La double vie de Ré­gine Beau­vais

L'Orne Combattante (FL) - - TINCHEBRAY -

Le re­gard es­piègle et le sou­rire gour­mand, Ré­gine Beau­vais se prête au jeu des ques­tions. Elle vient à peine de rac­cro­cher sa blouse de pro­fes­seure d’an­glais, après des di­zaines d’an­nées de pas­sion pour la langue de Sha­kes­peare. Pour­tant, de­puis 2002, elle mène une double vie.

Son amour pour les mots an­glais l’a conduite à re­ve­nir aux bases. « De­puis toute pe­tite, la gram­maire, les mots fran­çais me fas­cinent et m’in­triguent. À force de les étu­dier et les com­prendre dans une langue étran­gère, il m’est ap­pa­ru évident que je de­vais re­ve­nir aux sources. Il fal­lait que j’écrive en fran­çais ».

Un dé­clic

Le « dé­clic mys­té­rieux » s’est pro­duit en grif­fon­nant quelques mots sur une page blanche. « Je li­sais beau­coup de poèmes, j’étais tou­chée par les poèmes d’An­dré Vel­ter ou en­core de Lu­do­vic Jan­vier à qui j’avais en­voyé quelques lignes. Il avait eu la gen­tillesse de me ré­pondre et de m’en­cou­ra­ger à pour­suivre l’écri­ture. J’aime beau­coup son lan­gage unique de poé­sie »

Au fil des pages, Ré­gine Beau­vais com­pile quelques poèmes : « Il n’y avait pas vrai­ment de thème, même pas de titre ». Pour­tant elle dé­ci­da de par­ti­ci­per, en 2008, à un concours de poé­sie à Lyon à l’oc­ca­sion de la Bien­nale de poé­sie du Prix La­place. « À ma sur­prise, j’ai eu le plai­sir d’être ré­com­pen­sée d’un Prix ».

Du­re­té du monde

La poète com­mence alors à dé­vo­rer les an­tho­lo­gies de poé­sies pu­bliées chez Se­ghers. En 2010, son pre­mier re­cueil « Cou­leur-Fris­sons » est pu­blié par le ty­po­graphe Jacques Renou à l’Ate­lier de Grou­tel à Champ­fleur. « Cet ate­lier as­so­cia­tif m’a sé­duite avec ses en­lu­mi­nures, ses lettres de plomb à l’an­cienne ».

Ré­gine Beau­vais écrit alors de plus en plus. « Ecrire, c’est s’éva­der, ce­la rend la vie plus in­tense, c’est un acte de ré­sis­tance face à la du­re­té de ce monde »

« Au coeur même du chant », est le 2e re­cueil qu’elle a pu­blié, édi­té par « Voix Tis­sée ». Ce tra­vail est un duo avec Marc Ber­nol, peintre, ci­néaste et met­teur en scène. Il illustre cha­cune des poé­sies qui com­posent ce re­cueil pré­sen­té avec suc­cès au « Prin­temps de Dur­cet »

Jacques Renou lui pu­blie son 3e re­cueil « Peau neuve » en 2013 « une in­vi­ta­tion au voyage in­té­rieur » avec des li­no­gra­vures in­édites de Pas­cal Ju­hel.

En 2015, le 4e re­cueil « Les che­mins in­do­ciles » unit à nou­veau les mots de Ré­gine Beau­vais et « la lu­mière des ta­bleaux » de Marc Ber­nol.

Pour son der­nier re­cueil pa­ru ce mois-ci, l’au­teure s’at­tarde sur l’en­fance heu­reuse et mal­heu­reuse « Larmes d’étoiles sur sa joue », évoque les « prismes de joie, de tris­tesse, de refus et d’es­poir ».

« Je vou­lais par­ler au­tre­ment de l’en­fance, c’est un su­jet qui me tient à coeur, j’ai pas­sé ma vie en­tou­rée d’en­fants. Je suis sor­tie du registre ha­bi­tuel des jour­naux pour par­ler de l’en­fance, il ne faut pas se lais­ser abattre par les nou­velles. Le poème a la ver­tu d’apai­ser, il fait vivre la beau­té du monde, c’est une ré­ponse, un refus du mal­heur ».

Sen­ti­ment amou­reux

Le 4 mars pro­chain, Ré­gine Beau­vais se­ra ac­com­pa­gnée de Marc Ber­nol à la mé­dia­thèque de Vire pour la lec­ture de 3 de ses re­cueils. Les illus­tra­tions du peintre se­ront pro­je­tées tan­dis que des in­ter­mèdes mu­si­caux ponc­tue­ront les lec­tures.

Le 18 mars, elle se­ra à la Mé­di@tech Syl­via et Hu­bert Bas­sot de Tin­che­bray, pour une lec­ture à deux voix avec JeanC­harles Le­noël, de la Com­pa­gnie du Ma­rin. Ils se­ront en­tou­rés des mu­si­ciens de « Cordes Avides ».

Le pro­chain re­cueil est prêt à être pu­blié. « Il traite du sen­ti­ment amou­reux ». L’au­teure pour­suit la mer­veilleuse aven­ture: « Chaque ma­tin, lorsque je suis apai­sée, une ou deux phrases me viennent en tête, alors je grif­fonne, je dé­roule l’his­toire. Je re­tra­vaille beau­coup le pre­mier jet, par­fois j’y re­viens. La poé­sie, c’est comme la pein­ture, il faut ap­por­ter des re­touches avant d’ob­te­nir la ver­sion dé­fi­ni­tive ». Son écri­ture a chan­gé au fil des ans.

« Le style reste mais j’ai beau­coup évo­lué, à force de lire et d’écrire »

De temps à autre la pas­sion pour la langue an­glaise ré­ap­pa­raît : « J’ai com­men­cé à tra­duire cer­tains de mes poèmes, il faut trou­ver le mot mais il est im­por­tant aus­si de don­ner du rythme, du chant au poème tra­duit. Je les twitte alors à mes amis qui me donnent leur res­sen­ti. Je n’ex­clus pas un jour de les pu­blier ».

Ré­gine Beau­vais.

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