bon­heur. Or le bon­heur est ta­bou au­jourd’hui : on parle du bon­heur in­di­vi­duel mais ja­mais du bon­heur col­lec­tif. Ce­lui qui ne se me­sure pas par des in­di­ca­teurs éco­no­miques : la fier­té d’être Fran­çais, de par­ler une belle langue, de trans­mettre un hé­ri­tage. C’est aus­si ça qui nous rend heu­reux – et qui rend heu­reux les po­li­tiques – plus que d’avoir une belle voi­ture ou beau­coup d’ar­gent… Avec votre ou­vrage sur François Hol­lande, quels étaient vos ob­jec­tifs ?

Je vou­lais ra­con­ter l’en­fance du pré­sident de la Ré­pu­blique et sor­tir des ca­ri­ca­tures. De­puis son pas­sage chez Max Gal­lo por­te­pa­role du gou­ver­ne­ment dans les an­nées 80, François Hol­lande a noué une étroite re­la­tion avec les jour­na­listes. Résultat, tout le monde le connais­sait mais per­sonne n’a vrai­ment creu­sé le per­son­nage. Sauf François Ba­chy et Serge Raf­fy, qui ont fait deux bio­gra­phies très fouillées. De son père Al­gé­rie Fran­çaise à son pas­sage à l’école ca­tho en pas­sant par HEC, où il se forge ses convic­tions so­cial-li­bé­rales, sa jeu­nesse ex­plique beau­coup de choses. C’est quel­qu’un qui a tou­jours fait at­ten­tion à tout, aux moindres dé­tails, et qui a sus­ci­té sa chance sans ja­mais prendre de dé­ci­sions ré­vo­lu­tion­naires. François Hol­lande est un prag­ma­tique, pas un idéo­logue. l est lucide sur la réa­li­té et n’a ja­mais pris de gros risques. Est-ce fa­cile de par­ler de quel­qu’un sans le ren­con­trer ?

Je l’ai contac­té au dé­but de mon en­quête. Il m’a don­né le nom d’une di­zaine de per­sonnes que je suis al­lé voir. Puis j’ai ren­con­tré de nom­breuses autres per­sonnes, j’ai lu ce qui avait dé­jà été écrit sur lui. J’ai par­lé à cer­tains de ses amis qui se confient très peu, comme Hol­lande d’ailleurs : An­dré Mar­ti­nez, Jean-Marc Ja­naillac, des gens qui le connaissent bien et qui vous ex­pliquent qu’eux­mêmes ont du mal à cer­ner leur propre ami. Mal­heu­reu­se­ment, Hol­lande n’a pas pris le temps de me par­ler. Quand j’ai de­man­dé à ses proches conseillers pour­quoi, alors même qu’il avait ren­con­tré cer­tains jour­na­listes pen­dant des heures, on m’a ré­pon­du : il n’a ja­mais dit oui, mais n’a pas dit non. C’est un peu François Hol­lande. Il est se­cret. Le livre n’est là ni pour le ser­vir, ni pour lui dé­plaire. Il ra­conte hon­nê­te­ment ce qu’il est de­ve­nu au fil de sa jeu­nesse. La Nor­man­die tient une grande place dans sa vie ?

Oui. Son père était un mé­de­cin ORL qui vo­mis­sait la po­li­tique et vo­tait à l’ex­trême-droite. Il dé­dai­gnait com­plè­te­ment l’en­ga­ge­ment de son fils. Il a fait dé­mé­na­ger sa fa­mille de Rouen jus­qu’à Neuilly en 1968. Or François Hol­lande n’a ja­mais été aus­si heu­reux qu’en Nor­man­die, au mi­lieu des vaches et des champs, où il a pas­sé une en­fance nor­male, pro­vin­ciale, calme. Son pas­sage à l’école Jean-Bap­tiste de La Salle à Rouen n’était pas très drôle : c’était une édu­ca­tion stricte et re­li­gieuse mais pas hor­rible non plus. Or Hol­lande semble faire abs­trac­tion de ce pas­sage chez les «ca­thos», à la fois parce qu’il n’a pas ai­mé cette école et parce qu’il est mal à l’aise de dire qu’il n’est pas un laï­card pur et dur, ce qui est plu­tôt la tradition d’une cer­taine gauche.

Aux cô­tés de… Serge Moa­ti François Bay­rou, Bru­no Le Maire Hol­lande : un prag­ma­tique Garde à vue

Et cô­té anec­dotes ?

Une chose d’abord : François Hol­lande a sou­vent dit qu’il avait joué au foot au club de Rouen. Or je n’ai trou­vé au­cune trace de son pas­sage là-bas, ni de li­cence à son nom. Il est pos­sible que la li­cence ait dis­pa­ru. Et comme la plu­part des édu­ca­teurs de l’époque ne sont plus là pour en par­ler. Si­non, il y a cette ex­pé­di­tion mon­tée par Hol­lande et deux co­pains à lui qui veulent par­tir en va­cances faire le tour d’Eu­rope. Ils ac­quièrent un J7, une sorte de ca­mion­nette d’époque, mais il manque le vo­lant. Ils se rendent une nuit sur le Bou­le­vard Ney à Pa­ris pour en vo­ler un sur un J7 sta­tion­né. Sauf que la po­lice tombe sur eux et les em­barque. Ils passent la nuit en garde à vue au mi­lieu de ban­dits et de pros­ti­tuées, avant que la mère de Hol­lande ne vienne les cher­cher au com­mis­sa­riat. Votre pro­chain ou­vrage Le père par­fait est une or­dure traite de la pa­ter­ni­té au­jourd’hui. Qu’en­ten­dez­vous par ce titre ?

Le livre doit sor­tir en mai 2017. Ce se­ra un ré­cit ins­pi­ré de ma pa­ter­ni­té. Ce n’est pas fa­cile d’avoir une fille à 25 ans quand on ne sait pas rem­plir une fiche de sé­cu­ri­té so­ciale. C’est un ré­cit pour dé­cul­pa­bi­li­ser les pa­rents d’au­jourd’hui. Au­cun pa­rent n’est par­fait ! Où se pro­cu­rer vos livres ?

En li­brai­rie et dans cer­taines grandes sur­faces pour en­vi­ron 15 à 20 €, en at­ten­dant peu­têtre une ver­sion poche.

Jé­ré­my Col­la­do avec la cou­ver­ture de son livre sor­ti fin no­vembre 2016.

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