His­toire : une er­reur à ré­pa­rer

En mars 1917, l’Athi­sien Al­phonse Le­moine était fu­sillé pour l’exemple. 100 ans après, un autre Athi­sien se bat pour ré­ha­bi­li­ter sa mé­moire.

L'Orne Combattante (FL) - - LA UNE - Guy Val­lée

Au cours de la Grande Guerre 14-18, tous les sol­dats ne sont pas morts sous les balles de l’en­ne­mi. 953 d’entre-eux ont été fu­sillés par leur propre ar­mée après être pas­sés de­vant le conseil de guerre, dont 639 pour déso­béis­sance mi­li­taire, 140 pour des faits de droit com­mun, 127 pour es­pion­nage, 47 pour mo­tifs in­con­nus. Les 639 fu­sillés pour déso­béis­sance mi­li­taire, mieux connus par l’opi­nion sous le nom de fu­sillés pour l’exemple, sont ceux qui furent exé­cu­tés pour aban­don de poste en pré­sence de l’en­ne­mi, re­fus d’obéis­sance, dé­ser­tion à l’en­ne­mi, voies de fait en­vers un su­pé­rieur, ca­pi­tu­la­tion en rase cam­pagne et ins­ti­ga­tion à la ré­volte.

Huit Or­nais fu­sillés

Par­mi ceux-ci huit Or­nais dont un Athi­sien, Al­phonse, Fer­di­nand, Jules Le­moine, né le 2 août 1876 au vil­lage de la Tel­le­rie. Il était le fils de Jean, Vic­tor et d’Aline, Mé­li­na Le­moine, tous deux tis­se­rands. Il était le seul gar­çon de la fa­mille, né après sa soeur Clé­mence, Aline, en 1875. Il a eu une 2e soeur, Ma­rie-Louise, qui n’a vé­cu qu’une jour­née, entre le 5 et le 6 juillet 1883. Près de 100 après, un ha­bi­tant de la com­mune, Joël Le­quier, tente de le ré­ha­bi­li­ter et de faire ins­crire son nom sur le mo­nu­ment aux morts de la com­mune.

Le jeune Le­moine a été or­phe­lin à l’âge de 12 ans. Il avait 10 ans lorsque son père est dé­cé­dé en 1886 et sa mère 2 ans plus tard. Ils avaient res­pec­ti­ve­ment 39 et 41 ans le jour de leur dé­cès puisque tous deux étaient nés en 1847. C’est une grand­mère qui a éle­vé Jules Le­moine (le pré­nom usuel qui fi­gure sur son était ci­vil). Très tôt, le jeune Le­moine a quit­té Athis pour tra­vailler comme do­mes­tique dans la fro­ma­ge­rie de Mor­teau-Cou­li­beuf. Le 13 no­vembre 1899, il a été in­cor­po­ré au 5e RI (ré­gi­ment d’in­fan­te­rie) où il a ob­te­nu un cer­ti­fi­cat de bonne conduite.

Jules Le­moine a en­suite beau­coup voya­gé. Do­mi­ci­lié à Caen, rue du Pays-d’Auge en 1900, puis, à Ban­ne­ville-la-Cam­pagne (Cal­va­dos), en 1901, il a en­suite tra­vaillé à Brest en 1903 avant de par­tir en 1904 en Amé­rique du Nord où l’on re­trouve sa trace à New York et à Syd­ney, (ville de l’état de l’Ohio). De re­tour en France en 1905, il a sé­jour­né à Or­bec, La Fer­té-Vi­dame, dans l’Orne, en 1906, Pé­ronne, dans la Sommes en 1907. C’est en 1906 qu’ap­pa­raît une pre­mière condam­na­tion le 4 mai, par le tri­bu­nal de Li­sieux pour in­frac­tion à la po­lice du che­min de fer. Ar­rê­té le 21 mars 1907, il a fait l’ob­jet d’une or­don­nance de non-lieu.

Il a été mo­bi­li­sé comme de nom­breux autres, le 14 août 1914. Son dos­sier mi­li­taire fait res­sor­tir une dis­po­ni­bi­li­té dans l’ar­mée ac­tive le 20 sep­tembre 1898, nom­mé ré­ser­viste le 1er no­vembre 1900, il a ef­fec­tué une pre­mière pé­riode au 19e RI de Brest, du 24 août au 20 sep­tembre 1903 puis une deuxième, du 20 mars au 17 avril 1907 au 8e ba­taillon des chas­seurs à pied. Il est af­fec­té dans l’ar­mée ter­ri­to­riale, le 1er oc­tobre 1910, il a fait une pé­riode d’exer­cices, du 5 au 13 mars 1913.

Abat­tu à l’aube

Dès le dé­but de la guerre, les en­nuis de Jules Le­moine avec ses su­pé­rieurs ont com­men­cé. Cer­tai­ne­ment peu en­clin à ac­cep­ter les ordres de ses su­pé­rieurs dans ces condi­tions de com­bats très dif­fi­ciles, il a été condam­né le 10 mais 1915 à 7 ans de tra­vaux pu­blics par le conseil de guerre de la 37e di­vi­sion d’in­fan­te­rie pour ivresse et ou­trages à un su­pé­rieur pen­dant le ser­vice. Sa peine a été sus­pen­due et le 5emai 1916, il a été in­cor­po­ré au 5 RIT. Le 5 mars 1917, il a été condam­né à mor­te­par le conseil de guerre de la 8 Ar­mée pour voie de fait en­vers un su­pé­rieur, ivresse et aban­don de poste, le 7 oc­tobre 1916. Il a été fu­sillé, le 10 mars 1917, à 5 h 30, à Tan­ton­ville, en Meurthe-et-Mo­selle, où il a été en­ter­ré dans le car­ré mi­li­taire.

À la re­cherche de la fa­mille

En no­vembre 2015, l’Athi­sien Joël Le­quier, a or­ga­ni­sé une ex­po­si­tion sur la Guerre 14-18 et a me­né des re­cherches sur ce sol­dat athi­sien fu­sillé pour l’exemple.

« À l’époque, je n’avais pas fait de re­cherches sur sa sé­pul­ture. De­puis, j’ai dé­cou­vert qu’il re­po­sait dans le car­ré mi­li­taire du ci­me­tière de Tan­ton­ville, au­près de 2 autres sol­dats. Je suis al­lé sur place, le 9 no­vembre der­nier, et j’ai dé­cou­vert sa tombe sur la­quelle j’ai dé­po­sé une rose. C’est un sol­dat au­jourd’hui ou­blié des Athi­siens et son nom ne fi­gure pas sur le mo­nu­ment aux morts de la com­mune puisque fu­sillé pour l’exemple. J’es­père que l’on ob­tien­dra un jour sa ré­ha­bi­li­ta­tion comme ce­la s’est dé­jà fait pour de nom­breux sol­dats dans son cas. Pour ce­la, il fau­drait que je re­trouve la trace des des­cen­dants de sa fa­mille pour lan­cer la pro­cé­dure de ré­ha­bi­li­ta­tion. »

L’Athi­sien Joël Le­quier, pas­sion­né par la Guerre 14-18, a fait des re­cherches sur le seul sol­dat Athi­sien fu­sillé pour l’exemple en mars 1917.

La tombe du sol­dat athi­sien Jules, Al­phonse, Fer­di­nand Le­moine, dans le car­ré mi­li­taire de Tan­ton­ville (54), telle que Joël Le­quier l’a dé­cou­verte en no­vembre 2016.

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