Asile Ste-Ma­rie : har­cè­le­ment ou ca­lom­nies ?

Que se passe-t-il à l’éta­blis­se­ment pour per­sonnes âgées dé­pen­dantes L’Asile de Ma­rie ? Des sa­la­riés dé­noncent les condi­tions ; la di­rec­trice parle de « dé­non­cia­tions ca­lom­nieuses ». L’agence ré­gio­nale de santé et l’ins­pec­tion du tra­val ont sai­si le par­qu

L'Orne Combattante (FL) - - LA UNE - Au­drey Che­val­lier

Thu­ry-Har­court. Une ving­taine de dé­mis­sions, 11 sa­la­riés dé­cla­rés in­aptes dans cet éta­blis­se­ment par la mé­de­cine du tra­vail, une rup­ture conven­tion­nelle, une hos­pi­ta­li­sa­tion et quelques contrats non re­nou­ve­lés, le constat, énon­cé par quelques sa­la­riés, s’il s’avère confir­mé, donne le tour­nis.

« Et tout ce­la, seule­ment de­puis 2013 », ap­puie John Sa­liou, se­cré­taire gé­né­ral CGT 14.

De la mal­trai­tance ins­ti­tu­tion­nelle

Ce lun­di-là, au­tour de la table, ils sont quatre sa­la­riés et ex-sa­la­riés de l’Ephad. So­li­dai­re­ment, ils condamnent ce qu’ils ap­pellent de la « mal­trai­tance ins­ti­tu­tion­nelle ». Leurs mots sont durs. « Au quo­ti­dien, c’est du har­cè­le­ment, du fli­quage, des coups de fils in­ces­sants… On m’a même de­man­dé de trou­ver des fautes afin de pou­voir vi­rer quel­qu’un », té­moigne une in­fir­mière co­or­di­na­trice sous cou­vert d’ano­ny­mat. « Ce­la, au point de mettre la sé­cu­ri­té des ré­si­dents en dan­ger. »

Des sa­la­riés épui­sés…

Des ré­cits comme ce­lui-là, An­nie* en au­rait des di­zaines. « J’ai trois che­mises rem­plies. » Ar­ri­vée de­puis quelques mois dans l’éta­blis­se­ment, celle qui se dit « mise au pla­card » se bat au­jourd’hui pour dé­fendre les « in­té­rêts des équipes ». « J’étais res­pon­sable ; j’ai poin­té des dys­fonc­tion­ne­ments mais aus­si trou­vé des sa­la­riés épui­sés », dé­voile-t-elle les yeux rou­gis. « Elles-mêmes se sentent mal­trai­tantes. Ce que je leur dis c’est qu’elles font avec les moyens qu’on leur donne. » En sep­tembre, elle au­rait clai­re­ment dit à sa res­pon­sable qu’elle ne va­li­dait pas ses ac­tions, « au nom de l’éthique, de la dé­on­to­lo­gie ». La goutte d’eau : une in­toxi­ca­tion ali­men­taire au sein de l’éta­blis­se­ment. « L’en­semble des ré­si­dents a été confi­né dans sa chambre pen­dant 30 jours. Une dé­ci­sion im­po­sée par la di­rec­tion. » En cui­sine, une sa­la­riée de 53 ans se­ra mise à pied pen­dant trois jours. « Pour­tant, ce jour-là, elle est en congés. […] Elle a re­çu une no­ti­fi­ca­tion le 12 no­vembre. Le 14, elle a fait un ma­laise sur son lieu de tra­vail », lâche An­nie avant de lais­ser cou­ler quelques larmes. « Elle y a lais­sé sa santé ; c’est in­digne, in­juste et cho­quant. En France, c’est in­ac­cep­table. » … et mo­bi­li­sés L’his­toire a fi­ni de mo­bi­li­ser une par­tie des 87 sa­la­riés de cet éta­blis­se­ment de 88 lits et 26 ap­par­te­ments au coeur d’un foyer lo­ge­ments. Beau­coup crain­draient des re­pré­sailles.

« Dans chaque lit, j’ima­gine mon grand-père, ma grand­mère. » Anaïs* a sou­vent en­vie d’ar­rê­ter.

« Pour­tant, j’aime ce que je fais mais on est sur­char­gé de tra­vail, tou­jours dans l’ur­gence. C’est ter­rible à dire mais il y a des gens qui se laissent mou­rir d’en­nui », note-t-elle avant d’écla­ter en san­glots. « Le soir, on est deux aides-soi­gnantes pour cou­cher 56 ré­si­dents en une heure. Ce­la fait 2 mi­nutes 25 pour les ré­cu­pé­rer, les mon­ter, les chan­ger, faire qu’ils aillent aux toi­lettes, se brossent les dents. Et prendre le temps de leur par­ler, de les ras­su­rer. Ça leur pèse, on les brusque. »

L’une des sa­la­riés a sai­si le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif ; une quin­zaine d’autres sont ap­puyés par la CGT du Cal­va­dos.

*Ces pré­noms ont été mo­di­fiés

Une quin­zaine de sa­la­riés et ex sa­la­riés de l’éta­blis­se­ment pour per­sonnes âgées dé­pen­dantes L’Asile de Ma­rie dé­noncent des faits de har­cè­le­ment. La di­rec­trice parle de « ma­ni­pu­la­tion » et évoque « un tis­su de men­songes ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.