Après 146 ans, la tein­tu­re­rie Ri­chard va ti­rer sa ré­vé­rence

Le 30 avril pro­chain, c’est non sans une cer­taine émo­tion que Ber­na­dette et Be­noît Ri­chard vont bais­ser pour tou­jours le ri­deau de la Cli­nique du vê­te­ment, rue de la Vic­toire. La fin d’une belle his­toire pour cette tein­tu­re­rie fon­dée en 1871.

L'Orne Combattante (FL) - - LA FERTÉ ET SON PAYS - Mi­chel Mo­ri­ceau

De­puis que la nou­velle de la fer­me­ture dé­fi­ni­tive du com­merce s’est ré­pan­due en ville, Ber­na­dette et Be­noît Ri­chard ne cessent de re­ce­voir des mes­sages de sym­pa­thie, de leurs clients, et au-de­là. Il faut dire qu’avec La Cli­nique du vê­te­ment, c’est la plus an­cienne en­seigne fer­toise qui va dis­pa­raître. « Ce sont les ar­rière ar­rière grands-pa­rents de mon épouse qui ont créé cette tein­tu­re­rie voi­là 146 ans, ra­conte Be­noît Ri­chard. Le ma­ga­sin était à 100 mètres de là, dans cette même rue, et l’ate­lier était au bord de la ri­vière à la Po­terne. Ce n’est que dans les an­nées 30 que le ma­ga­sin a été trans­fé­ré ici au 27, rue de la Vic­toire ».

La tein­tu­re­rie Du­fresne, puis Gui­gnot, est res­tée dans la fa­mille jus­qu’en 1958. A cette époque, l’ac­ti­vi­té com­pre­nait la tein­ture des tis­sus et des vê­te­ments, mais aus­si leur en­tre­tien (net­toyage, dé­ta­chage, re­pas­sage).

Un seul lieu

De la fin des an­nées 50 à 1976, le com­merce se­ra te­nu par M. et Mme La­vie. « Quand ils ont cher­ché à vendre, la grand-mère de mon épouse nous a pous­sés à re­prendre cette tein­tu­re­rie afin qu’elle re­vienne dans la fa­mille. Nous avions alors 22 ans ». A cette époque, on par­lait dé­jà da­van­tage de pres­sing.

En 1978, deux ans après la re­prise du fonds, le couple en­gage des tra­vaux pour ra­me­ner l’ate­lier à cô­té du ma­ga­sin. « Le bâ­ti­ment qui était le long de la ri­vière me­na­çait alors de s’ef­fon­drer. Il fal­lait faire quelque chose. Et puis, ce­la al­lait aus­si nous évi­ter des dé­pla­ce­ments et de la ma­nu­ten­tion ». Mais, fi­na­le­ment, face à la mul­ti­pli­ca­tion des normes, l’ac­ti­vi­té tein­ture est ar­rê­tée au dé­but des an­nées 80, rem­pla­cée par la cou­ture. « C’est à par­tir de cette époque que l’on a re­bap­ti­sé le com­merce la Cli­nique du vê­te­ment ».

Sa­voir-faire

Re­con­nus par leurs pairs, les époux ont ob­te­nu le titre convoi­té de Maître ar­ti­san en 1987. Be­noît Ri­chard a éga­le­ment en­sei­gné ce mé­tier du­rant 25 ans, d’abord au ly­cée pro­fes­sion­nel Flo­ra-Tris­tan, puis à Caen. « Pour exer­cer ce mé­tier, il ne faut pas comp­ter ses heures et avoir la pas­sion du tra­vail bien fait » sou­ligne Ber­na­dette Ri­chard, qui re­mer­cie sa clien­tèle pour sa fi­dé­li­té et sa confiance du­rant toutes ces an­nées. Fi­dé­li­té qui s’est par­fois trans­for­mée en ami­tié. « J’ai une cliente qui avait bien connu mes grands-pa­rents et qui a conti­nué d’être fi­dèle à notre com­merce de­puis ».

De­puis deux ans, alors que l’âge de la re­traite ap­pro­chait, les « doyens » des tein­tu­riers de Nor­man­die n’ont pas réus­si à trou­ver de re­pre­neurs. « Il y a ce sen­ti­ment, tein­té d’un soup­çon d’amer­tume, que c’est en­core un peu de sa­voir­faire qui s’en va, sans avoir été trans­mis » es­timent les com­mer­çants.

Contraintes

Le fait de de­voir fer­mer bou­tique alors que la de­mande est tou­jours là, avec un po­ten­tiel, est d’au­tant plus re­gret­table pour eux. « Ce qui est grave, c’est que bon nombre de pres­sings in­dé­pen­dants en France se­ront contraints très pro­chai­ne­ment de ces­ser leur ac­ti­vi­té faute de pou­voir faire face aux nou­velles contraintes. De­puis 30 ans au moins, nous n’avons eu de cesse d’ap­pli­quer les mul­tiples mises aux normes et nous en étions à un ni­veau de pol­lu­tion proche de zé­ro. Mais, l’in­ter­dic­tion du per­chlor­éthy­lène, qui per­met le net­toyage à sec, a été le der­nier coup de mas­sue ».

Une fois en re­traite, le couple quit­te­ra La Fer­té-Ma­cé pour le Sud, afin de se rap­pro­cher de leurs fils qui ont 39 et 37 ans.

Nou­veau dé­part

« Mais, nous re­vien­drons ré­gu­liè­re­ment dans la ré­gion où nous avons nos ra­cines » confie Be­noît Ri­chard, qui se ré­jouit d’avoir ven­du les murs à un in­ves­tis­seur sou­hai­tant y im­plan­ter une ac­ti­vi­té com­mer­ciale « ce qui évi­te­ra d’avoir une friche, une ver­rue dans la rue ».

Ils em­por­te­ront dans leurs ba­gages une mul­ti­tude de sou­ve­nirs de la cité fer­toise, et no­tam­ment la vie as­so­cia­tive dans la­quelle ils se sont in­ves­tis à tra­vers En­fance et Par­tage, So­li­dar’Mômes, le Club Ri­che­lieu. Des sou­ve­nirs hauts en cou­leurs…

Après 41 ans d’ac­ti­vi­té, Ber­na­dette et Be­noît Ri­chard vont sa­vou­rer une re­traite bien mé­ri­tée.

La plus an­cienne en­seigne fer­toise ne se­ra bien­tôt plus qu’un sou­ve­nir.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.