Quand les Cla­ri­fi­ciennes s’ha­billaient de soie

L'Orne Combattante (FL) - - TINCHEBRAY ET SON PAYS -

De­puis quelques se­maines une poi­gnée de bé­né­voles se re­trouve chaque ven­dre­di à la mai­rie de Clai­re­fou­gère. Ils classent et rangent les ar­chives com­mu­nales, comme ils l’ont fait à la mai­rie de Mont­se­cret il y a plu­sieurs mois. Les do­cu­ments sont très va­riés et re­flètent au plus juste la vie quo­ti­dienne des ha­bi­tants au cours des dé­cen­nies pas­sées.

Les plus vieilles ar­chives datent des an­nées 1800, elles concernent la pa­roisse. « Il exis­tait un jour­nal de lo­ca­tion des bancs d’église, ce­la se fai­sait pour 3 an­nées, ex­plique JeanPaul Gos­se­lin, fas­ci­né par ces dé­cou­vertes. Plus on choi­sis­sait un banc près de l’au­tel ou des stalles et plus ce­la coû­tait cher. Lorsque des per­sonnes étran­gères à la com­mune as­sis­taient à un of­fice re­li­gieux, elles de­vaient s’ac­quit­ter de la lo­ca­tion de chaises »

L’école four­nis­sait son lot de sta­tis­tiques, c’est en mai­rie qu’étaient consi­gnées les tailles des élèves. Quelques feuilles ajou­rées par le temps pré­sentent les re­gistres des nour­rices de la com­mune, d’autres les aides ac­cor­dées par le bu­reau des bien­fai­sances.

Une piste d’at­ter­ris­sage

En 1940, un dé­compte avait été fait des pri­son­niers de guerre, des che­vaux, mais aus­si des fu­sils, on comp­tait 18 armes à feu à Clai­re­fou­gère au 9 no­vembre 1940.

En juillet 1944, les Al­le­mands dé­cident de construire une piste d’at­ter­ris­sage dans les champs de Charles Le­bau­dy sur le haut pla­teau de Lai­ne­rie. Pour ce­la, des agri­cul­teurs des en­vi­rons avaient été ré­qui­si­tion­nés. Les 15 culti­va­teurs de Clai­re­fou­gère concer­nés sont no­tés dans l’un de ces re­gistres. Ils avaient dû apla­nir le ter­rain, ar­ra­cher 200 arbres et ôter 1 100 mètres de clô­ture.

« Il y a beau­coup d’in­for­ma­tions sur l’agri­cul­ture, les ani­maux, l’al­cool et les taxes » pré­cise Do­mi­nique Jean­nin émer­veillé par deux gra­vures qu’il dé­roule « elles sont da­tées de 1954, si­gnées de Jean Chau­deurge, le cé­lèbre ar­tiste ver­rier. Il les en­voyait à l’ab­bé Le­sage, en dé­dom­ma­ge­ment pour le re­tard de la pose des vi­traux de la Cha­pelle Saint Ra­de­gonde ».

Des co­lis de Char­les­ton

La co­pie d’un cour­rier du 18 mai 1948 est re­trou­vée, il pro­vient d’une Amé­ri­caine de Saint Georges, dans l’État de Caroline, elle sou­haite avoir un maxi­mum de ren­sei­gne­ments sur les ha­bi­tants de la com­mune car « votre his­toire a tou­ché le coeur des ha­bi­tants de notre ville, nous dé­si­rons connaître vos be­soins par­ti­cu­liers ». C’est par l’in­ter­mé­diaire de l’en­traide fran­çaise que cette aide est ar­ri­vée à Clai­re­fou­gère. Un ba­teau a quit­té la ville de Char­les­ton aux USA (d’où le nom de la cé­lèbre place flé­rienne). Dans ce ba­teau, 40 co­lis de vê­te­ments et d’ali­men­ta­tion sont des­ti­nés aux ha­bi­tants de Clai­re­fou­gère. Par­mi les vê­te­ments, il y avait 150 robes de soie, 13 man­teaux, 50 jupes, des tailleurs, des langes et de la layette.

Yvonne Fou­cher avait 19 ans « je me sou­viens que j’avais eu deux jupes. Le maire M. Qué­ruel avait dû avec quelques autres dé­ci­der de ce qui se­rait dis­tri­bué à chaque fa­mille. Je ne me sou­viens pas des robes de soie, je sais que c’était de très beaux vê­te­ments. Ils avaient été dis­tri­bués en fonc­tion des be­soins. Nous n’étions pas les plus mal lo­tis. Sur la ferme, nous avions la chance de ne pas man­quer de nour­ri­ture. Il y avait des fa­milles nom­breuses pour qui ce­la al­lait plus mal ».

Elle se sou­vient éga­le­ment des nom­breux feuillets que son père avait dû rem­plir au re­tour de l’exode « nous de­vions tous in­di­quer ce qui avait été dé­truit ou avait dis­pa­ru pen­dant que nous étions éva­cués ».

Ces dé­cla­ra­tions de pertes sont main­te­nant toutes ar­chi­vées, on y trouve les dé­cla­ra­tions pour des vaches, des veaux, des poules, du foin, du mo­bi­lier, de la vais­selle.

Dé­jà clas­sées, sans les avoir consul­tées, les dé­li­bé­ra­tions du conseil mu­ni­ci­pal sont toutes conser­vées « ce­la doit être in­té­res­sant, il faut du temps af­firme Gé­rard Ville­roy, si un étu­diant sou­hai­tait pré­pa­rer une thèse, faire une étude, il pour­rait les consul­ter et les in­ven­to­rier »

Cet ar­chi­vage pas­sionne les bé­né­voles qui peu à peu dé­couvrent toutes les faces de l’his­toire de leur com­mune.

Chaque ven­dre­di, les bé­né­voles classent et rangent les ar­chives com­mu­nales de Clai­re­fou­gère.

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