Le sau­mon de re­tour dans nos ri­vières

Le sau­mon avait dis­pa­ru de nos ri­vières. Il fait son re­tour de­puis quelques an­nées. Pour la pre­mière fois, des pê­cheurs ont pu ob­ser­ver ces mi­gra­teurs, dans l’Orne.

L'Orne Combattante (FL) - - LA UNE - M. M.

Les pê­cheurs de l’AAPPMA La Flé­rienne, l’as­so­cia­tion agréée de pêche et de pro­tec­tion du mi­lieu aqua­tique, sa­vaient que le sau­mon était de re­tour dans nos ri­vières de­puis quelques an­nées mais ils n’en avaient en­core ja­mais vu.

Pour la pre­mière fois, en dé­cembre 2016, ils ont pu ob­ser­ver plu­sieurs in­di­vi­dus.

Ces pas­sion­nés ont rap­por­té des images de sau­mons en train de re­mon­ter l’Orne pour y pondre leurs oeufs. Un évé­ne­ment !

Les sau­mons avaient dis­pa­ru vers 1920

« Nous sa­vions que les sau­mons ve­naient l’hi­ver car on voyait des ta­cons (des jeunes sau­mons, NDLR). Mais c’est la pre­mière an­née que nous ar­ri­vons à les ob­ser­ver, vu les ni­veaux bas de nos cours d’eau », ex­plique Gilles Pe­tit, pré­sident de La Flé­rienne. Ce­la dé­montre aus­si que ces pois­sons sont de plus en plus nom­breux dans notre dé­par­te­ment.

Ils sont pré­sents, sur notre ter­ri­toire, uni­que­ment sur le bas­sin de La Manche, c’est-à-dire dans les cours d’eau qui fi­nissent dans La Manche, comme l’Orne, la Rouvre ou le Noi­reau.

Les ri­vières comme La Va­renne, qui ali­mente la Loire, sont dé­pour­vues de sau­mons. Le che­min est beau­coup plus long jus­qu’à l’océan At­lan­tique et il existe en­core de nom­breux obs­tacles sur le par­cours.

Les sau­mons viennent ici pour se re­pro­duire, là où ils sont nés. « Les ta­cons res­tent ici 18 mois et re­partent tous en avril vers la mer. Ils res­semblent à des pe­tites truites. Les sau­mons gros­sissent en­suite vers l’Ir­lande et le Groën­land », in­forme Gilles Pe­tit. Ils font de 70 cm à 1 m.

L’es­pèce avait dis­pa­ru de notre ter­ri­toire.

Elle a com­men­cé à ré­gres­ser, dans nos ri­vières, au dé­but du XVIIe siècle à cause de la construc­tion de bar­rages et de mou­lins. « Fin XIXe, au dé­but de l’ère in­dus­trielle, on est pas­sé de mou­lins ar­ti­sa­naux à de grosses in­dus­tries. La conti­nui­té éco­lo­gique des cours d’eau a été blo­quée », pour­suit le pré­sident de La Flé­rienne. Il sou­ligne que « la der­nière cap­ture connue de sau­mon dans l’Orne date de 1920 ».

Les ri­vières ont en­suite conti­nué de se dé­gra­der. Non seu­le­ment le sau­mon avait dis­pa­ru mais les autres es­pèces étaient moins nom­breuses. « Dans les an­nées 70, La Flé­rienne est pas­sée de 3 000 à 1 000 pê­cheurs », note ce pas­sion­né. Les pre­mières prises de conscience sont ap­pa­rues et des ré­gle­men­ta­tions sur les re­jets dans les ri­vières ont été prises.

« Nous avons mis 20 ans à re­trou­ver une meilleure qua­li­té d’eau », constate Gilles Pe­tit.

Il res­tait en­core un pro­blème : les bar­rages pour les pois­sons mi­gra­teurs comme le sau­mon mais aus­si l’an­guille. Des lois ont été adop­tées, il y a quelques an­nées, pour les dé­man­te­ler. Ré­sul­tats : les pê­cheurs ont consta­té que les ta­cons étaient re­ve­nus, donc que les sau­mons par­ve­naient à re­mon­ter les ri­vières. « Leur nombre est ex­po­nen­tiel », constate le pré­sident de la Flé­rienne. A May-sur-Orne, dans le Cal­va­dos, une sta­tion de comp­tage existe. « Il y a 4 ou 5 ans, 150 sau­mons re­mon­taient l’Orne, chaque an­née. Ce nombre est pas­sé à 450, en 2015, et à 900, en 2016 ».

Des pois­sons in­ter­dits à la pêche

Le nombre d’in­di­vi­dus de­vrait en­core croître ces pro­chaines an­nées, se­lon Gilles Pe­tit car l’abat­tage des obs­tacles conti­nue. Ces tra­vaux sont en ma­jo­ri­té fi­nan­cés par l’agence de l’eau.

« Il n’est pas ex­clu qu’on puisse re­pê­cher le sau­mon d’ici 3 ou 4 ans ». En ef­fet, leur cap­ture, au­tant que celle des ta­cons, est ri­gou­reu­se­ment in­ter­dite.

La pêche ouvre sa­me­di 11 mars. Il est pos­sible que les pê­cheurs sortent des ta­cons. Il faut ab­so­lu­ment les re­lâ­cher. S’ils peuvent être confon­dus avec des truites, ils ne font de toute fa­çon pas la taille ré­gle­men­taire de 23 cm.

Des pê­cheurs de l’as­so­cia­tion La Flé­rienne ont pu ob­ser­ver pour la pre­mière fois des sau­mons re­mon­tant l’Orne pour pondre leurs oeufs (Cap­ture d’écran d’images fil­mées par La Flé­rienne).

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.