Le prof de fran­çais est aus­si ro­man­cier

Le goût des ruines est le pre­mier ro­man de Ber­nard Al­lays, pro­fes­seur de fran­çais au ly­cée Jean-Gué­hen­no, à Flers. Si­mon, le per­son­nage prin­ci­pal, est un tren­te­naire qui veut rompre avec son quo­ti­dien. Ren­contre.

L'Orne Combattante (FL) - - LA UNE - Propos re­cueillis par M. M.

C’est votre pre­mier ro­man. Qu’est-ce qui vous a pous­sé à prendre la plume ?

J’écris de­puis tou­jours. C’est une pas­sion de­puis que je suis tout pe­tit mais pour ar­ri­ver à fi­nir un ro­man, il fal­lait quelque chose qui, à mes yeux, vaille la peine. Il m’a fal­lu, à un mo­ment de ma vie, prendre 6 mois pour me consa­crer uni­que­ment à l’écri­ture de ce texte et ar­ri­ver à pro­duire quelque chose d’in­té­res­sant à sou­mettre à des édi­teurs. L’idée n’est pas d’ajou­ter un ro­man aux ro­mans, de faire du bla-bla… Je suis un grand lec­teur, j’ai des grandes ad­mi­ra­tions et si, à mes yeux, ça n’avait pas eu d’in­té­rêt, je ne l’au­rais pas pro­po­sé.

Au bout de 6 mois d’écri­ture, je suis ar­ri­vé à un ré­sul­tat qui me plai­sait que j’ai fait lire au­tour de moi. J’ai eu des en­cou­ra­ge­ments. Je l’ai pro­po­sé à des édi­teurs. Après une vague de re­fus, Le Sou­pi­rail, une mai­son d’édi­tion nor­mande ba­sée au Mes­nil-Mau­ger, a trou­vé le texte in­té­res­sant.

Comment dé­cri­riez-vous Si­mon, le per­son­nage prin­ci­pal ?

Si­mon, c’est un per­son­nage de­ve­nu in­dif­fé­rent au monde qui l’en­toure à force de sa­tu­ra­tion. Il vit dans notre monde qui est as­sez ma­té­ria­liste, cy­nique et ni­hi­liste, ce qui est re­pré­sen­té par son ami Gilles. Il veut se dé­bar­ras­ser de ça, de ce qui est no­cif pour lui, fi­na­le­ment. Je suis par­ti de cet état-là, dans le­quel je vois pas mal de gens et que j’ai sans doute tra­ver­sé aus­si. C’est ce mo­ment où on n’a plus de goût. Du coup, on n’a peut-être plus que le goût des ruines.

Soit on s’en­fonce, soit, par une espèce de sur­saut, on se dit qu’il faut s’en sor­tir. Pour lui, ça passe par ef­fa­cer to­ta­le­ment son pas­sé. Il quitte sa li­brai­rie, il se sé­pare de ses ami­tiés, il rompt. Dans le même temps, ar­rive dans sa vie toute une sé­rie de mi­ni drames : on jette des chiens morts sur son seuil, on lui en veut, son pre­mier amour se sui­cide… Il cherche autre chose mais il ne sait pas quoi et il ne sait pas comment.

C’est l’en­vie de tout pla­quer ?

C’est une en­vie de rompre, de cas­ser, de pas­ser à une autre vie. C’est quelque chose de très ré­pan­du, je pense, no­tam­ment chez les hommes qui sou­vent se trouvent ins­tal­lés dans une exis­tence avec un tra­vail, une mai­son, des prêts à rem­bour­ser, des en­fants… et ça com­mence à être un peu ré­duit par rap­port au rêve, à ce qui était at­ten­du au­tre­fois. Je pense que cet élan de par­tir est très cou­rant, y com­pris dans la lit­té­ra­ture. Il y a plein de hé­ros qui partent. Rompre est le prin­cipe de dé­part de plein de textes.

