Le sous-pré­fet d’Ar­gen­tan livre son ana­lyse

Pas­cal Vion, sous-pré­fet d’Ar­gen­tan de­puis l’au­tomne 2014, de­vient lun­di di­rec­teur in­ter­ré­gio­nal des ser­vices pé­ni­ten­tiaires à Dijon. Il re­vient sur ses trois an­nées pas­sées dans le dé­par­te­ment. En­tre­tien.

L'Orne Combattante (FL) - - ENTRE BOCAGE ET SUISSE NORMANDE -

Que gar­de­rez-vous comme image de l’Orne et du pays d’Ar­gen­tan, du Bocage ?

J’ai été mar­qué par la di­ver­si­té des ter­ri­toires. C’est très éton­nant de trou­ver dans un dé­par­te­ment peu dense en po­pu­la­tion, mais très éten­du, une telle di­ver­si­té des pay­sages : qu’est-ce qu’il y a de com­mun entre le pays d’Ouche, le pays de Tin­che­bray, la plaine d’Ar­gen­tan, le Bocage… Ce ter­ri­toire est sym­pa, c’est va­rié et il y en a pour tous les goûts.

Et puis, il existe une di­ver­si­té de tem­pé­ra­ments, de men­ta­li­tés, d’états d’es­prits entre ces dif­fé­rents ter­ri­toires. J’ai été frap­pé par la dif­fé­rence d’am­biance entre le ter­ri­toire d’Ar­gen­tan et ce­lui du Bocage, par exemple. En ar­ri­vant de l’ex­té­rieur, on le per­çoit net­te­ment. Ce n’est pas en mieux ou en moins bien, mais ça a des consé­quences, me semble-t-il. Quelle dif­fé­rence per­ce­vez­vous entre les deux bas­sins prin­ci­paux que sont Flers et Ar­gen­tan ?

Ça reste une source d’in­ter­ro­ga­tions. Le ter­ri­toire d’Ar­gen­tan semble plus fa­vo­ri­sé comme ter­ri­toire plus cen­tral, avec des axes de com­mu­ni­ca­tion im­por­tants, per­for­mants, que ce soit au ni­veau rou­tier avec l’au­to­route, mais aus­si le fer­ro­viaire. C’est un po­si­tion­ne­ment stra­té­gique.

Pour­tant, on a l’im­pres­sion que ça fonc­tionne moins bien que ce­lui de Flers, qui est un ter­ri­toire moins bien lo­ca­li­sé, me semble-t-il, où on cir­cule moins bien ; l’axe Flers-Caen est dif­fi­cile. Ar­gen­tan-Flers s’amé­liore, mais ça a été très long­temps com­pli­qué.

Flers a l’avan­tage d’être une com­mu­nau­té d’ag­glo­mé­ra­tion, ce qui, tech­ni­que­ment, fis­ca­le­ment par­lant, en termes de do­ta­tions, lui oc­troie des moyens su­pé­rieurs.

En­suite, l’éco­no­mie fonc­tionne mieux. Les grosses en­tre­prises du ter­ri­toire sont sur Flers. On pense tous à Fau­re­cia. Mais il y en a d’autres comme Le­moine, Ro­val, Ther­mo­co­ax… On sent sur Flers une sy­ner­gie. Les en­tre­prises se sont mises, par exemple, en ré­seau pour créer Tech’nor­man­die qui est de­ve­nue une sorte de clus­ter, une fi­lière : ils ar­rivent à tra­vailler en­semble, il y a éga­le­ment des ex­pé­riences de re­grou­pe­ment d’en­tre­prises qui se mettent en com­mun pour ré­pondre de fa­çons di­ver­si­fiées à des ca­hiers des charges mul­tiples.

Il y a cet état d’es­prit Bocage qui existe et qui crée de la sy­ner­gie. Les gens, au nom du ter­ri­toire, qui est peut-être iden­ti­fié comme plus dif­fi­cile, se serrent les coudes, sont so­li­daires. Cette sy­ner­gie fonc­tionne éga­le­ment avec des per­son­na­li­tés po­li­tiques is­sues de for­ma­tions po­li­tiques com­plè­te­ment dif­fé­rentes, mais qui, dans l’in­té­rêt du ter­ri­toire, se re­trouvent, se re­joignent et s’af­fichent. Quand il faut faire al­liance pour le Bocage face à l’Etat, face à la Ré­gion, face à d’autres in­ter­com­mu­na­li­tés, ils y sont. Quels sont les atouts et les points à amé­lio­rer sur Flers ?

Les atouts sur Flers, c’est très clai­re­ment la force des di­ri­geants, que ce soit les élus, les fonc­tion­naires ter­ri­to­riaux, les chefs d’en­tre­prises, le ré­seau as­so­cia­tif…

A l’in­verse, il faut en­core amé­lio­rer le ré­seau rou­tier, trai­ter les friches in­dus­trielles. Comment ont été vos re­la­tions avec les élus ?

C’est vrai que j’ai beau­coup vu les élus. Je me suis vrai­ment ba­gar­ré pour rap­pe­ler ce qu’est l’Etat, ce que fait l’Etat.

