Té­moi­gnages : ils ont tra­vaillé dans la « val­lée de la mort »

L'Orne Combattante (FL) - - LA UNE - M.T.

Mar­di 11 avril à Con­dé­sur-Noi­reau, des an­ciens sa­la­riés des usines de la val­lée de la Vère sont ve­nus té­moi­gner sur leur vie pas­sée. Au coeur des échanges no­tam­ment : l’amiante.

Phi­lippe Bois­sée, 63 ans, est pré­sent avec sa femme. Mar­di 11 avril à Con­dé-sur-Noi­reau, il est ve­nu té­moi­gner de sa vie pas­sée dans les usines de la val­lée de la Vère, ap­pel­lée aus­si « val­lée de la mort ».

Il est ici aus­si pour voir « d’an­ciens col­lègues. Même si la plu­part ne sont plus là », sou­pire cet ha­bi­tant de Com­brai, près de Thu­ry-Har­court.

Il a com­men­cé en 1977 à l’usine du Pla­fond à Sainte-Ho­no­rine-la-Char­donne.

« Je tra­vaillais dans les chambres à pous­sière à broyer l’amiante », se rap­pelle-t-il.

En­suite, c’est à Con­dé-surNoi­reau qu’il part tra­vailler. A Fe­ro­do puis ap­pe­lée Va­léo, l’équi­pe­men­tier au­to­mo­bile. « J’ai sui­vi aus­si les transports de ma­tière dans la pe­tite Suisse. »

Ici, on a fa­bri­qué des pro­duits à base d’amiante pen­dant de nom­breuses dé­cen­nies.

Avant son in­ter­dic­tion en France le 1er jan­vier 1997, l’amiante était la ma­tière pre­mière prin­ci­pale uti­li­sée pour la fa­bri­ca­tion de pla­quettes de frein.

« On ne pen­sait pas à la dan­ge­ro­si­té. On avait des masques et on avait très peu d’in­for­ma­tions sur l’amiante », lâche Phi­lippe.

Pour­tant à cette époque, on en­re­gistre les pre­mières ma­la­dies. En 1996, Phi­lippe ap­prend qu’il est lui aus­si vic­time. « Des plaques pleu­rales. » C’est la ma­la­die la plus fré­quente liée à l’amiante.

Il fait par­tie du plan amiante avec re­traite an­ti­ci­pée et re­çoit une in­dem­ni­té. Mais son quo­ti­dien est cham­bou­lé. « Les mou­ve­ments sont com­pli­qués à faire. »

Au­jourd’hui, Phi­lippe a une pas­sion : les abeilles et fra­brique son miel. « Elles font du bruit mais c’est moins bruyant que l’ambiance de l’usine », sou­rit le re­trai­té.

À ses cô­tés, Ro­ger Du­val, 88 ans, a les yeux ri­vés sur les vieilles photos de l’ex­po­si­tion sur le pas­sé in­dus­triel qu’une équipe de col­lec­tion­neurs et his­to­riens lo­caux a réa­li­sée.

En 1954, il est ren­tré à l’usine du Ro­cray à Ca­han. « Je fai­sais le tri dans l’ate­lier d’im­pres­sion de tis­sus d’amiante. »

On y fa­brique des liants pour gar­ni­tures de freins. Il reste sept ans au Ro­cray.

Comme Phi­lippe, il re­joint en­suite les usines de Con­dé. « On ma­ni­pu­lait des pro­duits chi­miques et l’amiante mais on ne sa­vait rien des dan­gers. On man­geait en­suite au ré­fec­toire tous en­semble…»

Ro­ger se rap­pelle éga­le­ment des horaires. « On fai­sait une nuit de 10 h de tra­vail, de 20 h à 6 h. » De l’aveu de sa femme, Ro­ger a fi­ni « usé » de ces an­nées d’en­tre­prises.

« Le plus dur est de voir que de nom­breux col­lègues sont dé­cé­dés à cause de l’amiante. »

Phi­lippe Bois­sée, 63 ans et Ro­ger Du­val, 88 ans, ont tra­vaillé plu­sieurs an­nées dans les en­tre­prises de la val­lée de la Vère.

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