Pour vous, c’est le mal de siècle ?

Oui, peut-être ou un bien… Si les gens re­font leur vie, peut-être que le monde se­ra dif­fé­rent s’ils y ar­rivent tous. Quels sont les pre­miers re­tours des lec­teurs ?

Les pre­miers re­tours sont po­si­tifs. Les gens sont ab­sor­bés par le texte. Ils me disent sou­vent qu’ils ont lu le livre en deux ou trois jours. Ça les re­mue. Ils ont plein de ques­tions, ils sont in­té­res­sés par le per­son­nage, son par­cours et par l’écri­ture. Je suis ra­vi des re­tours. J’ai de bons es­poirs par rap­port à ce bou­quin. Je me dis qu’il au­ra une belle vie.

Vous êtes ori­gi­naire du Nord, comment êtes-vous ar­ri­vé en Nor­man­die ?

J’avais en­vie de Sud. J’avais de­man­dé plu­sieurs aca­dé­mies pour ma mu­ta­tion, l’Aqui­taine, la Bre­tagne jus­qu’à la Nor­man­die et j’ai eu la Nor­man­die. Je suis ve­nu m’ins­tal­ler ici en 1999 en pen­sant que ça ne du­re­rait pas. C’était une espèce d’aven­ture et puis on s’ins­talle. La ré­gion est belle, je me suis fait des amis as­sez ra­pi­de­ment. La Nor­man­die me convient entre la mer, la cam­pagne et le cli­mat. On se re­trouve quelque part et on fi­nit par y res­ter mais j’ai en­core le coeur dans le Nord parce qu’on ne s’ar­rache pas de ses ra­cines.

Pré­pa­rez-vous un ro­man ?

J’ai bien en­vie de conti­nuer. Je suis en­core en train d’écrire. J’avais un peu ar­rê­té après ce­lui-là parce qu’il fal­lait souf­fler. C’était en 2014. Après ça a été le long temps de la re­cherche d’un édi­teur. Le fait d’être pu­blié me re­lance dans l’idée de conti­nuer. C’est un peu dif­fi­cile avec mon tra­vail d’enseignant. J’ai be­soin de me dé­ta­cher, d’être com­plè­te­ment de­dans pour par­ve­nir à écrire.

Mon se­cond ro­man se passe

autre en Nor­man­die pour le mo­ment. C’est sur la côte, du cô­té de la Manche, entre Port­bail et Bar­ne­ville. Il trai­te­rait plu­tôt des re­la­tions entre un père et ses filles. C’est très loin d’être fi­ni.

Flers vous ins­pi­re­rait-elle pour un ro­man ?

Pour­quoi pas… Où j’ha­bite, il y a des pe­tites ve­nelles entre les mai­sons avec des ar­rière-cours où il doit se pas­ser pas mal de choses. Je suis éga­le­ment in­té­res­sé par la Se­conde guerre mon­diale, ça pour­rait être lié. C’est une ré­gion qui a été tra­ver­sée par un évé­ne­ment ma­jeur du XXe siècle et ça sus­cite plein d’his­toires. Ce­la né­ces­site toute une sé­rie de recherches, dès lors qu’on tombe dans l’His­toire, il ne faut pas dire de bê­tises, il y a un im­pé­ra­tif de vé­ri­té. Pour le mo­ment, je suis plus dans la fic­tion.

Le goût des ruines de Ber­nard Al­lays, 198 p. 20 € ; L’au­teur dé­di­ca­ce­ra son ou­vrage à Flers, à la li­brai­rie Quar­tier libre, le 6 mai. Le 20 mai, il se­ra au Sa­lon du livre de Caen et au fes­ti­val Eton­nants voya­geurs, à Saint-Ma­lo, les 4 et 5 juin.

Ber­nard Al­lays, pro­fes­seur de fran­çais au ly­cée Jean-Gué­hen­no, a sor­ti son pre­mier ro­man, Le goût des ruines.

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