Un élu écri­vain

C’est l’his­toire d’un vieux. Trois ans après Le Roi du lard, Di­dier Mal­haire, un Saint-Ré­mois, sort son se­cond ou­vrage in­ti­tu­lé Vingt trois zé­ro cinq et aborde la dé­li­cate ques­tion de la vieillesse. Le pre­mier a ob­te­nu le Prix des ly­céens.

L'Orne Combattante (FL) - - LA UNE -

Pour le pre­mier, il lui a fal­lu trois ans. Comp­tez trois de plus pour le pe­tit der­nier. Un bon ro­man, après tout, ça se mé­rite.

Connu des ha­bi­tants de SaintRé­my-sur-Orne en tant qu’élu, le soir ve­nu, Di­dier Mal­haire se trans­forme en au­teur… ap­pli­qué et im­pli­qué.

Né d’un ma­laise

Trois ans donc après la pu­bli­ca­tion du Roi du Lard, ayant ob­te­nu le Prix des ly­céens de Caen en 2014, il pu­blie au­jourd’hui Vingt trois zé­ro cinq. Ce­lui qui a tra­vaillé plu­sieurs an­nées dans le mé­di­co-so­cial en tant qu’as­sis­tant de vie ac­com­pagne le lec­teur jusque dans une mai­son de re­traite. « C’est ter­rible comme en­droit comme le rap­port aux gens, on est vrai­ment très près de la mort », pense Di­dier Mal­haire au­jourd’hui à la re­traite qui ad­met qu’il est « très com­pli­qué d’écrire un se­cond livre ». « Ce n’est pas parce qu’on en a écrit un qu’on est écri­vain. » Entre deux, l’écri­ture a quelque peu chan­gé.

« C’est suite à une co­lère que j’ai eu par rap­port à la ma­nière dont on consi­dère les gens comme les ma­lades psy­chiques par exemple. Nous, les bien por­tants on peut avoir une puis­sance ma­lé­fique. Dans les mai­sons de re­traite aus­si, cer­taines per­sonnes peuvent être consi­dé­rées comme rien. […] Quand elles meurent, c’est comme si toute leur exis­tence était gom­mée d’un trait. » De ce ma­laise, ce sen­ti­ment, il en a fait un livre.

Les hé­ros ? Des vieux

Au fil des 155 pages, il dresse le por­trait d’un « vieux as­sez ré­vol­té » et d’une « autre vieille com­plè­te­ment aty­pique, en chi­mio­thé­ra­pie, au pas­sé sul­fu­reux et aux te­nues im­pro­bables ». Se greffe à leur duo un homme, Lui­gi… avant de dis­pa­raître. « Il se passe quelque chose entre eux mais on ne sait pas vrai­ment quoi. »

Un al­ler-re­tour entre l’at­tente et le pas­sé qui re­fait sur­face. « C’est peut-être un livre sur la mé­moire et sur la mé­moire de ce qu’a pu être l’amour », dé­crit l’au­teur qui in­siste : « Quand on est vieux, on a tout ça dans la tête, tout notre pas­sé, nos his­toires qui n’in­té­ressent per­sonne et qui meurent avec nous. Ce n’est pas parce qu’on est âgé qu’il n’y a pas d’in­ten­si­té dans le sen­ti­ment ». Fait réel ou dé­lire, cha­cun se fe­ra son idée.

Dé­jà, il s’est lan­cé dans la ré­dac­tion du troi­sième au style en­core dif­fé­rent. S’il ne connaît pas la fin, Di­dier Mal­haire en dé­voile les pre­mières lignes re­tra­çant l’his­toire d’un homme qu’il au­rait croi­sé en­fant et qu’on ap­pe­lait le Sué­dois. « Je ne sa­vais pas ce que ve­nait faire ce type dans ce bled au bord de la mer. C’était com­plè­te­ment im­pro­bable. » Ses re­cherches l’ont ame­né jus­qu’au ci­me­tière du village où il est en­ter­ré. « Comment est-il ar­ri­vé ici ? Pour­quoi il est res­té ? J’es­saie d’écrire son his­toire, c’est com­pli­qué », sou­rit-il.

« Ce­la fait dix ans que j’écris », ex­plique-t-il sim­ple­ment. « À l’époque, je cor­res­pon­dais avec la mu­si­cienne et poé­tesse Hé­lène Mar­tin. Pen­dant plu­sieurs mois, par re­tour de mails, on est par­ti dans un dé­lire to­tal et elle a fi­ni par me dire : vous sa­vez, vous de­vriez écrire. C’est quand même une poin­ture alors je me suis pris au jeu. » Une dé­cen­nie plus tard, ce­lui qui ad­met avoir dé­tes­té al­ler l’école, consacre dé­sor­mais une par­tie de sa vie à l’écri­ture. « C’est un peu pa­ra­doxal », ad­met-il.

Connu des ha­bi­tants de Saint-Ré­my-sur-Orne en tant qu’élu, le soir ve­nu et de­vant son or­di­na­teur, Di­dier Mal­haire se trans­forme en au­teur. Son deuxième ou­vrage, Vingt trois zé­ro cinq, vient d’être pu­blié.

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