Je leur ai rap­pe­lé que l’Etat s’in­ves­tis­sait aus­si beau­coup au titre de la DETR pour sou­te­nir l’in­ves­tis­se­ment lo­cal.

Un pôle de san­té lo­cal et am­bu­la­toire ne peut pas se faire, par exemple, sans les sub­ven­tions de l’Etat.

Si­non, les élus ont tous leur ca­rac­tère et il peut y avoir des dis­cus­sions. Sou­vent in­té­res­santes. Mais, glo­ba­le­ment, il y a un pro­fond res­pect de l’Etat et je l’ai res­sen­ti à mon ni­veau de sous-pré­fet. Qu’est-ce qui vous au­ra le plus mar­qué, en po­si­tif ou en né­ga­tif, pen­dant votre sé­jour ?

Une des ex­pé­riences les plus dif­fi­ciles, ça a été l’ac­ci­dent au pas­sage à ni­veau à Saint-Sul­plice-sur-Risle où une voi­ture avec ces trois per­sonnes a été per­cu­tée par un train. Vous me­su­rez à la fois la du­re­té de la vie et le tra­vail des forces opé­ra­tion­nelles, là les gen­darmes et les pom­piers. C’est la même chose avec cet ac­ci­dent sur Vri­gny, cet avion écra­sé… C’est vrai­ment hor­rible. On ne s’ha­bi­tue pas à ça.

En termes de dos­sier, j’ai par­ti­ci­pé au dos­sier de dé­pol­lu­tion du site amian­té de Ca­li­gny, même s’il avait été lan­cé par mes pré­dé­ces­seurs. Ou les en­tre­prises qu’on a pu ac­com­pa­gner pour les ai­der pour se dé­ve­lop­per ou que l’on a pu ac­com­pa­gner lors­qu’elles étaient en dif­fi­cul­té. Je ci­te­rai éga­le­ment le pi­lo­tage du dos­sier mé­thane agri de Mes­sei.

Comment voyez-vous l’Orne dans 10 ans ?

Ce ter­ri­toire est ex­trê­me­ment riche, va­rié et di­ver­si­fié. Il n’y a pas de rai­son qu’il ne puisse pas prendre toute sa place comme un ter­ri­toire d’ex­cel­lence en terme tou­ris­tique, en terme éco­no­mique avec des en­tre­prises qui s’ins­tallent et avec des gens qui ont en­vie de s’ins­tal­ler dans l’Orne, parce qu’on vit bien dans l’Orne. On peut faire du high­tech tout en vi­vant dans un beau dé­par­te­ment comme ça à 60 km de la mer.

Comme Ra­bo­danges. J’ai été très très sur­pris en y ar­ri­vant. Vous ne sa­vez plus où vous êtes. Vous êtes dans un ailleurs.

Sui­vrez-vous l’ac­tua­li­té or­naise d’un oeil une fois par­ti ?

Evi­dem­ment ! Je vais suivre avec at­ten­tion le ré­sul­tat des lé­gis­la­tives. Et puis, je re­gar­de­rai le score des can­di­dats à l’élec­tion pré­si­den­tielle pour voir si les ré­sul­tats des der­nières élec­tions se confirment. Que re­tien­drez-vous de l’Orne ?

Pour un sous-pré­fet, c’est vrai­ment un dé­par­te­ment très in­té­res­sant : il est re­la­ti­ve­ment apai­sé. Vous pou­vez faire des choses, les élus res­pectent l’Etat, il y a un bien vivre… C’est plu­tôt in­té­res­sant. Je me suis vrai­ment épa­noui et j’ai eu la chance de tra­vailler avec un pré­fet qui s’est beau­coup ap­puyé sur ses sous­pré­fets ter­ri­to­riaux. Ça donne du conte­nu au tra­vail et c’est beau­coup plus sti­mu­lant et mo­ti­vant. Avec Isa­belle Da­vid, c’est com­plè­te­ment ça. Vous re­vien­drez en va­cances dans l’Orne ?

J’ai pré­vu de re­ve­nir en pè­le­ri­nage à l’en­droit où je me suis ma­rié : à Ar­gen­tan et à l’en­droit où j’ai pas­sé ma nuit de noce, au Pa­villon de Gouf­fern. Il y a la chambre des ma­riés qui est une pe­tite mai­son dans le parc. C’est évident que nous le fe­rons. En­suite, ça m’in­té­res­se­rait de re­ve­nir pour voir un peu ce qu’est de­ve­nu le Ha­ras du Pin, voir si le dé­ve­lop­pe­ment tou­ris­tique à Ra­bo­danges a fi­na­le­ment vu le jour, pour voir les ef­fets pro­duits par la grande in­ter­co de Flers. C’est un sen­ti­ment de fier­té d’avoir pu as­sis­ter, ac­com­pa­gner ce vrai pro­jet qui a été com­pli­qué.

Frap­pé par la dif­fé­rence d’am­biance Sur Flers, il y a des sy­ner­gies Les élus ont tous leur ca­rac­tère

Pro­pos re­cueillis par Ch­ris­tophe Rivard

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